
François Thouvenot est physicien au Laboratoire de géophysique interne et tectonophysique (LGIT), à Grenoble. Pour LCI.fr, il décrypte le séisme meurtrier qui a frappé les Abruzzes lundi matin.
LCI.fr : Ce n'est pas la première fois que les Abruzzes sont touchées par un séisme. A quoi se phénomène est-il dû ?
François Thouvenot : Toute l'Italie, en particulier sa partie centrale, est soumise à un risque sismique beaucoup plus important que celui qui pèse sur le territoire français. C'est dû à une poussée de la plaque Afrique qui entre en collision de la plaque Eurasie. Entre les deux, se situe la microplaque Adriatique qui pivote sur elle-même autour d'un pôle de rotation situé près de Milan. Ce mouvement est à l'origine de séismes.
Cette sismicité est un peu inquiétante car le 26 septembre 1997, dans la même région, il y avait déjà eu un séisme similaire à celui d'aujourd'hui à Colfiorito, près d'Assise et de Pérouse. Le séisme, de l'ordre d'une magnitude 6, avait fait plusieurs morts et de gros dégâts. Un mois plus tard, il avait été suivi par d'autres séismes qui avaient fait davantage de morts.
La région est touchée par ce qu'on appelle une crise sismique en essaim, c'est-à-dire que les séismes apparaissent progressivement, avec des secousses importantes qui se suivent. Alors que dans une séquence "classique" : le séisme se produit sans signes avant-coureurs puis est suivi de répliques plus faibles. Là, le séisme de ce matin avait été précédé dimanche de deux secousses de magnitude 4 et 2,5. Depuis, il y a eu des centaines et des centaines de répliques. Mais il n'est pas impossible qu'une autre secousse équivalente à celle d'aujourd'hui se produise dans les jours, les semaines ou les mois qui viennent.
LCI.fr : Ce type de sismicité est-elle plus facile à prévoir que la sismicité classique ?
F. T. : C'est très difficile à gérer, c'est pour cela qu'il y avait eu des morts en 1997. Les gens ne s'attendaient pas à une secousse aussi tardive. Le réseau italien de capteurs sismologiques est beaucoup plus dense que le réseau français : il a permis de détecter l'activité d'hier en fin de journée mais c'est difficile de prédire qu'un séisme va déboucher sur quelque chose de dramatique.
Pour Colfiorito, les chercheurs italiens avaient ré-analysé les données de l'époque et ils se sont aperçus que les signes avant-coureurs du séisme auraient pu être identifiés. Mais cette analyse n'a eu lieu qu'après coup.
LCI.fr : Par comparaison, quel est le risque sismique en France ?
F. T. : Un séisme de magnitude 6, comme celui de L'Aquila [estimé à 5,8 selon les autorités italiennes, NDLR], se produit tous les dix ans en Italie ; en France, ce serait le séisme du siècle. Dans la vallée de l'Ubaye, dans les Alpes de Haute-Provence, est apparue une sismicité en essaim, comme ce qui se produit en Italie, mais la différence est qu'il s'agit de petits séismes, de magnitude inférieure à 3.
LCI.fr : On parle souvent de la région niçoise et des Alpes mais quelles sont les principales zones sismiques en France ?
F. T. : Il y a en effet le quart Sud-Est mais on oublie que les Pyrénées sont beaucoup plus "actives" que les Alpes. Sont également concernées la plaine d'Alsace mais aussi la Bretagne et le Poitou.
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