© sxc.huLa Commission pour la libération de la croissance (CLCF), présidée par Jacques Attali va demander au président de la République du reconsidérer la question du principe de précaution, selon un premier rapport d'étape, publié vendredi dans Le Figaro. Selon un membre de la commission, cité par le journal, "avec le principe de précaution, nous n'aurions pas eu d'antibiotiques - trop risqué - pas d'Internet - par crainte des images pédophiles - sans parler des voitures..."
La croissance, oui, mais à quel prix ?
<b>Interviews - </b>Dépassé et néfaste pour l'économie, le principe de précaution ? Des spécialistes de l'environnement répondent à la Commission Attali.
Publié le 12/10/2007
LCI.fr a voulu savoir quel avait été l'impact du principe de précaution sur le développement des organismes génétiquement modifiés (OGM). Témoignage du Docteur Joël Spiroux, médecin généraliste, expert en santé environnementale et membre du Comité de recherche et d'information indépendant sur le génie génétique (Criigen) :
LCI.fr : Que pensez-vous de la position de la Commission Attali ?
Joël Spiroux : On en revient à l'obscurantisme. En 2004, lors de l'inscription du principe de précaution dans la Charte de l'environnement [elle-même intégrée en 2005 dans la Constitution française, NDLR], les académies de sciences et de médecine ont fait part de leur opposition. Quelles sont les motivations qui sous-tendent les avis de ces grandes structures pour prendre ainsi position à l'encontre du bon sens et de la santé ? Depuis le début du Grenelle de l'environnement, on constate beaucoup de réactions identiques.
LCI.fr : Que vous inspirent les exemples choisis par le membre de la Commission Attali cité par Le Figaro ?
J. S. : Si le principe de précaution avait été adopté dès le départ pour les antibiotiques, on aurait évité d'en donner comme activateur de croissance dans les élevages ; on aurait évité d'en donner aux patients à tort et à travers et on aurait ainsi minimisé la résistance aux antibiotiques. Quant aux voitures, pourquoi les a-t-on laissé rouler à 180 ou 200 km/h alors qu'on savait le danger que cela représentait ? Depuis que les vitesses autorisées ont été revues à la baisse, on est passé en quelques années de 13.000 morts par an sur les routes françaises à 7000 morts par an. C'est une économie considérable en vies humaines et en dépenses.
LCI.fr : Le principe de précaution a-t-il joué pour les OGM ?
J. S. : Non, ou très peu. 98% des OGM soit produisent des pesticides, soit en tolèrent. Si le principe de précaution avait joué comme il se doit, les OGM auraient dû être testés en laboratoire dans les mêmes conditions que pour les pesticides. La contre-enquête sur le MON 863 [maïs génétiquement modifié de la firme Monsanto, NDLR] que nous avons menée au Criigen a mis en lumière des toxicités hépatiques et rénales sur des rats de laboratoires [nourris avec ce maïs, NDLR]. Cela a fait bouger la communauté scientifique internationale et, en juillet dernier, 12 pays européens se sont prononcés pour l'arrêt de la commercialisation du MON 863 et le développement de recherches supplémentaires.
LCI.fr : Le principe de précaution est-il un frein à l'innovation, comme le reprochent certains ?
J. S. : Non. Moi, en tant que médecin, je suis favorable aux OGM médicaments produits en incubateur, dans un milieu fermé : l'insuline produite de cette manière est bien meilleure que celle obtenue à partir du porc. Mais il faut réfléchir plus qu'à deux fois avant de mettre des molécules médicales en plein champ. Le principe de précaution n'est pas un frein mais une mise en garde.
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