Le sénateur UMP Jean-François Le Grand. © DRQuatorze membres (dont 12 scientifiques) du comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM se sont désolidarisés de l'avis négatif rendu sur le maïs transgénique MON810. Ils reprochent notamment au président du comité, le sénateur UMP Jean-François Le Grand, d'avoir employé les termes de "doutes sérieux" sur le MON810 alors qu'ils ne figurent pas dans le document final. Le sénateur s'en explique à LCI.fr :
LCI.fr : Que répondez-vous aux 14 membres du comité qui vous reprochent d'avoir déformé les conclusions de la Haute autorité provisoire sur les OGM ?
Jean-François Le Grand : Le texte a été relu ligne par ligne, mot par mot, référence scientifique par référence scientifique. Et il a été validé par tout le monde, y compris par les 14 scientifiques en question. Le comité a mis en avant quatre faits scientifiques nouveaux et 9 questions insuffisamment prises en compte dans l'évaluation des OGM. Que l'on veuille jouer sur la sémantique me paraît curieux comme débat.
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LCI.fr : Les termes de "doutes sérieux" figurent-ils dans l'avis rendu public ?
J.-F. L. G. : J'ai commis une faute lors de la présentation de l'avis aux ministres Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet. J'ai dit : "Voilà le résultat écrit de nos observations" puis j'ai conclu, au regard des faits scientifiques nouveaux et des questions en suspens, qu'il existe des "doutes sérieux" [sur le MON810]. Cette expression ne figure pas dans le document. Mais le comité constate qu'il n'y a encore pas d'études sur les effets endocriniens [modifiant le taux de certaines hormones, NDLR], teratogènes [provoquant des malformations, NDLR] et transgénérationnels du MON810 : il y a de quoi émettre des "doutes sérieux" !
| "J'estime que le doute doit bénéficier au consommateur" |
| Sénateur Le Grand |
LCI.fr : Que pensez-vous des propos sévères tenus par le président UMP de l'Assemblée nationale à l'égard de la Haute autorité et de son avis ?
J.-F. L. G. : Je pense que Bernard Accoyer n'a pas tout lu [le document].
LCI.fr : Que vous inspirent les vives réactions suscitées par l'avis de la Haute autorité et plus généralement, sur la question des OGM ?
J.-F. L. G. : Cela m'inspire une grande interrogation : "Comment se fait-il qu'un tel sujet mobilise autant d'acteurs différents avec des réactions aussi véhémentes" ?
LCI.fr : Pensez-vous que certains parlementaires et scientifiques sont sous l'influence de certains intérêts du monde agricole ?
J.-F. L. G. : Je ne dirai qu'une chose : les lobbies sont puissants. C'est pour cela que j'ai deux certitudes : la future Haute autorité sur les OGM devra inclure des membres sans lien direct ou indirect avec les OGM et la seule réponse au doute, c'est de diligenter une recherche publique indépendante. Personnellement, je ne suis ni un tenant des OGM, ni un opposant, je cherche à faire une évaluation objective qui s'appuie sur des sciences pluridisciplinaires et pas que sur les sciences "dures".
LCI.fr : A l'UMP comme au PS, les parlementaires sont très divisés sur la question des OGM. Comment l'expliquez-vous ?
J.-F. L. G. : Les lignes de fracture sont à l'intérieur même des partis. Je suis frappé par la hargne un peu excessive de la part de ceux qui prônent l'usage des OGM. Ce type de réaction va au-delà du raisonnable et de la sérénité nécessaire à l'adoption des lois.
LCI.fr : Pensez-vous, comme certains de vos collègues, que la grève de la faim menée par José Bové a perturbé ce climat de sérénité ?
J.-F. L. G. : Tout à fait. Cette grève de la faim est nulle et non avenue. José Bové a commencé son action alors qu'il savait que le gouvernement avait mis en place une démarche d'évaluation du MON810. Il a voulu court-circuiter le processus.
LCI.fr : Pour en revenir aux parlementaires de l'UMP, au-delà de la question des OGM, n'y a-t-il pas également des tensions qui s'expriment du fait des rapports entre le Parlement et le gouvernement ?
J.-F. L. G. : L'UMP est dans une phase de démangeaison et d'urticaire. J'ai bien peur que cette crise ne porte à des grattements un peu forts et qu'elle ne s'exacerbe avec les élections municipales et cantonales.
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