© sxc.huQuelle place pour les organismes génétiquement modifiés en France ? L'adoption du projet de loi sur les OGM en assemblée plénière devrait donner lieu, à partir de ce mardi, à un débat passionné dans les rangs de l'Assemblée nationale. Le débat s'est ouvert, en fin d'après-midi, par un discours du ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, qui a appelé les députés à ne "pas décourager" les laboratoires et les entreprises.
Déjà voté par les sénateurs le 8 février dernier, le texte a été adopté jeudi dernier en commission par les seuls députés UMP et Nouveau Centre, PS, PCF et Verts votant contre. Objectif : transcrire dans le droit national la directive européenne de 2001. Le projet de loi est censé garantir le "droit de produire avec ou sans OGM". Reste que la question de la coexistence entre cultures conventionnelles, cultures avec OGM et culture biologique n'est pas tranchée. Au cœur de la polémique : la possibilité d'une présence accidentelle de 0,9% d'OGM dans les cultures non OGM.
"Pas de complot"
Bernard Accoyer (UMP), le président de l'Assemblée nationale, appelle de ses vœux un "débat équilibré", en regrettant "un amalgame entre des intérêts privés, qui sont probablement critiquables, et les OGM en général, qui sont vitaux pour l'avenir de notre agriculture, de notre agronomie, de la recherche, des nouveaux médicaments, bref des domaines où la France doit être présente".
Marc Laffineur, porte-parole du groupe UMP sur le projet de loi OGM, a affirmé lundi qu'il n'y avait "pas de complot derrière la recherche sur les OGM" mais "juste de grands espoirs", appelant les députés à adopter le texte gouvernemental. "L'enjeu de ce texte est de faire face aux trois grands défis que nous lance l'humanité : celui de l'alimentation, celui de l'environnement et celui de la santé", déclare-t-il. Selon lui, "les OGM représentent une source de grands espoirs en matière de cancérologie et de vaccinothérapie".
"Doutes scientifiques"
Egalement membre de l'UMP, François Grosdidier, député de la Moselle, revendique pour sa part "la liberté de vote sur ce texte" : insistant sur "les doutes scientifiques et les enjeux éthiques" que soulèvent les OGM, il invite ses confrères à "refuser le projet du Sénat" et à "revenir au texte initial déposé par le gouvernement". Même écho chez Jean-Louis Borloo, interrogé mardi sur France-Info : "Nathalie Kosciusko (Morizet, la secrétaire d'Etat) et moi, on préfèrait le texte initial à celui qui a été un peu amendé". Il a cité notamment le principe de la Haute autorité, transformée en Haut conseil des biotechnologies par le Sénat, dominé par les scientifiques au détriment de la société civile. "Il y a un problème de cohabitation entre les chercheurs purs et les autres sciences: on a besoin des scientifiques, mais il y a des enjeux environnementaux et socio-économiques qu'il faut prendre en compte", a insisté le ministre de l'Ecologie. Il a aussi reconnu "qu'il y a un problème crucial de dissémination des OGM à d'autres agricultures".
Les Verts oscillent quant à eux entre résignation et détermination. "Malheureusement, au plan parlementaire, les jeux sont déjà faits. Ce projet de loi est une imposture politique car il s'attache à tordre le cou aux prescriptions du Grenelle de l'environnement et à donner plus de liberté, plus de grains à moudre aux grands semenciers", constate Noël Mamère, député-maire de Bègles. "Nous allons nous battre comme des chiens lors de ces discussions", affirme quant à lui Yves Cochet, ex-ministre de l'Environnement. Et d'affirmer : "Ce que nous voulons dans ce texte, c'est une affirmation claire de la ‘liberté de produire sans OGM' et non pas de produire ‘avec ou sans OGM'", car "un produit avec 0,9% d'OGM n'est pas sans OGM".
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