© sxc.huL'intergroupe de travail spécifiquement dédié aux organismes génétiquement modifiés, qui devait tenir vendredi sa dernière séance de travail, s'est réuni le matin dans une ambiance fébrile, malgré les appels au sang-froid du président du groupe, le sénateur UMP de la Manche Jean-François Legrand. Après moins d'une heure de travaux, les professionnels des semences et de la protection des plantes ont "suspendu leur participation" et demandé à être "reçus en urgence par Nicolas Sarkzoy", a annoncé leur porte-parole Philippe Gracien. Pour lui, "le contrat est rompu" après les propos du ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo en faveur d'un gel des semences commerciales. Propos ensuite démentis jeudi par le ministre de l'Agriculture Michel Barnier, assurant que "la question n'est pas tranchée".
Pour le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo vendredi, une "tendance générale se dessine" bel et bien sur le gel des OGM, mais il faut "respecter le processus du Grenelle" de l'environnement. "On ne peut pas avancer sans respecter le processus avec ses partenaires : ceux qui viennent doivent avoir confiance, mais en même temps si ça ne sert pas à faire progresser les convictions, ça ne sert à rien non plus", a-t-il précisé. Jean-Louis Borloo a ensuite affirmé avoir la "conviction personnelle" que la France devait geler les cultures et la commercialisation des semences OGM, tout en soulignant qu'un seul produit était concerné.
"Cacophonie"
"A quoi sert d'organiser un Grenelle si tout est déjà décidé à l'avance?", renchérit Philippe Gracien en rappelant que le chef de l'Etat avait promis un statu quo sur la situation des OGM le temps du Grenelle. "On est d'accord pour discuter d'une nouvelle loi mais, dans l'attente, le cadre législatif et réglementaire actuel doit continuer de s'appliquer", a-t-il indiqué en assurant que "si le gouvernement dément les propos de M. Borloo, on revient".
Le député PS du Gers Philippe Martin, représentant des départements au sein du collège "collectivités territoriales", lui a emboîté le pas : il a également quitté la salle après avoir "solennellement demandé au président du groupe d'interrompre la séance et que les deux ministres (Borloo et Barnier) viennent s'expliquer sur la cacophonie d'hier". Du côté des agriculteurs, la FNSEA a boycotté la séance comme elle l'avait annoncé. Seul était présent le président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA), Didier Marteau, qui a toutefois regretté "que le gouvernement annonce les orientations qui vont être prises avant la fin des négociations". La fédération décidera définitivement de se retirer ou non du Grenelle, à l'issue d'un entretient avec Jean-Louis Borloo prévu prochainement.
"L'ensemble de la population française est contre"
La FNSEA a en outre fait état du "ras-le-bol des quelque 2000 agriculteurs qui ont semé des OGM en toute légalité, qui sont moralement harcelés et font face aux destructions quotidiennes de parcelles dédiées à la recherche ou à la production". Une parcelle de deux hectares de maïs transgénique, semée à l'initiative de la coopérative Terrena, a en effet été détruite dans la nuit de mercredi à jeudi à Cornillé-les-Caves, à l'est d'Angers. Il s'agit de la deuxième opération de destruction de maïs OGM menée en deux semaines en Maine-et-Loire. En France, les cultures transgéniques sont marginales. Seul le maïs est concerné avec 22.000 hectares cultivés en 2007, soit 0,75% des surfaces de maïs.
"L'ensemble de la population française est contre la culture en plein champ des OGM", souligne à LCI.fr Serge Orru, directeur du WWF. Evoquant "le principe de précaution inscrit dans la Charte de l'environnement", il précise que l'ONG n'est cependant "pas opposée à la recherche dans un milieu confiné, sous serre".
Bruxelles interdit le gel d'OGM |
La Commission européenne a réaffirmé vendredi que la législation européenne n'autorisait pas un Etat ou une région à "geler" la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM), comme la possibilité en est évoquée en France. "Une interdiction générale n'est pas possible selon la juridiction européenne", a rappelé Barbara Helfferich, la porte-parole du commissaire à l'environnement Stavros Dimas. Elle a refusé de se prononcer spécifiquement sur les intentions françaises, estimant qu'il faut "voir exactement les détails de la proposition" pour l'étudier. Greenpeace rappelle toutefois que "la directive 2001/18 autorise un État membre de l'Union européenne, par le biais de son article 23, à activer la clause de sauvegarde et donc à 'interdire à titre provisoire, l'utilisation et/ou la vente d'un OGM en tant que produit ou élément de produit sur son territoire' s'il 'a des raisons précises de considérer que cet OGM (...) présente un risque pour la santé humaine ou l'environnement' en raison d''informations nouvelles ou complémentaires, devenues disponibles après que l'autorisation a été donnée'". Et d'ajouter que "ces 'informations nouvelles et complémentaires' existent concernant le maïs MON 810, le seul OGM cultivé en France. Elles ont d'ailleurs permis à l'Allemagne d'activer cette clause de sauvegarde pour interdire le MON 810 en avril 2007". |
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