"Pourquoi je cultive des OGM"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 08 août 2007 à 11h51 , mis à jour le 09 août 2007 à 10h43

Dossier : OGM

Interview - Un jeune agriculteur du Sud-Ouest explique à LCI.fr les "avantages" qu'il en a retiré et les difficultés qu'il a rencontrées. Un témoignage qui intervient alors que les fauchages de champs d'OGM reprennent.

[Expiré] [Expiré] maïs céréale OGM © sxc.hu

LCI.fr : Quand vous êtes-vous engagé dans la culture d'OGM ?

Nicolas (1) : En 2005. A l'époque, en France, il n'y avait que 80 hectares semés seulement. Je savais que c'était parfaitement légal. Je suis entré en contact avec l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) qui m'a guidé et apporté un soutien technique lors des deux premières années.
 
LCI.fr : Qu'est-ce qui a motivé votre décision ?

N. : Dans le Sud-Ouest, il y a de grosses attaques de chenilles sésamies et pyrales, qui occasionnent des pertes de rendements assez conséquentes. Le maïs proposé par Monsanto, le MON810, le seul type autorisé à ce type de culture en France, permettait de venir à bout de ces chenilles.
 
LCI.fr : Quels avantages avez-vous retirés de ce type de culture ?

N. : Je n'ai eu plus du tout d'attaques de chenilles : l'efficacité est proche de 100%. Le premier avantage est économique. Sur la récolte de 2006, j'ai gagné 25% de rendement en plus. Les frais engagés étant quasiment les mêmes d'une année sur l'autre, mes marges nettes ont progressé de 50%.

Avec les OGM,
"j'ai gagné 25%
de rendement
en plus"

 

Le deuxième avantage pour l'environnement, pour ma santé en tant qu'utilisateur de produits phytosanitaires [pesticides, NDLR] et pour le consommateur, c'est que je n'ai pas utilisé de pesticides. D'ailleurs, la biodiversité au sein d'un champ de maïs OGM est supérieure à celle d'un champ traité aux pesticides. On y trouve des coccinelles, des pucerons...

Troisième avantage : la qualité de la production. Lorsque la chenille grignote la tige puis le grain, elle inflige des blessures au niveau des tissus végétaux. Ce sont des points d'entrée pour des maladies qui vont sécréter des mycotoxines qui peuvent faire apparaître, via l'alimentation animale, des problèmes au sein du bétail, notamment chez les porcs. Des normes européennes de qualité de grain sont en train de se mettre en place. Globalement, le grain [non modifié génétiquement, NDLR] que je vendais avant lors de fortes attaques de chenilles ne serait plus aux normes.
 
LCI.fr : Et les inconvénients ?

N. : C'est une rigueur à avoir au niveau de l'implantation pour s'assurer qu'il n'y aura pas de fécondation croisée [entre cultures OGM et cultures sans OGM ou bio, NDLR]. Pour cela, nous mettons en place des barrières polliniques, c'est-à-dire que les champs OGM sont entourés de parcelles de maïs conventionnel.
 
LCI.fr : Avez-vous averti vos voisins cultivateurs ?

N. : J'ai été très clair et transparent. Je partais du principe que les cultures d'OGM était autorisée et que je n'avais rien à cacher. Avec l'AGPM, j'ai donc fait visiter mon champ aux gens de ma profession en 2005. Même si mes voisins ne sont pas tous d'accord avec les OGM, ils ont compris ma démarche car ils sont également victimes des attaques de chenilles. Beaucoup de cultivateurs s'y sont mis cette année d'ailleurs.
 
LCI.fr : Comment ont réagi les opposants aux OGM ?

N. : En 2006, toujours avec l'AGPM, nous avons organisé une conférence de presse. Ce qui m'a valu d'être reconnu. En toute illégalité, Greenpeace a mis en ligne sur internet la localisation d'une de mes parcelles : localisation GPS avec mon nom, mon prénom et mon adresse. Elle a été condamnée à retirer ces informations mais j'ai commencé à recevoir des coups de fil anonymes et des fax d'insultes. On m'accusait d'être vendu aux multinationales, d'être un irresponsable... Et puis fin juillet 2006, des personnes sont venues faucher une grosse parcelle de cinq hectares.

LCI.fr : Comment cela s'est-il passé ?

N. : J'avais été informé à l'avance par un journaliste. J'ai donc prévenu les gendarmes. 200 personnes ont débarqué, parmi lesquelles José Bové. En face, il n'y avait que moi et mon père et cinq à six gendarmes venus pour s'interposer et prendre des photos. Ces gens étaient très agressifs. On a perdu 15.000 euros dans l'affaire, soit 80% de ce que je gagne en un an. Un procès va débuter en octobre et j'espère bien les récupérer.

LCI.fr : Comment avez-vous vécu ces événements ?

N. : Très difficilement, notamment par rapport à ma famille : j'ai une femme, une petite fille, mes parents et ma grand-mère qui vivent sur l'exploitation. J'essaie de ne pas mettre de l'huile sur le feu. Je vis dans l'angoisse. Depuis début juillet, tous les week-ends, on se demande si on va être fauché.
 
LCI.fr : Avez-vous eu l'occasion de débattre avec les anti-OGM ?

"Je vis dans
l'angoisse"

 

N. : Il y a des personnes avec qui on peut discuter mais pas avec d'autres. Quand il y a un débat public ou une conférence dans la région, je ne m'interdis jamais d'y aller pour comprendre leur point de vue et pourquoi ils ont une position aussi démesurée. Bon, je ne me suis jamais fait taper dessus !
 
LCI.fr : Que pensez-vous des arguments avancés par les opposants aux OGM sur les risques de contamination des cultures ou sur les risques pour la santé ?

N. : Je peux comprendre les positions de choix de vie : le refus de la surconsommation, de la mondialisation et de l'enrichissement des multinationales. Après quand on essaie de sortir de pseudos rapport scientifiques, je ne comprends plus. Cela fait dix ans que le maïs bt [OGM, NDLR] est cultivé. Dix ans d'enquêtes et de contre-enquêtes? Or, aucun souci de contamination de cultures ou de problème de santé humaine et animale n'a été relevé.
 
LCI.fr : Que pensez-vous de la demande de moratoire sur les OGM jusqu'au Grenelle de l'environnement, en octobre prochain ?

N. : Ce moratoire signifie la destruction en octobre des cultures semées en avril ! Pour qu'il y ait un moratoire, il faudrait qu'il y ait un fait nouveau montrant un danger quelque part. Or ce n'est pas le cas. Et puis, il y a déjà eu un moratoire entre 1998 et 2003. Rien n'a été fait. Aucun gouvernement n'a voulu trancher sur cette question. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on travaille sans règles. C'est la profession qui a mis en place ses propres règles : cette année, nous avons étendu la barrière pollinique de 10 mètres à 20 mètres.
 
LCI.fr : Comment voyez-vous l'avenir des OGM en France ?

N. : Le Grenelle de l'environnement doit être l'occasion d'avoir un débat serein et constructif. Imposer un moratoire en préambule relève de l'opposition idéologique. J'ai très peur que lors de ces discussions, il y ait des tractations du type OGM contre nucléaire. Je pense que les biotechnologies sont un sujet trop important et crucial pour les laisser aux politiques.
 
(1) Le prénom a été modifié à la demande de l'interviewé.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 08 août 2007 à 11:51
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

28 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Consommateur, le 10/08/2007 à 14h29

    A tous les anti-ogm savez-vous que les tomates, les pommes de terres, les carottes, etc ... que vous consommez quotidiennement sont TOUS des OGM, eh oui ! Les plants originels n'ont rien à voir avec les plants actuels ! Ils étaient souvent au départ toxiques ! Alors soyez logiques avec vous-même, ne consommez plus AUCUN légumes semés ou plantés par l'homme mais uniquement des légumes ou plantes que vous récolterez dans des régions non contamminées par une quelconque culture humaine ! La toundra russe (et encore avec les essais nucléaires, on ne sait pas !!!) peut-être ! Fuyez en tout cas tout marchand de produits agricoles récoltés par l'homme !

  • BB, le 10/08/2007 à 11h51

    Une question n'a pas été posée à Nicolas : s'il est au courant que dans certains pays où les OGM sont pratiqués à large échelle depuis 10 ans(Argentine, Brésil, Chine...)on commence à voir apparaître des effets négatifs majeurs : plantes et insectes devenant résistants, monoculture ogm faisant disparaître les cultures vivrières locales, déforestation effrénée, suicides en masse d'agriculteurs ruinée, ... Autre question qu'il devrait se poser : pourquoi la FAO est-elle si réservée sur les OGM ?

  • Frank, le 10/08/2007 à 11h06

    C'est fou comme les français sont obsédés par les OGM, les lignes à hautes tensions, les téléphones portables... tous selon eux capables d'engendrer de terrible cancers qui finiront par tous nous tuer. Pourtant ça n'empêche pas certains, M. Bové en tête, d'être des fumeurs invétérés (la pipe me semble t'il dans son cas). Les OGM n'ont jamais tué personne. Le tabac fait des dizaines de milliers de morts tous les ans.

  • "Nicolas", le 09/08/2007 à 18h06

    Je poursuis: cette protéine est très vite dégradée dans un estomac humain, bovin ou parcin (moins de 5 min), comme toute protéine (assamblage d'acides aminés) 3. non on ne brule pas des millions de tonnes de céréales, on est actuellement en forte pénurie, c'est pourquoi les denrées alimentaires augmentent fortement en ce moment du fait de l'augmentation de la demande mondiale

  • "Nicolas", le 09/08/2007 à 18h02

    Je suis l'agriculteur interviewé. D'abord je tiens à souligner le professionalisme du journaliste, pas un de mes mots a été détourné de son sens. Ensuite, juste pour répondre à quelques réactions : 1. où sont ces études sur les supposés dangers? où sont ces morts? Il ne suffit pas d'affirmer, il faut démontrer. Les médias ont trop longtemps pris pour argent comptant les "études" du criigen, de greenpeace ou autre. Aujourd'hui ces rapports sont passés devant des experts scientifiques, tous ont été recalés au niveau des méthodes ou des interprétations hasardeuses. 2. Les maïs Bt ne produit pas une toxine. C'est faux. Il produit une protéine qui n'est pas digérée par 2 chenilles de la famille des lépidoptères

  • Philippe, le 09/08/2007 à 16h20

    Il serait intéressant de publier un contre-article, en interviewant un producteur biologique. Cela permettrait au grand public de connaître les motivations derrière la culture biologique. Un oubli dans cet article... On ne dit pas que les graines vendues par Monsanto sont modifiées de manières à ne pas se "reproduire". Ceci signifie que l'agriculteur doit racheter des semances chaque année à cette multi-nationale qui a de plus breveté ses graines.

  • BB, le 09/08/2007 à 15h59

    Le problème est que ns ne connaissons peut de choses sur les OGM, et, ns n'avs pas confiance en nos chercheurs, il suffit de voire chez nos voisin avec la fièvre affecteuse et le reste. BB

  • Pat, le 09/08/2007 à 15h01

    Que ceux qui aiment les OGM en mangent, je m'en moque !! ils ne viendront pas pleurer dans 10 ou 20 ans d'avoir été des sujets d'expérience. moi je m'en fout, je mange sain (bio) la seule chose qui me dérange, c'est que ça ne soit pas cultivé en milieu clos...

  • Armand, le 09/08/2007 à 15h00

    A Schneider Yves-Jacques, Falmignoul (Belgique) : Comment pouvez-vous parler de risque "incomparablement plus sérieux que les OGM" en avouant vous-même que vous n'étudiez pas les OGM ? ... pour comparer une voiture à une moto, le minimum est d'essayer les deux véhicules . Bref ; suite à votre réaction, je suis encore plus inquiet : vos études montrent que les pesticides sont un vrais danger, d'autres scientifiques parlent des OGM comme pires que les pesticides... si tout le monde a raison, alors je n'ose imaginer le niveau de toxicité des OGM !

  • Cyril, le 09/08/2007 à 13h26

    Que de réponses que je qualifie d'étroites d'esprit pour rester poli. A quand les chenilles ou autres qui s'attaquent aux plants modifiés ? Et après on fera quoi ? mmm ? C'est bien beau tout ça, mais c'est beaucoup de risques sans aucunes parade, à chaque fois qu'on a voulu jouer à être plus malin que la nature, le retour de baton a été plus fort que prévu, donc permettez moi de rester sceptique et de ne pas avaler la propagande des laboratoires ni celles des "pseudoscientifiques" qui ont oublié leur humilité et qui ont l'impression de tout maitriser. Puis il y a tellement de gros sous en jeu que le débat est faussé dès le début.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience