© Damien Eloire (Université Pierre et Marie Curie/Ifremer)La préfecture de Gironde a lancé mardi un appel à la vigilance en raison de la présence de méduses potentiellement dangereuses sur le littoral girondin. Cette mesure fait suite "à l'hospitalisation, lundi au centre hospitalier d'Arcachon, de huit baigneurs victimes de brûlures cutanées et de malaises résultant d'un contact avec des méduses", a indiqué la préfecture.
Ces vacanciers, dont deux ont été touchés à La Teste (Gironde) et six à Biscarrosse (Landes), en limite des plages girondines, ont pu ressortir après quelques heures de surveillance. L'Ifremer d'Arcachon a pour sa part identifié l'espèce repérée lundi comme étant la Physalia Physalis et confirmé son "caractère dangereux", selon la préfecture. Il ne s'agit pas de la même espèce que celle arrivée cet été sur plusieurs plages de la Côte d'Azur, qui sont des Pelagia Noctiluca (lire ci-dessous).
Présence en grappes
Ces méduses, reconnaissables à leur couleur bleutée lorsqu'elles sont immergées, sont dotées de très longs filaments pouvant atteindre plusieurs mètres. Le contact avec ces animaux provoque des lésions cutanées très douloureuses de type brûlure ou urticaire. Des symptômes plus généraux sont possibles : sensation de malaise, accélération du rythme cardiaque et de la pression artérielle, vertiges, douleurs abdominales...
Pour l'heure, aucune interdiction de baignade n'a été prise sur les plages girondines. Une reconnaissance aérienne effectuée mardi matin par un hélicoptère de la gendarmerie a confirmé la présence en grappes d'une trentaine de spécimen, à 500 m de la côte à hauteur de Soulac, Hourtin, Carcans, du sémaphore du Cap Ferret et des passes sud du bassin d'Arcachon. Cinq à dix spécimen ont par ailleurs été aperçus à l'intérieur du bassin. Aucun nouvel incident n'ayant été répertorié mardi, la surveillance aérienne n'a pas été poursuivie mercredi mais pêcheurs et secouristes restent mobilisés pour remonter toute information sur l'éventuelle présence de méduses.
"Eté calme" en Méditerranée
Les Pelagia Noctiluca ont fait leur réapparition cet été sur la Côte d'Azur. Pour autant, "les températures nocturnes relativement froides et le printemps pluvieux ont abouti à un été relativement calme", indique à LCI.fr Gabriel Gorsky, biologiste marin à l'Observatoire océanographique de Villefranche-sur-Mer. "Les invasions de méduses ont été l'exception et pas la règle", affirme-t-il. Reste que la Pelagia Noctiluca est présente sur le littoral français -et d'une manière générale, en Méditerranée- depuis 9 ans. Soit une période presque deux fois plus longue que la normale.
Jacqueline Goy, chercheuse à l'Institut océanographique de Paris, expliquait en effet à la revue La Recherche en 2003 que "les pullulations interviennent après trois années d'un printemps chaud et sec". Celles-ci débutent tous les 12 ans et durent de quatre à six ans. "Un déficit prolongé de pluviométrie associé à une hausse des températures de l'eau et de l'air ainsi que des hautes pressions atmosphériques sont des facteurs favorables à la pullulation", précise Gabriel Gorsky, en soulignant qu'"il y a corrélation mais on ne sait pas s'il y a causalité". Autre cause possible : la présence plus importante de zoo plancton, l'aliment principal des méduses, près des côtes, du fait de la pollution.
A la nuit tombée, les pélagies remontent à la surface pour se nourrir. Elles sont alors à la merci des courants et du vent, qui peuvent les rabattre par milliers vers le littoral. Justement, un courant marin, qui "part" d'Italie vers l'Espagne, longe les côtes françaises. Criques, baies et anses deviennent alors des réservoirs à méduses, comme c'est le cas actuellement. Autre "mauvaise" nouvelle annoncée par le biologiste : une méduse tropicale "très vorace", la rhopilema nomadica, a fait son apparition en Méditerranée qu'elle a rejoint par le Canal de Suez.
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