Dangereuse et pourtant méconnue, la pollution intérieure peut se nicher dans les moindres recoins et les objets les plus anodins de nos logements. Y compris, révèle l'UFC-Que Choisir à l'occasion d'une nouvelle série de tests présentés ce mardi lors d'une conférence de presse, dans les moquettes. En l'occurrence, ce ne sont pas les moquettes elles-mêmes qui sont en cause, mais les colles qui servent souvent à les fixer - alors que les adhésifs double face peuvent rendre le même service sans polluer.
Lorsque, cas le plus fréquent, les moquettes sont encollées, les substances nocives peuvent alors traverser le support et les fibres, et se retrouver dans l'air ambiant du logement de façon durable. Avec un bilan désastreux : au cours de ses tests, l'association de défense des consommateurs a ainsi retrouvé dans l'atmosphère des traces de toluène, aux effets neurotoxiques connus et suspecté d'être toxique pour la reproduction ; d'éthers de glycol ; de DEGBE, dont l'UFC-Que Choisir souligne qu'il "détruit les globules rouges chez l'animal" ; de phénoxyéthanol, toxique sur le plan neurologique, hématologique et sur la reproduction ; de formaldéhyde, gaz très irritant à faibles doses... Les tests ont été menés par étapes, tout d'abord 3 jours, puis 28 jours après la pose des moquettes - l'association de défense des consommateurs s'attachant surtout aux teneurs en polluants dans l'atmosphère constatées au bout de quatre semaines, qui traduisent une pollution durable de l'air intérieur.
La pollution intérieure, futur chantier prioritaire de santé publique ?
Première conclusion à l'issue de ces tests : l'UFC-Que Choisir bannit absolument l'usage des colles pour fixer les moquettes. Sur huit produits achetés auprès d'enseignes comme Saint-Maclou, Leroy Merlin, Mondial Moquette, Castorama, ou dans des magasins spécialistes de la peinture, seules deux moquettes ont reçu un avis "collage acceptable après délai", les émissions de produits nocifs dans l'air étant retombées à des teneurs acceptables au bout de la quatrième semaine. Pour toutes les autres, le verdict oscillait entre "collage déconseillé" et "collage trop polluant".
Deuxième point à souligner : à la suite des nombreux produits d'usage courant testés par l'UFC-Que Choisir, tels que désodorisants d'intérieur, nettoyants ménagers, tapis, meubles, ou vitrificateurs, les moquettes font à leur tour la démonstration qu'elles contribuent à la pollution de l'air des logements. Or les études sur ce problème restent encore insuffisantes et les pouvoirs publics se réfugient derrière les procédures lancées au niveau européen, notamment le chantier de la directive Reach, pour justifier une forme d'attentisme. Adoptée fin 2006 par le Conseil de l'Union Européenne et entrée en vigueur le 1er juin 2007, cette directive visait à établir une liste des substances chimiques existantes et de leurs effets sur la santé et l'environnement. Devant le nombre de ces substances (plus de 100.000), les ambitions ont été revues à la baisse ; il faudra néanmoins attendre 2018 pour que les 30.000 substances retenues, celles mises sur le marché après 1981 et dont les quantités produites sont supérieures à une tonne, soient toutes testées.
Bien trop tard pour l'UFC-Que Choisir, qui réclame qu'après le premier volet du projet de loi sur la mise en oeuvre du Grenelle de l'Environnement, dit "Grenelle 1", le Grenelle 2 inscrive comme une priorité de santé publique les questions liées à la pollution des logements.
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