Photo d'internaute : en juin 2008, des éboueurs parisiens ramassent les poubelles sans tenir compte de leur contenu. © DRLa scène se passe vendredi 27 juin, en soirée, rue Béranger, dans le 3e arrondissement de Paris. La voiture de Sylvie est immobilisée derrière un camion-poubelle. Ce n'est pas l'attente qui exaspère cette Parisienne mais la scène à laquelle elle assiste : les éboueurs vident dans la benne deux poubelles, dont une poubelle à couvercle jaune... dédiée aux déchets recyclables.
"Ils ont fait toute la rue, comme ça, à ramasser les ordures sans même regarder ce qu'il y avait à l'intérieur des poubelles", raconte Sylvie à LCI.fr. Scandalisée, elle prend deux photos avec son téléphone mobile et l'envoie à notre rédaction. "J'ai montré les clichés à plusieurs copains, poursuit-elle. Certains ont trouvé ça écœurant ; d'autres m'ont dit avoir déjà assisté à ce genre de scène et en avoir marre de faire le tri pour rien."
Sylvie est d'autant plus révoltée par ce phénomène qu'elle assure être sensibilisée à la démarche écologique. "Cela fait presque dix ans que j'essaie de faire attention, souligne-t-elle. Je trie mes déchets, j'utilise des ampoules économiques, je branche la télé et le lecteur de DVD sur une prise spécifique afin de ne pas les laisser en veille, je ne prends que des douches et pas de bains..." Des gestes quotidiens inculquées par sa mère et qu'elle apprend à son tour à ses quatre jeunes enfants. Aussi lorsqu'elle voit "l'eau qui coule pendant trois jours de suite dans le caniveau" ou des éboueurs peu regardants sur le contenu des poubelles, son sang ne fait qu'un tour.
"Extrêmement marginal et regrettable"
A la Mairie de Paris, on affirme comprendre la colère "légitime" de Sylvie. Pour autant, on plaide une situation "exceptionnelle" qui intervient alors que les agents de propreté de la capitale sont en grève. Ils protestent contre une réforme de la collecte des ordures que la Mairie veut désormais confier à des sociétés privées dans quatre nouveaux arrondissements - aujourd'hui, la collecte est assurée par les services municipaux dans dix arrondissements et par des sociétés privées dans les dix autres. Objectif recherché : que les éboueurs municipaux consacrent l'essentiel de leur temps à assurer "la propreté des rues".
Un transfert de service public qui ne passe pas auprès des syndicats. C'est pour "rattraper le retard" dans le ramassage des ordures et "par mesure d'hygiène" que les agents ont ainsi mélangé le contenu des poubelles dans le même camion, affirme-t-on à la Ville de Paris. Et d'insister sur le caractère "extrêmement marginal et regrettable" de cette pratique.
Sylvie accorde à la municipalité le bénéfice du doute. "La Mairie a fait une très bonne campagne de sensibilisation pour transformer les Parisiens en éco-citoyens, admet-elle. Maintenant, sur les réalisations en tant que telles, je ne trouve pas ça formidable. Il y a encore trop de gaspillage d'eau dans les caniveaux et puis, pourquoi ne pas mettre dans les rues des petites poubelles pour les déchets recyclables ?" En attendant, les négociations avec les syndicats se poursuivent ce jeudi.
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