Bruxelles n'avale toujours pas les eaux bretonnes

le 27 juin 2007 à 16h09 , mis à jour le 28 juin 2007 à 14h06

La Commission demande à la Cour de justice européenne de condamner la France à 28 millions d'euros en raison de la pollution de ses eaux par des nitrates.

eau robinet nitrates © INTERNE

Et si la France était condamnée pour la pollution de sources d'eau potable en Bretagne par les nitrates ? C'est ce que souhaite la Commission européenne, qui a saisi mercredi la Cour de justice européenne, lui demandant d'infliger à la France une amende de 28 millions d'euros assortie d'astreintes journalières s'élevant à 117 992 euros. Quelques heures après l'annonce de cette décision, le gouvernement français a promis "d'intensifier ses efforts dans les semaines qui viennent".

 

 

Dans un communiqué, les ministres de l'écologie et de l'agriculture Jean-Louis Borloo et Michel Barnier ont rappellé que "depuis la condamnation de la France en 2001, les efforts constants de l'État et des agriculteurs bretons ont permis de ramener 28 des 37 bassins versants concernés à la conformité" avec la législation européenne. Les autorités françaises "ont décidé d'accélérer la mise en oeuvre du plan de mise en conformité des neuf bassins versants restants", rappelant que 60 millions d'euros sont mobilisés sur cinq ans pour inciter les agriculteurs de la région à réduire la quantité d'azote répandue sur les sols. Jusque-là purement incitatif, ce dispositif "sera rendu obligatoire au 1er janvier 2008".

 

Une affaire qui dure

 

 

L'affaire dure déjà depuis longtemps. Le contentieux remonte à 1992, quand l'association écologiste Eau et Rivières de Bretagne avait écrit à la Commission européenne, dénonçant la violation d'une directive de 1975 sur la teneur en nitrates de l'eau potable. Selon la directive, les eaux de surface destinées à la production d'eau potable ne peuvent contenir plus de 50mg/l de nitrates avant tout traitement, taux que la Bretagne dépasse fréquemment du fait de l'utilisation d'effluents des élevages intensifs comme engrais.

 

La France avait donc été condamnée en 2001 sur la qualité de l'eau potable. Mais l'arrêt rendu à l'époque n'avait pas été respecté. Bruxelles avait alors accordé plusieurs sursis à la France. Mais cette fois, c'en est trop. Bruxelles reconnaît que Paris a fait des efforts pour régler le problème, mais elle juge qu'ils seront insuffisants pour que la situation revienne rapidement à la normale. Ce qui justifie aujourd'hui la saisine de la Cour de justice européenne.

 

Les agriculteurs inquiets  

 

L'éventualité d'une condamnation de la France inquiète les agriculteurs bretons, qui craignent que des mesures soient prises contre eux. Près de Saint-Brieuc, des agriculteurs ont protesté en lançant une opération escargot rassemblant environ 70 tracteurs. Le président de la chambre d'Agriculture du Finistère, Jacques Jaouen, a exprimé mercredi son "amertume" après l'annonce de la décision de Bruxelles. L'Assemblée permanente des chambres d'agriculture a toutefois appelé mercredi à "amplifier les mesures correctives" contre la pollution des eaux. 

 

 

Mais selon l'association Eau et rivières, la saisie de la cour de justice est un "coup de semonce" qui doit permettre de s'attaquer enfin au problème de la pollution de l'eau par les nitrates en Bretagne. "On est au pied du mur. Profitons de ce coup de semonce très fort pour prendre les mesures qu'on aurait du prendre depuis 15 ans", a déclaré le porte parole d'Eau et Rivières de Bretagne, Jean-François Piquot.

 

Six pays poursuivis sur le statut des notaires

La Commission européenne a également décidé de poursuivre devant la Cour européenne de justice six pays, dont la France, pour avoir fait preuve de discrimination dans l'accès à la profession de notaire. Bruxelles reproche à ces pays de restreindre l'accès et l'exercice de la profession de notaire à leurs ressortissants nationaux, ce qui est contraire à la liberté d'établissement. En plus de la France, l'Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, la Grèce et l'Autriche sont concernés par la procédure.

le 27 juin 2007 à 16:09
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10 Commentaires

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  • Denis, le 28/06/2007 à 10h41

    Très bonne nouvelle, les agriculteurs bretons sont conscient de cette épée d'Amoclès au dessus de leur tête depuis longtemps, mais ils n'ont rien fait ! Désormais les pollueurs doivent payer.. vraiment c'est une très très bonne nouvelle.

  • Laurent, le 27/06/2007 à 21h44

    Non à l'agriculture intensive. Les agriculteurs-polueurs doivent payer !

  • Liliane, le 27/06/2007 à 20h23

    Su la commission europeenne voulait dégoûter définitivement les Français de l'Europe, elle ne s'y prendrait pas autrement !

  • Paul, le 27/06/2007 à 20h16

    L'état français se moque depuis très longtemps de La Bretagne et des bretons, sur l'eau comme sur beaucoup d'autres choses. La charte des langues régionales et minoritaires qui a été intégrée dans la déclaration européenne des droits de l'homme n'a toujours pas été ratifié par la france et n'est pas près de l'être avec Sarkozy. Que la France soit aussi poursuivi pour cela et qu'elle soit lourdement condamnée jusqu'à ce qu'elle respecte ses minorités nationales !

  • Jean, le 27/06/2007 à 18h59

    Ils polluent et c'est nous qui payons!!! Pollués et rançonnés !!!

  • LE BRETON, le 27/06/2007 à 18h56

    Il semble que Bruxelles soit très mal informé de la situation quant à la qualité des eaux brutes destinées à la production d'eau potable. Il s'agit de quelques points d'eau peu importants en débit et en volume pour la distribution d'eau sur l'ensemble de la Bretagne.Au fait les nitrates sont-ils toxiques pour la santé...si oui, il faut aussi les supprimer dans tous les produits alimentaires; si non, que la commisssion de Bruxelles aille planter ses choux et les bretons leurs choux-fleurs

  • Wackermann, le 27/06/2007 à 18h20

    Il y a une méthode (nous l'avions déjà proposée) pour enrayer la production de nitrate au départ chez l'éleveur, mais ces derniers ne s'y intéressent pas pour cause de coûts. L'investissement (minime) en matériel les rébute, ainsi que le financement du consommable nécessaire ! Et pourtant ..... ????

  • Christophe, le 27/06/2007 à 17h10

    Ce n'est pas pour dire mais ils commmencent à nous gonfler à Bruxelles. on n'est plus chez nous

  • Alex, le 27/06/2007 à 17h01

    ENFIN !!! bravo l'europe. Il y a moyen de trouver des solutions seulement ca coute alors comme tout est voué au fric, on s'en balance jusqu' ce que la sanction tombe... Ca n'est pas que la faute des agriculteurs soumis aux pressions de la grande distribution et du sacro saint "marché" auquel on est prêt a tout sacrifier et a travailler plus-poluer plus pour gangner plus....

  • LANGLOIS, le 27/06/2007 à 16h56

    Pourquoi donc les agriculteurs bretons craignent des mesures prises contre eux? Auraient ils qq chose à se repprocher???? Cette affaire dure depuis des années, ils ont eu largement le temps de réagir pour ne plus être montrés du doigt..... On ne peut pas continuer à polluer impunément!!!

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