"Les populations de requins ont décliné de moitié"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 09 avril 2008 à 06h00 , mis à jour le 09 avril 2008 à 09h19

Interview- Alors que le documentaire "Les seigneurs de la mer" sort en salles, le chercheur Bernard Seret dénonce les menaces qui pèsent sur les requins. La France est en partie responsable de cette situation.

TF1-LCI requins-marteauxDes rassemblements de requins-marteaux près des Galapagos. © Rob Stewart : Sharkwater

Le requin, un prédateur menacé par un plus grand prédateur... l'homme. C'est le message que transmet Rob Stewart dans son documentaire Les Seigneurs de la mer, qui sort ce mercredi sur les écran (lire l'encadré ci-dessous). Lors de la présentation du film en avril 2007, au festival Jules Verne, à Paris, LCI.fr avait interviewé Bernard Seret, spécialiste des squales au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et à l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Voici le constat alarmant qu'il avait dressé :

  • Qui veut sauver la peau des requins ?

    Ils ne sont pas sympathiques, contrairement aux dauphins, et leur sort n'intéresse guère le grand public. Pourtant, ils pourraient disparaître. Leur survie se joue en ce moment à Doha.

    Publié le 21/03/2010 Qui veut sauver la peau des requins ?
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LCI.fr : Le film Les Seigneurs de la mer met en lumière les menaces qui pèsent sur les requins. Qu'en est-il exactement ?

Bernard Seret (1) : On comptabilise 470 espèces différentes de requins : certaines ont vu leur population chuter de 90%, d'autres de 40%. En moyenne, le déclin est de l'ordre de 50%. C'est la conséquence de l'industrialisation de la pêche depuis les 30 dernières années et d'une forte demande sur le requin à partir des années 90.

LCI.fr : Cette forte demande est-elle liée à la consommation des ailerons de requins dans les pays asiatiques ?

B. S. : On a toujours consommé de la chair de requin partout dans le monde, y compris en Europe. L'émergence économique de pays asiatiques qui sont consommateurs de chair de requins, et notamment de leurs ailerons, a en effet fait exploser la demande. Avec la diminution des stocks [nombre de requins pêchés, NDLR], les prix s'envolent et cela attire des pêcheurs dans le monde entier. Le problème est mondial puisque vous pouvez trouver à Paris des ailerons de requins à 300 euros le kilo. Il faut aussi savoir que parmi les dix principaux pays pêcheurs de requins, quatre sont européens : l'Espagne, la France, le Royaume-Uni et le Portugal.

Selon la FAO, chaque année, 800.000 tonnes de requins sont pêchées dans le monde, ce qui représente entre 30 et 150 millions de requins. Mais on estime que ce chiffre officiel doit être multiplié par deux du fait des captures non déclarées, qu'elles soient involontaires — certains pays ne disposent pas d'organismes de pêche qui peuvent tenir des statistiques — ou pas. Il faut d'ailleurs distinguer les pêches "accidentelles", qui ne visent pas directement les requins mais qui aboutissent à leur capture, comme le font notamment les thoniers ; et les pêches de plus en plus ciblées sur les requins.

LCI.fr : Le film montre que les ailerons sont souvent découpés sur des requins encore vivants puis rejetés à la mer...

B. S. : L'agonie d'un requin dont les ailerons ont été découpés peut durer jusqu'à 90 jours ! Car s'il ne peut plus nager, il peut encore respirer. Au-delà de cette question éthique, toute carcasse rejetée à la mer représente un gâchis écologique mais aussi économique car la chair reste consommable. Une réglementation européenne interdit depuis 2003 le prélèvement d'ailerons avec rejet de la carcasse à la mer, c'est-à-dire que tout requin pêché doit être ramené au port. Mais des dérogations sont données d'office : l'Espagne en a fait la demande, pas la France, mais cela veut dire que les pêcheurs français ne déclarent pas leurs prises de requins.

LCI.fr : Quelles sont les conséquences du déclin des populations de requins ?

B. S. : Si vous éliminez les prédateurs, vous provoquez des effets en cascade. Une étude a montré que dans une région des Etats-Unis, la pêche a fait disparaître les grands requins. Les requins intermédiaires et les raies, qui sont de la même famille, se sont alors mis à pulluler et ont mangé toutes les palourdes. Et la disparition de ces coquillages a fortement nui à l'économie de la pêche. Au large de la Namibie, la disparition des requins et des autres prédateurs a provoqué la prolifération des méduses. Lesquelles mangent les œufs de poissons d'où la chute des stocks dans des eaux pourtant très poissonneuses. Le requin est en situation de crise mais ceci est à replacer globalement dans le contexte de la raréfaction des ressources halieutiques.

Enquête sur une espèce menacée

"L'animal que nous craignons le plus est celui sans lequel nous ne pouvons vivre", affirme Rob Stewart dans son film Les Seigneurs de la mer (Sharkwater), qui sort ce mercredi sur les écrans. Le cinéaste-plongeur clame sa passion pour les requins devant l'objectif et dans la mer. Tel Tintin sur la piste des squales, on le suit remonter la filière des ailerons de requins, des pêches illégales dans le sanctuaire des Galapagos jusqu'aux restaurants d'Asie. Des images volées, prises sur le vif, côtoient de superbes séquences sous-marines. Le requin, prédateur devenu proie, apparaît dans toute sa beauté et sa fragilité. Les Seigneurs de la mer fait voler en éclat le mythe du monstre des profondeurs.

(1) Bernard Seret est l'auteur des Requins des côtes françaises, une guide complet et très illustré publié aux éditions Ouest-France.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 09 avril 2008 à 06:00
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19 Commentaires

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  • Marilyn, le 09/04/2008 à 18h21

    Monsieur Régis doit vraiment être fou pour être plongeur en ayant peur des requins ...

  • Azerty, le 09/04/2008 à 12h52

    A Marion de Saint-Denis. Je suis presque d'accord avec votre remarque. Pour moi, il est déjà trop tard...

  • Stephane, le 09/04/2008 à 10h57

    Comme tous les plongeurs, je plonge aussi pour voir des requins... et j'espere que ma fille plongera pour voir des requins. regis : j'ai plus de 500 plongées et c'est la premiere fois que j'entends parler d'un plongeur qui a peur des requins... c'est quand meme louche votre histoire !

  • Anakin, le 24/04/2007 à 11h08

    Ah, si les marchands de cigarettes pouvaient diminuer de moitié aussi!... A M. Régis... certes, c'est dramatique de perdre un ami dans de telles circonstances, mais comme l'a dit quelqu'un, les étrangers, ce sont les hommes. Si on plonge, on connait les risques... Dans 50 ans, de totues façons, il n'y aura plus rien à voir à ce rythme. Certes, nous ne serons plus là pour les voir, peut être, mais les enfants -en tous cas- y seront, et leurs enfants aussi. Les requins ne bénéficient pas du capital sympathie dont bénéficient baleines et dauphins, eux aussi gravement mencacés, comme toutes les espèces marines. Les écosystèmes sont fragiles, et dès que l'équilibre est rompu les conséquences sont dramatiques. Je suis "écolo", je suis parmi ces donneuses de leçons, mais au moins j'agis pour préserver ce que je peux préserver. Peut être est-ce parce que justement, j'ai des enfants, et je veux qu'ils puissent eux aussi plonger et voir les richesses de ce monde marin méconnu....

  • Chris, le 20/04/2007 à 15h24

    Cher Régis, tu te dis plongeur ? mais un plongeur dans une baignoire !!! Un vrai plongeur, un passionné, n'aurait pas ce genre de remarque, et franchement je crois que tu peux laisser tes bouteilles dans le bateau car tu n'as rien à faire en mer

  • Marion, le 20/04/2007 à 11h49

    Moi je plonge a l'occasion à la Réunion ou il ya pas mal de risques et de morts liés au requin, moi aussi j'ai la peur au ventre parfois, et je ne souhaite pas encroiser, mais la biodiversité est mise a mal et la regression de la population de requins est déplorable, nous entrainons la nature dans notre chute et nous n'en prendrons conscience que lorsqu'il sera trop tard.ce ne sont pas des machines a tuer, mais des prédateurs comme d'autres, on peut aussi trouver la mort en traversant la rue...

  • David, le 20/04/2007 à 09h35

    Pour Régis : peut etre que les requins sont contents de nous voir nous entretuer. Ils doivent se dire qu'il y a moins de pécheurs ! Je suis aussi plongeur et j'espère que toute ma vie je pourrais croiser des requins lors de mes plongées... Et la mer c'est comme l'étranger, il ne faut pas oublier que c'est nous les étrangers !

  • Julien, le 19/04/2007 à 23h26

    En un mot : pathetique.

  • Funtime, le 19/04/2007 à 21h21

    Il ne faut pas en vouloir à regis , il est ignorant de ce que sont les requins. peut etre un jour aura t'il le courage de regarder sa peur en face et se rendra compte que les requins ne reflechissent pas comme l'homme et qu'ils sont partie integrale de notre planete. franchement je suis peiné pour ses malheurs mais les malheurs qui risquent d'arriver dans les années qui viennent , arriveront à nos enfants et donc à vos enfants, régis. n'oubliez pas , tout est lié sur notre planette. bonne continuation et bonnes plongées...

  • FRED, le 19/04/2007 à 20h19

    Régis Si tu n'es pas écolo ou que tu n'aime pas la nature dans sa diversité, ARRETES DE PLONGER. Ou vas plonger dans la seine, c'est près de chez toi. Mais attention on n'a pas encore eradiqué tous les brochets. Pour info, un requin bleu c'est pas trop méchant et en france, c'est très dur d'en trouver des gros potentiellement dangereux.

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