Incendies en Grèce, le 26 août 2007 © LCI
LCI.fr : Face à des incendies catastrophiques, le gouvernement grec évoque la responsabilité d'incendiaires, voire de la criminalité organisée. Faut-il chercher une cause humaine à ces feux ? 
Eric Rigolot - DR
Eric Rigolot (1) : Dans les régions méditerranéennes, le régime des feux (à savoir leur périodicité et leur puissance) est très dépendant de la présence de l'homme. La seule cause véritablement naturelle, c'est la foudre, lors des orages secs. Ce qui ne représente que 5% des feux dans ces régions. La plupart des incendies sont d'origine humaine, qu'ils trouvent leur source dans des accidents, dans la négligence ou dans la malveillance. Les feux en Grèce ont donc vraisemblablement des causes humaines, comme dans la plupart des pays méditerranéens, mais je ne me prononcerai pas davantage sur ces causes : tout se dit lorsque les esprits sont échauffés. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a une très grande diversité de causes accidentelles : il peut s'agir d'agriculteurs ayant brûlé des détritus végétaux, mais aussi d'engins de débroussaillement dont les pièces mécaniques heurtent des cailloux, voire de chantiers en plein air.
LCI.fr : Cet impact de l'homme sur les incendies a-t-il tendance à s'accroître aujourd'hui avec la diversité des activités humaines ?
E.R. : L'être humain a une présence très ancienne dans le milieu méditerranéen. Et il a toujours forgé ces écosystèmes en fonction de ses besoins, y compris en utilisant le feu. Avec, depuis très longtemps, une double facette : des techniques bien maîtrisées peuvent favoriser une bonne gestion de la forêt, mais les conséquences de dérapages ou de mauvaises pratiques peuvent rapidement devenir très graves.
LCI.fr : Est-ce le cas de l'écobuage ?En France, beaucoup
de départements
accompagnent les
feux pastoraux
E.R. : C'est une pratique qui a lieu plutôt l'hiver. Un feu pastoral mal conduit qui dégénère en incendie ne se développe alors pas dans des conditions de grande sécheresse, mais il peut tout de même prendre de l'ampleur à une période de l'année où le système de prévention et de lutte est désarmé, avec un temps de réaction plus lent.
LCI.fr : Faut-il interdire tout allumage de feu ou encadrer plus strictement de telles pratiques ?
E.R. : Une stratégie de gestion intégrée du feu est préférable à une interdiction. Le feu peut être un bon outil de prévention, notamment comme outil de débroussaillement. Même si aujourd'hui, les Codes forestiers de la plupart des pays européens restent marqués par une attitude très répressive, je pense qu'une bonne compréhension des besoin sociaux et un accompagnement de ces pratiques, notamment avec les pompiers et la force publique, seraient la meilleure stratégie pour mieux utiliser le feu et minimiser ses effets destructeurs.
LCI.fr : Y a-t-il des exemples en Europe de telles stratégies de gestion intégrée du feu ?
E.R. : En France, beaucoup de départements proposent déjà d'accompagner les feux pastoraux, voire de les organiser eux-mêmes. C'est le cas des Alpes maritimes où les accidents liés à de tels feux ont beaucoup diminué. Toujours en France, les pompiers méditerranéens ont de plus en plus recours au feu. Une loi de 2004 sur la sécurité civile a ainsi introduit la possibilité, pour le commandant des opérations contre un incendie, de faire appel à un spécialiste agréé dans les feux tactiques. La France compte aujourd'hui une trentaine de ces spécialistes, qui sont à la fois des pompiers et des forestiers.
(1) Eric Rigolot est ingénieur de recherche à l'Inra d'Avignon (Institut National de la Recherche Agronomique), et l'un des coordinateurs du projet européen "Fire Paradox", qui s'attache à la double facette du feu : tantôt destructeur pour l'environnement, tantôt outil de prévention.
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