"Des sénateurs n'ont pas envie d'être des moutons"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 15 avril 2008 à 06h00 , mis à jour le 15 avril 2008 à 09h39

Interview - Le sénateur Jacques Muller (Verts) fait le point sur l'état des forces alors que la loi sur les OGM retourne mardi en deuxième lecture au Sénat. Il décrypte également le débat qui anime la majorité.

TF1/LCI : Séance au SénatSéance au Sénat © TF1/LCI

LCI.fr : Qu'attendez-vous du deuxième passage du projet de loi sur les OGM au Sénat, ce mardi ?

Jacques Muller, sénateur (Verts) du Haut-Rhin : Nous souhaitons pouvoir déplacer le curseur dans le sens d'une plus grande liberté de produire et de consommer sans OGM. Les OGM sont autorisés en Europe mais cette liberté de choix doit être absolument consacrée par un affichage et un dispositif précis. Et je compte déplacer le curseur avec des personnes qui ne sont pas forcément encartés chez les Verts ou les socialistes : des sénateurs UMP et des centristes.

LCI.fr : Pourtant, François Fillon avait évoqué la semaine dernière un recadrage à l'occasion de cette deuxième lecture au Sénat...

J. M. : J'ai trouvé ça très méprisant pour les parlementaires. Nous ne sommes pas des godillots, surtout sur un sujet aussi complexe. Les étiquettes politiques n'ont pas de sens. C'est la première fois que je vois des sénateurs [de la majorité, NDLR] s'afficher avec nous. De toute façon, nous demanderons que le vote soit individuel et pas par groupe, comme ce fut le cas lors de la première lecture.

LCI.fr : Au cœur de ce projet de loi, il y a l'amendement Chassaigne [du nom du député PCF qui l'a proposé, NDLR] qui vise à protéger "les zones de productions de qualité sans OGM". En quoi est-il si important ?

J. M. : C'est un amendement extrêmement important sur le plan environnemental parce que les zones AOC [appellations d'origine contrôlée, NDLR] représentent un nombre de surfaces agricoles non négligeables et sanctuariser ces zones pour les préserver d'une contamination, c'est une bonne chose.
L'amendement est aussi important d'un point de vue économique. Dans la compétition internationale, nous sommes à la croisée des chemins : ou bien la France se positionne sur le bas de gamme, sur des produits basiques non labellisés et on se retrouve face à des pays - Etats-Unis, Canada, Argentine... - qui ont des structures d'exploitations agricoles gigantesques ; ou bien on joue la carte de la production de haute valeur ajoutée avec une image de qualité très forte chez les consommateurs. Préserver les AOC, c'est préserver cette carte de l'excellence. Le marché mondial, c'est comme un match de boxe : il faut bien choisir sa catégorie.
LCI.fr : Comment expliquez-vous que le gouvernement ait été en pointe sur le Grenelle de l'environnement et qu'aujourd'hui, il semble remettre en cause ces avancées ?

J. M. : Nous sommes dans la politique pure. Pour la majorité, il y a deux plateaux d'une même balance. Sur un premier plateau, il y a l'aspiration de la majorité des Français à éviter les OGM. Il y a quelques mois, le président Sarkozy a eu des déclarations assez audacieuses sur cette question. Le Grenelle de l'environnement a ainsi proposé notamment de garantir la liberté du plus faible, c'est-à-dire de pouvoir produire et consommer sans OGM.

Et puis, il y a l'autre plateau de la balance : depuis 1962, il existe des connexions entre les céréaliers, la FNSEA et l'UDR, devenue le RPR et aujourd'hui, l'UMP. Sarkozy, qui a tendance à naviguer à vue, a d'abord écouté l'opinion mais ses troupes lui rappellent ces amitiés durables, qui sont le gage de l'ancrage de l'UMP dans les campagnes. D'où ces crispations de la majorité qui ne poussent pas à l'optimisme. Mais il y a des parlementaires qui ont envie de fendre l'armure et de ne pas être des petits moutons.

LCI.fr : Pas de défaitisme de votre part donc ?

J. M. : Ma philosophie de l'action est gandhienne. Ce qui compte, c'est l'action et non le résultat de l'action. Peut-être que c'est un coup dans l'eau cette fois-ci mais il faut le faire quand même, pour les générations d'après. En conscience, je travaille dans la direction que je crois juste et qui est partagée par la majorité des Français.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 15 avril 2008 à 06:00
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1 Commentaires

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  • Bruno, le 15/04/2008 à 10h36

    Grenelle de l'environnement, vaste foutaise organisée par Bling bling destinée a faire croire qu'il avait un peu de respect pour cette terre nourriciere ! COmme d'habitude et comme tout ce que fait Sarkozy, des grands moulinets avec les bras pour brasser de l'air !

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