Séance au Sénat © TF1/LCILCI.fr : Qu'attendez-vous du deuxième passage du projet de loi sur les OGM au Sénat, ce mardi ?
Jacques Muller, sénateur (Verts) du Haut-Rhin : Nous souhaitons pouvoir déplacer le curseur dans le sens d'une plus grande liberté de produire et de consommer sans OGM. Les OGM sont autorisés en Europe mais cette liberté de choix doit être absolument consacrée par un affichage et un dispositif précis. Et je compte déplacer le curseur avec des personnes qui ne sont pas forcément encartés chez les Verts ou les socialistes : des sénateurs UMP et des centristes.
LCI.fr : Pourtant, François Fillon avait évoqué la semaine dernière un recadrage à l'occasion de cette deuxième lecture au Sénat...
J. M. : J'ai trouvé ça très méprisant pour les parlementaires. Nous ne sommes pas des godillots, surtout sur un sujet aussi complexe. Les étiquettes politiques n'ont pas de sens. C'est la première fois que je vois des sénateurs [de la majorité, NDLR] s'afficher avec nous. De toute façon, nous demanderons que le vote soit individuel et pas par groupe, comme ce fut le cas lors de la première lecture.
LCI.fr : Au cœur de ce projet de loi, il y a l'amendement Chassaigne [du nom du député PCF qui l'a proposé, NDLR] qui vise à protéger "les zones de productions de qualité sans OGM". En quoi est-il si important ?
J. M. : Nous sommes dans la politique pure. Pour la majorité, il y a deux plateaux d'une même balance. Sur un premier plateau, il y a l'aspiration de la majorité des Français à éviter les OGM. Il y a quelques mois, le président Sarkozy a eu des déclarations assez audacieuses sur cette question. Le Grenelle de l'environnement a ainsi proposé notamment de garantir la liberté du plus faible, c'est-à-dire de pouvoir produire et consommer sans OGM.
Et puis, il y a l'autre plateau de la balance : depuis 1962, il existe des connexions entre les céréaliers, la FNSEA et l'UDR, devenue le RPR et aujourd'hui, l'UMP. Sarkozy, qui a tendance à naviguer à vue, a d'abord écouté l'opinion mais ses troupes lui rappellent ces amitiés durables, qui sont le gage de l'ancrage de l'UMP dans les campagnes. D'où ces crispations de la majorité qui ne poussent pas à l'optimisme. Mais il y a des parlementaires qui ont envie de fendre l'armure et de ne pas être des petits moutons.
LCI.fr : Pas de défaitisme de votre part donc ?
J. M. : Ma philosophie de l'action est gandhienne. Ce qui compte, c'est l'action et non le résultat de l'action. Peut-être que c'est un coup dans l'eau cette fois-ci mais il faut le faire quand même, pour les générations d'après. En conscience, je travaille dans la direction que je crois juste et qui est partagée par la majorité des Français.
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