© TF1/LCIUn "coup de force du lobby pro-OGM", estime José Bové. Un avis "politique, pas scientifique", réagit l'association France nature environnement. Un avis qui en tout cas "ne remet pas en cause" la clause de sauvegarde suspendant sa culture, indique le ministère de l'Ecologie. Comme on pouvait s'y attendre, l'avis de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, révélé jeudi dans Le Figaro et selon lequel le maïs OGM Monsanto est sans danger pour la santé, fait réagir.
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"Le fondement de la clause de sauvegarde, qui concerne la culture en plein champ du maïs Monsanto 810, repose sur des risques jugés sérieux pour l'environnement et non pas sur des risques sanitaires", souligne un communiqué du ministère de l'Ecologie, un an après la suspension par le gouvernement français de la culture de cette semence transgénique et le déclenchement auprès de l'Union européenne d'une procédure appelée la clause de sauvegarde. "La France maintient la suspension en attendant une décision de la Commission (européenne), qu'elle respectera", a déclaré François Fillon à Bruxelles, au côté du président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Sur la même ligne mais plus vigoureuse dans l'expression, la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Chantal Jouanno, a commenté : "Cela ne change en rien la position de la France : c'est comme si on se basait sur l'avis d'un dentiste pour soigner une fracture du bras".
"Aucun secret particulier"
"La décision de suspendre la culture (du maïs OGM) a été prise en vertu du principe de précaution au regard des risques potentiels sur l'environnement en matière de dissémination pour les cultures non OGM", a rappelé le premier ministre français. "Il y aura une rencontre lundi à Bruxelles entre la France et les experts en sécurité alimentaire des Etats membres", a précisé pour sa part José Manuel Barroso.
Selon Le Figaro, l'avis de l'Afssa "attendu en octobre" n'a été signé par "Pascale Briand, la directrice de l'agence, que le 23 janvier dernier, soit avec trois mois de retard" et a depuis été maintenu secret. "Il n'a aucun secret particulier", a réagi Pascale Briand, qui estime que la fuite, dans Le Figaro, d'un avis qui ne devait être publié qu'après l'audition du ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo lundi prochain à Bruxelles, n'apporte rien de nouveau.
"Aucune élément nouveau"
Dans cet avis, l'Afssa estime que le rapport du professeur Yvon Le Maho, qui concluait à la nécessité d'appliquer le principe de précaution, "n'apporte aucun élément nouveau" qui remettrait en cause la sécurité sanitaire du maïs MON 810. Elle rappelle les conclusions de son avis précédent, daté du 30 avril 2008, selon lequel ces maïs transgéniques "présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles". Mais selon Yvon Le Maho, mandaté par le ministère de l'Environnement pour étayer les arguments de la France, il est impossible de "conclure à son innocuité" pour la santé et l'environnement. "Aujourd'hui je n'ai aucune certitude scientifique", a-t-il déclaré jeudi.
Pour les associations écologistes en tout cas, l'agence se base sur les conclusions de rapports majoritairement commandés par les producteurs de maïs. "Le lobby pro-OGM essaie à chaque fois, avant chaque grande échéance européenne, de repousser le bouchon pour essayer de vendre sa camelote", a déclaré sur France Inter le militant anti-OGM José Bové. L'ancien ministre de l'Environnement Corinne Lepage juge elle aussi "impératif que des études indépendantes financées par l'Etat soient réalisées et portées à la connaissance du public". "Quand on sait que les seules études disponibles sont celles des producteurs de maïs, quand on sait que ces études sont secrètes (...) on comprend l'opération de manipulation en cours", écrit-elle dans un communiqué. "Il faut sauver" la clause de sauvegarde, estime pour sa part l'organisation France Nature Environnement, selon qui "les décisions relatives aux OGM doivent respecter le principe de précaution et être prises démocratiquement".
"Pour un retour à la raison"
A l'inverse, la FNSEA, le premier syndicat agricole français, demande que le gouvernement "prenne ses responsabilités" et accélère l'installation du Haut Conseil des biotechnologies qui doit statuer sur les OGM en France. "Il est temps que le gouvernement se mouille", a déclaré jeudi Jean-Michel Lemétayer, président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles. Dans un communiqué, le semencier Monsanto assure que "les variétés de maïs contenant MON 810 sont sûres pour le consommateur et l'environnement". Pour la société américaine, l'embargo français "pénalise sérieusement" les agriculteurs français et ce "malgré l'accumulation d'avis scientifiques positifs".
La décision de Paris de maintenir la suspension de la culture du maïs OGM Monsanto relève "d'un choix politique qui va à l'encontre de l'expertise scientifique et du libre choix des agriculteurs", a affirmé un collectif de semenciers français. Plaidant "pour un retour à la raison", ils font valoir que "les OGM autorisés à la culture ou à la commercialisation en Europe ont tous été évalués et jugés sans risque pour la santé ou l'environnement par les autorités sanitaires française ou européenne". "Il n'y a aucune raison scientifiquement fondée de les interdire", selon Philippe Gracien, porte-parole des professionnels des semences et de la protection des plantes.
(D'après agence)
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