Le site nucléaire du Tricastin, dans le Vaucluse © TF1![]() |
| Ce qu'il s'est passé |
Alors que des inspections officielles sont menées pour évaluer la gravité du rejet radioactif accidentel d'uranium survenu lundi soir, les associations écologistes pointent le manque d'informations fournies par les autorités et par la Socatri, filiale d'Areva, responsable du site de stockage. Que s'est-il passé lors du nettoyage d'une cuve de rétention de l'usine de traitements de déchets nucléaires près de la centrale nucléaire du Tricastin (Vaucluse) ? Des interrogations demeurent.
Quelle quantité de matière radioactive s'est échappée ? Mercredi, la Socatri a annoncé que la quantité d'uranium rejetée lors de l'incident était finalement moins importante que celle annoncée initialement : au lieu des 360 kg d'uranium naturel, (correspondant à 30 m3 d'effluents contenant 12 gr d'uranium par litre), ce sont 75 kg qui ont été rejetés (soit 6,25 m3 d'effluents contenant 12 gr d'uranium par litre). Toutefois, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a déclaré qu'elle attendait les résultats de ses mesures pour se prononcer quant à l'ampleur exacte de la fuite et de ses retombées. Ses inspecteurs étaient attendus mercredi sur place. Mais, d'après les calculs des associations écologistes, le rejet pourrait être plus important. Quoiqu'il en soit, la Criirad, qui a déposé plainte contre la Socatri et Areva, estime que, sur la base des dernières déclarations de la société, un rejet de 75 kg d'uranium "correspond à 161 fois la limite de rejet mensuel autorisée" qui est, de fait, "pulvérisée".
La quantité d'uranium présente dans les eaux de surface environnant la centrale nucléaire de Tricastin a été réduite par trois selon les dernières mesures réalisées, ont annoncé mercredi soir les préfectures de Vaucluse et de la Drôme. "Ce matin 9 juillet à 6h30, le point maximal de concentration a été relevé à 31 microgrammes d'uranium par litre, alors qu'il était à 90 microgrammes le 8 juillet à 22 heures", ont indiqué les deux préfectures dans un communiqué.
La préfecture du Vaucluse qui tenait une réunion de crise mercredi a décidé de maintenir l'interdiction de pêche, de baignade et d'irrigation et les restrictions sur la consommation d'eau jusqu'à nouvel ordre dans les trois communes du Vaucluse de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône.
Pourquoi un tel délai avant d'annoncer l'incident ? L'ASN a révélé mercredi que l'incident s'était déroulé vers 23 heures lundi et qu'elle n'avait été alertée par la la Socatri, filiale d'Areva que vers 7h30 mardi matin. Le Réseau "Sortir du nucléaire" accuse Areva d'avoir voulu étouffer l'affaire. "On peut penser que dans un premier temps, Areva a pensé pouvoir cacher l'existence de cet accident, avant de se rendre à l'évidence. (...) Il y a donc eu vraisemblablement mise en danger délibérée de la population, avec de possibles contaminations", dit l'organisation dans un communiqué. L'ASN a quant à elle admis que la Socatri avait mis plus de 12 heures à mesurer l'importance de la fuite.
Un déficit d'information ? Des associations écologistes dénoncent une "rétention délibérée d'informations" et l'absence de déclarations du gouvernement. L'organisation écologiste France nature environnement (FNE,) s'est interrogée mercredi sur l'exactitude des informations communiquées. L'organisation souligne en outre que la loi du 13 juin 2006, dite de "transparence et sécurité nucléaire" a concentré aux mains des cinq directeurs de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), "non contrôlée et juridiquement irresponsable", la maîtrise du contrôle et de l'information en matière nucléaire. "Dans ces conditions, FNE s'inquiète de l'exactitude des informations délivrées à propos de l'accident de Tricastin". France nature environnement dit enfin s'étonner "qu'aucun des ministres en charge de l'énergie n'ait réagi". De son côté, la Criirad souligne qu'aucune information n'a été donnée sur la nature exacte de l'uranium rejeté.
Un incident pris à la légère ? Le secrétaire d'Etat allemand à l'Environnement, Michael Müller, a estimé mercredi que l'incident "ne devait pas être pris à la légère, ajoutant que "ce n'est pas une bagatelle quand de l'uranium actif pénètre dans le sol". Le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo a déclaré mercredi que "toutes les conclusions devront être tirées, notamment en termes d'éventuelles suites pénales et administratives". La Socatri a rejeté les accusations, déclarant que si des effluents avaient bien été identifiés dans une cuve à 23 heures (lundi), il n'y avait alors pas débordement. Le "débordement des effluents au niveau du sol" n'est apparu que vers quatre heures du matin le mardi, a dit sa directrice de la Communication. C'est alors que des prises d'échantillons ont été lancées et la préfecture et les autorités de sûreté prévenues, a-t-elle déclaré.
Mais l'incident a suscité l'inquiétude. Le président PS de la région Provence Alpes Côte d'Azur, Michel Vauzelle, s'est dit "très préoccupé". Le réseau Sortir du nucléaire a "soupçonné Areva de rétention délibérée d'information et, de fait, de mise en danger volontaire de la population". Cet accident démontre que le nucléaire n'est pas une énergie propre", a estimé Greenpeace, ajoutant : "Nicolas Sarkozy omet bien sûr de préciser ce genre de +détail+ quand il annonce en grande pompe le lancement d'un 2ème EPR, Tricastin étant justement l'un des sites pressentis". La Criirad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) entend déposer plainte "contre deux exploitants de Tricastin, tous deux filiales du groupe Areva: Areva NC (Cogéma) pour l'enfouissement de plus de 700 tonnes de déchets, et Socatri pour ses rejets radioactifs dans l'environnement".
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