La croissance, oui, mais à quel prix ?

Par , le 12 octobre 2007 à 11h00 , mis à jour le 09 janvier 2010 à 19h08

Interviews - Dépassé et néfaste pour l'économie, le principe de précaution ? Des spécialistes de l'environnement répondent à la Commission Attali.


Le principe de précaution, c'est quoi ?
 

LCI.fr : La commission Attali sur la libération de la croissance envisage la suppression du principe de précaution. Faut-il mettre les préoccupations sanitaires et environnementales entre parenthèses au nom de l'intérêt économique ?
 
Dominique Bourg (1), Fondation Hulot : C'est du n'importe quoi, c'est effrayant. Le principe de précaution consiste à faire un tri autant qu'il est possible entre certaines technologies, quand on commence à s'apercevoir que certaines pourraient avoir des effets graves et irréversibles. On demande donc aux industriels de mettre en place des procédures de manière à ce que les risques soient réduits lors de la mise sur le marché de leurs produits. Revenir là-dessus, c'est totalement idiot.
 
Yannick Jadot (2), Greenpeace France : On a l'impression que ce genre d'attaque fait partie d'un procès général en anti-progressisme qui vise aujourd'hui l'ensemble du monde écologique. Il faut rappeler que le principe de précaution, pourtant inscrit depuis peu dans la Constitution, n'a jusqu'à présent jamais été appliqué. Avec des conséquences terribles depuis des années. Par exemple, de nombreux pays ont été très en avance par rapport à la France sur les questions de l'amiante, du plomb ou sur d'autres substances nocives. Au même moment, les pourfendeurs français du principe de précaution comme Claude Allègre ou comme l'Académie des Sciences affirmaient que ni le plomb, ni l'amiante n'étaient dangereux pour la santé. Résultat : grâce à leurs précautions, ces pays ont évité les drames sanitaires que connaît la France. Alors que chez nous, l'amiante est responsable aujourd'hui de 3000 morts par an...

LCI.fr : Le principe de précaution est-il un frein à la croissance ? 

On a vraiment
l'impression d'être
dans un Etat
de gribouilles

 

D.B. : La seule question que l'on doit poser à la commission, c'est : la croissance est-elle une fin en soi, doit-on la chercher à n'importe quel prix ? Si demain, tout le monde peut faire n'importe quoi, vous aurez une immense croissance dans un  premier temps, mais elle sera suivie d'une explosion des risques sanitaires et environnementaux. Or, quand on est confronté au risque de conséquences irréversibles en termes d'environnement, on ne peut pas transiger. Un exemple : le prix Nobel de chimie Paul Crutzen, l'un des premiers à avoir mis en évidence les effets des CFC sur la couche d'ozone, affirme que si l'on avait choisi une autre base chimique que les chlorofluocarbures, ç'aurait pu être une catastrophe extraordinaire... On est passé à côté du pire ! Mais on a vraiment l'impression d'être dans un Etat de gribouilles, comme si on n'avait aucune mémoire.
 
Y.J. : Cette vision du principe de précaution comme élément de blocage de la société est totalement aberrante au sens où aujourd'hui, il est, bien au contraire,  un principe actif de mise en mouvement de la société. On le voit par exemple dans la réglementation européenne REACH sur les substances chimiques, où le principe de précaution a bien été compris comme un principe de recherche active, d'innovation industrielle - et donc à terme de pérennisation d'emplois.
 
LCI.fr : Quelle cohérence peut encore avoir la  politique sanitaire et environnementale si l'on revient sur le principe de précaution ?
 
D.B. : Nous savons aujourd'hui que nous sommes dans un monde contraint, fini. Si l'on regarde l'ensemble des flux de matière depuis les années 50, ils sont tous devenus exponentiels, que l'on observe la consommation des énergies fossiles, mais aussi des minerais, la pression sur les ressources en eau douce, l'impact sur les forêts... Si l'on refuse de s'interroger sur le type de croissance que l'on recherche, autant arrêter tout de suite le Grenelle de l'Environnement, puisque l'objectif en est justement de découpler la croissance de l'économie d'une consommation exponentielle des matières premières ! Et c'est bien dans cette stratégie que s'inscrit le principe de précaution...
 
Y.J. : On a l'impression qu'il s'agit de casser un mouvement qui se développe en France sur des questions essentielles ; c'est quelque chose de pathétique, comme si l'on assistait aux derniers soubresauts d'un scientisme qui n'est plus de mise aujourd'hui. S'attaquer au principe de précaution, c'est s'attaquer à un principe actif de connaissance au service du débat démocratique. C'est aussi s'attaquer à un principe qui, notamment en matière d'environnement, est aujourd'hui défendu par l'ensemble de la communauté scientifique internationale. Loin d'être un principe anti-science, il est donc au cœur de la recherche.

(1) Dominique Bourg : cet enseignant à l'université de technologie de Troyes et à l'Institut d'études politiques de Paris est aussi l'un des experts de la Fondation Hulot. Il a co-écrit un ouvrage intitulé "Parer aux risques de demain", aux éditions du Seuil.
(2) Yannick Jadot est directeur des campagnes de Greenpeace France et porte-parole de l'Alliance pour la planète.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 12 octobre 2007 à 11:00
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14 Commentaires

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  • Phil, le 12/10/2007 à 16h54

    Ce sujet me fait aussi penser à la tournure que semble prendre le Grenelle de l'environnement. A entendre certains groupes "écologistes", l'objectif serait que la France prenne seule de "courageuses" décisions pour redevenir le "phare du monde". Si je suis convaincu que le grand défi du 21ème siècle est pour l'homme de réduire l'empreinte de son activité,(pour faire de la place à tout le monde), je suis tout aussi convaincu que cela ne se fera pas en tournant le dos au progrès. C'est tout le contraire. A ce titre la question des OGM est un bon exemple.

  • JEAN, le 12/10/2007 à 16h23

    De toute façon, même si cela ne plait pas, notre planète ne pourra supporter 8 ou 10 milliards d'individus. Il y aura de plus en plus de conflits (ouverts ou non). La terre est un être vivant qui fera (et a déjà commencé) le ménage. Cela s'est déjà produit dans le passé (12000 ans environ) avec une civilisation mondiale plus évoluée que la notre (mais sans doute aussi conne) et qui a disparu. Souvenez-vous que les égyptiens refusaient l'argent (souvenirs très anciens ?) qu'ils appelaient « le grand tordu ». Comme d'habitude, je ne serai sans doute pas publié...

  • Mo, le 12/10/2007 à 16h17

    La performance est elle le seul critère? Faut il authoriser le dopage dans le sport? On recule de plus en plus... Devenons des pionners en ecologie et notre savoir faire vaudra de l'or dans 10 ans qd tout lemonde aura compris que la terre va bientot imploser

  • Sceptique, le 12/10/2007 à 15h58

    Le principe de précaution n'aurait jamais permis le vaccin contre la rage...testé directement sur la victime d'un chien enragé

  • Laeti, le 12/10/2007 à 15h50

    Cela me fait rire quand on dit que l'on en a marre du capitalisme. Allez retournons avant l'éclosion du capitalisme c'est a dire vers 1600. C'est vrai qu'a cette époque on ne crevait pas. Si c'était si simple.(sinon j'aimerais bien aussi changer de systeme, mais lequel ?)

  • Eric, le 12/10/2007 à 15h43

    Comparons le nombre de victimes! d'un coté celles causées par une croissance molle (misère, précarité, etc...) et de l'autre celles causées par les dégâts que nous avons déjà eu (amiante, etc...), nous saurons bien alors où est la bonne cause! c'est comme ça avec les vaccins non?

  • Bruno, le 12/10/2007 à 15h34

    Repression,diminution des droits, remise en questions des acquis, suppression de la liberté de grêve, plafonnement du smig pour les ouvriers, augmentation des prix... Ca c'est pour les Salariés Francais Pour les patrons et les riches c'est moins de contrôle, plus de liberté, la dépénalisation du droit des affaires, les cadeaux fiscaux, la fin du principe de précaution... Ca n'interpelle personne ?

  • Lionel, le 12/10/2007 à 14h28

    Vaste question ,difficile de savoir qui a raison ou tord lorsque l'on a pas de données réelles et indiscutables.

  • Baal, le 12/10/2007 à 14h27

    Bah quand on deviendra un pays du tiers monde on aura pas les moyens de s'acheter de l'energie propre, et on prendra les poubelles des chinois qui eux ont eu moins de scrupule, pour se faire un peu d'argent. Si on a ces exigences en matière environnementale c'est qu'on est un pays riche. On doit le rester et la compétition est rude. D'où proviennent les liquidités pour payer les experts et la recherches que met en avant Yannick Jadot ? Et puis c'est prendre les consomateurs français pour des irresponsables (ah c'est pas moi qui l'ai dis !) que de dire qu'il suffit que les entreprises soient moins encadrées pour que ce soit l'anarchie. Et les lois du marché ? Personne n'a obligé Toyota a sortir la Prius, ni les clients à l'acheter et pourtant c'est un succès. Surtout aux USA d'ailleurs, avec l'autre modèle hybride Camry, on les croise à tous les coins de rue... Ces méchants américains sans principe de précaution tellement vilains... Faut croire que dans certains aspects ils sont plus écolos que nous.

  • BEHAL, le 12/10/2007 à 14h24

    Messieurs, Tout le monde fait comme si il n'était pas concerné par les méfaits du réchauffement de la planète, sur l'homme, que voulez vous qu'on y fasse. J'habite Paris, le Pont Mirabeau et le Pont de Grenelle sont bouchés tous les soirs (les gens mettent 1/2 heure pour les traverser) , les conducteurs et les transportés respirent les gaz de celui qui est devant et ainsi de suite, je vais à pieds car je n'ai pas de voiture, et je vois les enfants dans leur berceau au niveau du tuyau d'où s'échappe les gaz, que voulez vous qu'on y fasse, le petit a des parents, les Français sont adultes et savent voter , si ils ne se sentent pas concernés que voulez vous que j'y fasse, moi tout seul. Votre information est stérile et n'avance à rien, l'argent est trop présent pour faire avancer tous ces moutons de panurge vers un autre chemin , toute la planète est en danger, que voulez vous que j'y fasse, j'ai 52 ans pas d'enfants, pas de voiture, pas de portable, pas de télévision, je me sens bien dans ma moralité et ma citoyenté, les autres (comme je suis non reclassable à 52 ans et que tout le monde s'en fiche), enfin le destin des autres m'importe assez peu, moi je fais le nécessaire. J'ai la conscience tranquille. Je prends les transports, les VIP ou les gens qui se sentent importants, ne les prennent pas et roulent en voiture, laissons les faire, ils sont trop c...

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