Ils ont le sentiment d'avoir été instrumentalisés par le pouvoir politique. Quatorze membres de la Haute autorité provisoire sur les OGM, dont 12 des 15 scientifiques, ont contesté jeudi soir les "doutes sérieux" évoqués par le président de cette instance Jean-François Le Grand pour présenter l'avis sur le maïs MON810 (lire notre article).
Dans un communiqué, ils "font remarquer" que "le projet d'avis qu'ils ont rédigé le 9 janvier 2008 sur la dissémination du MON810 sur le territoire français ne comporte pas les termes de doutes sérieux, pas plus qu'il ne qualifie les faits scientifiques nouveaux de négatifs", comme l'a déclaré le président, le sénateur Jean-François Le Grand.
Un décalage gênant
Les termes exacts de l'avis, selon eux, sont que "ces faits et questions (...) représentent des interrogations quant aux conséquences environnementales, sanitaires et économiques possibles de la culture et de la commercialisation du MON810" et que le "comité de préfiguration souligne la publication de plusieurs faits scientifiques nouveaux qui concernent l'impact du MON810 sur l'environnement, sur la santé humaine, l'économie et l'agronomie".
Les scientifiques se disent donc "gênés par le décalage entre l'avis tel qu'ils l'ont rédigé et sa transcription" et "regrettent le manque de temps qui ne leur a pas permis, d'une part de réaliser une expertise plus complète du MON810 selon les critères de l'expertise collective, et d'autre part de relire sereinement l'avis avant sa diffusion".
"Un exercice difficile"
Jeudi matin déjà, le professeur Roland Rosset faisait part à LCI.fr de son mécontentement dans le "traitement médiatique" accordé à l'avis MON 810. Il assurait qu'à aucun moment, le comité de préficuration n'avait émis de "réserves graves" comme il avait pu le lire dans la presse à la suite de l'intervention du sénateur Jean-François Le Grand (Ecoutez Roland_Rosset en cliquant ici).
"L'exercice auquel on se livre dans ce comité est très difficile puisqu'on a notamment des gens qui sont là pour promouvoir les OGM comme les semenciers", a expliqué de son côté le botaniste Pierre-Henri Gouyon, également membre de la haute autorité, mais non signataire de ce communiqué.
Monsanto très critique
Du côté politique, le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, avait déjà vivement contesté l'avis de la Haute autorité provisoire sur les OGM. Mais dans un tout autre sens, doutant que la décision "soit fondée sur de véritables conclusions scientifiques" et qu'il s'agisse plutôt de "préjugés". Le député PS Jean-Yves Le Déaut, ancien président d'une commission sur les OGM, avait lui dénoncé une instrumentalisation par l'UMP de la Haute autorité. "Ni les termes de 'risques sérieux', ni ceux des 'effets négatifs' n'ont été employés dans l'avis transmis aux membres" de la Haute autorité, ce texte n'ayant en outre "pas été validé", avait-il affirmé.
Des propos qui trouvent un écho favorable chez le premier concerné, l'américain Monsanto. La filiale française du géant de l'agrochimie a émis jeudi "des doutes sérieux" sur le travail d'évaluation de son produit. Pour Monsanto France "réalisée trop rapidement par une autorité mise en place à titre temporaire, la revue (le processus d'avis) concernée pose question. Elle n'ajoute rien de nouveau au corpus considérable de preuves scientifiques et de revues multiples déjà menées sur le MON810 par les autorités compétentes à travers le monde et incluant l'Union Européenne et la France".
"Un avis téléphoné"
Même son de cloche chez le concurrent Limagrain, groupe français de semences n°1 européen et n°4 mondial. Son directeur des affaires institutionnelles, Jean-Claude Guillon, fait part à LCI.fr de sa "consternation" devant l'avis de la Haute autorité. "Je ne vois pas d'éléments scientifiques nouveaux de nature à remettre en cause le bien fondé des homologations" des OGM, déclare-t-il. Il dénonce par ailleurs un avis "téléphoné", qui reprend la position de Nicolas Sarkozy, et rendu sous la pression des anti-OGM : "C'est un déni de l'Etat de droit et de la démocratie", regrette-t-il encore.
A l'inverse, Lylian Le Goff, pilote de la mission biotechnologies à France Nature Environnement (FNE), est outré par la déclaration du président de l'Assemblée nationale : "Ses prises de position font injure aux gens de terrain et de dossier qui ont permis à la haute autorité de s'exprimer en connaissance de cause, et non sous le coup de l'émotion", a-t-il dit à LCI.fr.










