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le 01 avril 2009 à 05h30, mis à jour le 01 avril 2009 à 06:20
Vraiment "vert", l'E10, ce carburant qui fait son apparition dans les stations-service ce mercredi ? Pas tant que ça, dénoncent des militants écologistes, qui l'accusent de tous les maux.
La taxe carbone débarque le 1er janvier 2010 © Médiathèque de la Commission européenComposé à 90% d'essence sans plomb 95 et à 10% d'éthanol, le biocarburant E10 (ou plutôt "agrocarburant", selon la terminologie en vigueur) fait son entrée ce mercredi dans les stations-services françaises. Censé contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, il devrait être disponible avant la fin de l'année dans environ 70% des 12.700 stations-service françaises. Sur les 10 millions de véhicules qui roulent à l'essence en France, 60% pourront l'utiliser, dont la quasi-totalité de ceux mis en circulation depuis 2000. Et le gouvernement va lancer un site internet avec la liste exacte des véhicules compatibles. Les ambitions affichées sont grandes : car, devançant les objectifs européens en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, la France prévoit d'incorporer 7% de biocarburants dans les carburants fossiles d'ici 2010 contre 5,75% visés par les autorités communautaires. Pour 2009, l'objectif est de 6,25% d'incorporation.
Mais l'E10 fait paradoxalement l'unanimité contre lui dans les milieux écologistes. "Ça n'a aucun sens écologique et en plus, ce n'est pas rentable économiquement", assure Sébastien Godinot, de l'association Les Amis de la Terre. "Utiliser des plantes alimentaires pour remplir l'estomac des voitures, plutôt que celui des Hommes ne permet pas de répondre aux dérives de l'agriculture intensive et à la faim dans le monde", dénonce pour sa part Sébastien Genest, président de France Nature Environnement.
"Une fausse solution poussée par le lobby agricole"
Les défenseurs de l'environnement pointent en effet l'agriculture intensive, gourmande en engrais et pesticides, à l'origine de l'éthanol et dénoncent les fortes quantités d'eau et d'énergie nécessaires à la fabrication et au transport de cet alcool issu de la betterave ou des céréales. "Pour une tonne de pétrole économisée, les agrocarburants en consomment au moins autant pour être produits", estime Sébastien Godinot, qualifiant les agrocarburants de "fausse solution poussée par le lobby agricole".
"L'impact pour l'environnement n'est même pas intéressant", abonde Raphaël Claustres, du Comité de Liaisons Energies renouvelables (CLER). Ce réseau d'associations, d'entreprises et de collectivités locales milite pour limiter les agrocarburants à la distribution locale d'huiles végétales pures, nécessitant moins de transport et de transformation. Il propose en outre de promouvoir des carburants alternatifs tels que le biogaz (fermentation de matière organique) ou les biocarburants de 2e génération (fabriqués à partir des déchets végétaux de l'agriculture).
Les betteraviers qui rient, les pétroliers qui grognent
La critique n'est pas nouvelle. Dans un rapport publié en juillet 2008, l'OCDE soulignait que les politiques de soutien aux biocarburants, très coûteuses, avaient un impact limité (de l'ordre de 1%) sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, selon l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, le plan biocarburant français (comprenant le biodiesel et les autres biocarburants) doit permettre à la France d'économiser 6 millions de tonnes en émissions de C02 en 2010, sur les 128 millions de tonnes que le transport routier émet chaque année.
En première ligne pour le lancement de l'E10, les compagnies pétrolières ne sont pas plus enthousiastes. L'augmentation de la part d'éthanol dans l'essence va augmenter les excédents d'essence qu'elles ont de plus en plus de mal à exporter vers les Etats-Unis. "D'un point de vue strict, l'incorporation d'éthanol à l'essence n'est pas favorable au raffinage français", reconnaît ainsi Jean-Louis Schilansky, président de l'Union française des industries pétrolières. Loin de ces crispations, les betteraviers saluent au contraire un "lancement très attendu" qui offre un nouveau débouché à leur filière, handicapée par la suppression des subventions aux exportations de sucre. "Nous espérons devenir le leader européen de la production d'éthanol", se réjouit Alain Jeanroy, de la confédération générale des planteurs de betteraves.
D'après agences
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