© sxc.huLCI.fr : Quand vous êtes-vous engagé dans la culture d'OGM ?
Nicolas (1) : En 2005. A l'époque, en France, il n'y avait que 80 hectares semés seulement. Je savais que c'était parfaitement légal. Je suis entré en contact avec l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) qui m'a guidé et apporté un soutien technique lors des deux premières années.
LCI.fr : Qu'est-ce qui a motivé votre décision ?
N. : Dans le Sud-Ouest, il y a de grosses attaques de chenilles sésamies et pyrales, qui occasionnent des pertes de rendements assez conséquentes. Le maïs proposé par Monsanto, le MON810, le seul type autorisé à ce type de culture en France, permettait de venir à bout de ces chenilles.
LCI.fr : Quels avantages avez-vous retirés de ce type de culture ?
N. : Je n'ai eu plus du tout d'attaques de chenilles : l'efficacité est proche de 100%. Le premier avantage est économique. Sur la récolte de 2006, j'ai gagné 25% de rendement en plus. Les frais engagés étant quasiment les mêmes d'une année sur l'autre, mes marges nettes ont progressé de 50%.
Avec les OGM, |
Le deuxième avantage pour l'environnement, pour ma santé en tant qu'utilisateur de produits phytosanitaires [pesticides, NDLR] et pour le consommateur, c'est que je n'ai pas utilisé de pesticides. D'ailleurs, la biodiversité au sein d'un champ de maïs OGM est supérieure à celle d'un champ traité aux pesticides. On y trouve des coccinelles, des pucerons...
Troisième avantage : la qualité de la production. Lorsque la chenille grignote la tige puis le grain, elle inflige des blessures au niveau des tissus végétaux. Ce sont des points d'entrée pour des maladies qui vont sécréter des mycotoxines qui peuvent faire apparaître, via l'alimentation animale, des problèmes au sein du bétail, notamment chez les porcs. Des normes européennes de qualité de grain sont en train de se mettre en place. Globalement, le grain [non modifié génétiquement, NDLR] que je vendais avant lors de fortes attaques de chenilles ne serait plus aux normes.
LCI.fr : Et les inconvénients ?
N. : C'est une rigueur à avoir au niveau de l'implantation pour s'assurer qu'il n'y aura pas de fécondation croisée [entre cultures OGM et cultures sans OGM ou bio, NDLR]. Pour cela, nous mettons en place des barrières polliniques, c'est-à-dire que les champs OGM sont entourés de parcelles de maïs conventionnel.
LCI.fr : Avez-vous averti vos voisins cultivateurs ?
N. : J'ai été très clair et transparent. Je partais du principe que les cultures d'OGM était autorisée et que je n'avais rien à cacher. Avec l'AGPM, j'ai donc fait visiter mon champ aux gens de ma profession en 2005. Même si mes voisins ne sont pas tous d'accord avec les OGM, ils ont compris ma démarche car ils sont également victimes des attaques de chenilles. Beaucoup de cultivateurs s'y sont mis cette année d'ailleurs.
LCI.fr : Comment ont réagi les opposants aux OGM ?
N. : En 2006, toujours avec l'AGPM, nous avons organisé une conférence de presse. Ce qui m'a valu d'être reconnu. En toute illégalité, Greenpeace a mis en ligne sur internet la localisation d'une de mes parcelles : localisation GPS avec mon nom, mon prénom et mon adresse. Elle a été condamnée à retirer ces informations mais j'ai commencé à recevoir des coups de fil anonymes et des fax d'insultes. On m'accusait d'être vendu aux multinationales, d'être un irresponsable... Et puis fin juillet 2006, des personnes sont venues faucher une grosse parcelle de cinq hectares.
LCI.fr : Comment cela s'est-il passé ?
N. : J'avais été informé à l'avance par un journaliste. J'ai donc prévenu les gendarmes. 200 personnes ont débarqué, parmi lesquelles José Bové. En face, il n'y avait que moi et mon père et cinq à six gendarmes venus pour s'interposer et prendre des photos. Ces gens étaient très agressifs. On a perdu 15.000 euros dans l'affaire, soit 80% de ce que je gagne en un an. Un procès va débuter en octobre et j'espère bien les récupérer.
LCI.fr : Comment avez-vous vécu ces événements ?
N. : Très difficilement, notamment par rapport à ma famille : j'ai une femme, une petite fille, mes parents et ma grand-mère qui vivent sur l'exploitation. J'essaie de ne pas mettre de l'huile sur le feu. Je vis dans l'angoisse. Depuis début juillet, tous les week-ends, on se demande si on va être fauché.
LCI.fr : Avez-vous eu l'occasion de débattre avec les anti-OGM ?
"Je vis dans |
N. : Il y a des personnes avec qui on peut discuter mais pas avec d'autres. Quand il y a un débat public ou une conférence dans la région, je ne m'interdis jamais d'y aller pour comprendre leur point de vue et pourquoi ils ont une position aussi démesurée. Bon, je ne me suis jamais fait taper dessus !
LCI.fr : Que pensez-vous des arguments avancés par les opposants aux OGM sur les risques de contamination des cultures ou sur les risques pour la santé ?
N. : Je peux comprendre les positions de choix de vie : le refus de la surconsommation, de la mondialisation et de l'enrichissement des multinationales. Après quand on essaie de sortir de pseudos rapport scientifiques, je ne comprends plus. Cela fait dix ans que le maïs bt [OGM, NDLR] est cultivé. Dix ans d'enquêtes et de contre-enquêtes? Or, aucun souci de contamination de cultures ou de problème de santé humaine et animale n'a été relevé.
LCI.fr : Que pensez-vous de la demande de moratoire sur les OGM jusqu'au Grenelle de l'environnement, en octobre prochain ?
N. : Ce moratoire signifie la destruction en octobre des cultures semées en avril ! Pour qu'il y ait un moratoire, il faudrait qu'il y ait un fait nouveau montrant un danger quelque part. Or ce n'est pas le cas. Et puis, il y a déjà eu un moratoire entre 1998 et 2003. Rien n'a été fait. Aucun gouvernement n'a voulu trancher sur cette question. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on travaille sans règles. C'est la profession qui a mis en place ses propres règles : cette année, nous avons étendu la barrière pollinique de 10 mètres à 20 mètres.
LCI.fr : Comment voyez-vous l'avenir des OGM en France ?
N. : Le Grenelle de l'environnement doit être l'occasion d'avoir un débat serein et constructif. Imposer un moratoire en préambule relève de l'opposition idéologique. J'ai très peur que lors de ces discussions, il y ait des tractations du type OGM contre nucléaire. Je pense que les biotechnologies sont un sujet trop important et crucial pour les laisser aux politiques.
(1) Le prénom a été modifié à la demande de l'interviewé.
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