© sxc.huAprès de vifs débats et une polémique, les députés ont adopté mercredi en première lecture le projet de loi sur les OGM. Un texte adopté à une majorité étroite : les groupes UMP, à l'exception du député François Grosdidier, et le groupe du Nouveau centre (NC) ont voté pour (249 voix) ; le groupe socialiste, radical et citoyen (SRC) et le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR), qui rassemble les communistes et les Verts, ont voté contre (228 voix).
Le texte a pour objectif de transcrire une directive européenne de 2001 permettant la coexistence des cultures OGM, traditionnelles et biologiques. La notion même de coexistence a été rejetée par l'opposition mais elle n'a pas réussi à faire passer une série d'amendements visant à faire la différence entre "le seuil d'étiquetage" européen de 0,9% d'OGM et le seuil de "détection" ou de "traçabilité" qu'ils souhaitaient fixer à "0%".
Amendement 252
Autre gros point de discorde : l'amendement 252 du député communiste André Chassaigne qui prévoit la protection de zones de qualité sans OGM. Un amendement à l'origine de la polémique autour de Nathalie Kosciusko-Morizet (lire notre article : Kosciusko-Morizet, des excuses et au coin !).
La reconnaissance d'un "délit de fauchage" de cultures OGM, pouvant entraîner deux ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende, a également divisé l'hémicycle. Le Sénat qui avait adopté le projet de loi sur les OGM le 8 février après l'avoir fortement amendé, l'examinera en seconde lecture à partir du 16 avril.
Réactions |
Germinal Peiro, porte-parole du groupe PS sur le projet de loi OGM "Aujourd'hui, le Grenelle est mort (...) Ce texte a révélé une sévère contradiction à l'UMP (...) C'est une crise sans précédent, le Premier ministre a demandé à une secrétaire d'Etat de s'excuser auprès de ses collègues. Mme Kosciusko-Morizet n'est plus là. Elle a disparu (...) La science doit être au service de l'homme et non pas des multinationales." Corinne Lepage, ex-ministre de l'Environnement et opposante aux OGM Le "lobby des OGM a gagné, le Grenelle (de l'environnement) est enterré. [Le projet de loi sur les OGM] organise le droit à polluer et la rétention d'information (...) On avait deux ou trois avancées sur lesquelles (le Premier ministre François) Fillon a déjà annoncé qu'on allait revenir (...) Le gouvernement est en train de prendre la responsabilité historique de mettre en cause la santé des Français". Arnaud Apoteker, spécialiste des OGM, Greenpeace France "Globalement, c'est une très mauvaise loi. Le délit de fauchage est choquant et vraisemblablement inconstitutionnel. Sur la distance entre les cultures OGM et non OGM, on sait aujourd'hui qu'il n'existe pas de distance au-delà de laquelle on est sûr qu'il n'y a pas de contamination. Ce texte peut remettre en question la liberté d'entreprendre des agriculteurs bio ou sous label. Restent quelques améliorations marginales, tel l'amendement 252 qui pourrait changer l'esprit de la loi." Arnaud Gossement, porte-parole, France Nature Environnement "Avec cette loi, le Sénat a fait un grand pas en arrière et l'Assemblée quelques pas en avant. Le texte est paradoxal car il reconnaît la possibilité d'une coexistence entre cultures OGM et non OGM et en même temps, il entérine la création de zones sans OGM, comme les parcs nationaux, c'est donc bien la reconnaissance qu'il existe un problème de contamination ! Concernant le délit de fauchage, les députés ont voulu envoyer un message politique mais c'est puéril : il y a déjà dans le code pénal tout ce qu'il faut pour réprimer ce type d'actes. Il ne faut surtout pas politiser le dossier OGM et sortir de la guerre entre pros et antis." |