Yannick Rousselet, militant de Greenpeace, enchaîné aux rails pour bloquer un convoi d'uranium © TF1/LCI
Si l'action des militants écologistes est intervenue le jour même de l'ouverture du sommet de Copenhague sur le climat, c'est bien sûr tout sauf un hasard. Yannick Rousselet tient d'ailleurs lui-même à souligner le malencontreux hasard de calendrier qui a fait coïncider le début de cette vaste réunion, dont tous les défenseurs de l'environnement espèrent qu'elle permettra d'infléchir le sort de la planète, avec... le départ pour la Russie d'un chargement d'uranium appauvri en provenance de l'usine Areva de Pierrelatte.
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Yannick Rousselet est le représentant de Greenpeace notamment au sein du Haut comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), chargé par Jean-Louis Borloo d'enquêter sur ces flux d'uranium. "Ou on admet que ce haut comité a un vrai rôle et on lui laisse faire son enquête, ou bien on se moque du monde si l'on n'attend pas ses résultats", estime le militant écologiste. Dimanche soir, soutenu par quelques dizaines de membres de Greenpeace, il s'est enchaîné à la voie ferrée à Cherbourg, près de la gare maritime, pour empêcher l'arrivée du train transportant l'uranium qui doit être chargé sur un cargo avant de partir pour la Russie. Ce navire, battant pavillon maltais, est attendu dans les prochains jours à Cherbourg où il doit embarquer sa cargaison. Le militant écologiste a passé la nuit sur la voie ferrée avant d'être évacué peu avant l'aube ce lundi.
"Areva et EDF mentent"
Selon Areva, l'uranium appauvri doit être réenrichi en Russie avant d'être de nouveau expédié en France où il servira à fabriquer du combustible nucléaire. Pourquoi un tel voyage ? Tout simplement parce qu'aujourd'hui, "on ne dispose pas encore en France de la technologie pour réenrichir l'uranium", explique le directeur des transports d'Areva, Henri-Jacques Neau. Mais selon un rapport du Service de défense de sécurité et d'intelligence économique, réalisé à la demande du HCTISN et cité par Greenpeace, "depuis 2006, 33.000 tonnes d'uranium ont été exportées vers la Russie (dont 23.540 tonnes d'uranium appauvri) et seulement 3090 tonnes ont été réexpédiées en France".
Alors, que devient l'uranium à retraiter ? Au cours du mois d'octobre, une enquête du journal Libération s'était attachée à suivre le voyage de ces déchets discrètement envoyés en Russie par EDF et Areva. Selon le quotidien, "13% des déchets radioactifs français produits par EDF se retrouvent en plein air en Sibérie dans une ville interdite d'accès". Il s'agirait de "Tomsk-7, une ville secrète de 30.000 habitants, interdite aux journalistes. Là-bas, chaque année, depuis le milieu des années 90, 108 tonnes d'uranium appauvri issu des centrales françaises viennent dans des containers". Et le quotidien de détailler le parcours des fameux déchets : "les containers embarquent sur un bateau (...) jusqu'à Saint-Pétersbourg, puis sont chargés à bord d'un train pour être traités dans le complexe atomique de Tomsk-7. Une fois là-bas, l'uranium de retraitement est réenrichi, ce qui produit 10% de matières réutilisables par EDF, et 90% d'uranium très appauvri (...) qui est stocké sur de grands parkings à ciel ouvert".
"Areva et EDF mentent quand ils disent que le nucléaire est recyclable et qu'ils envoient en Russie des matières qui sont ensuite valorisées et rapatriées en France. En réalité, l'immense majorité de ces matières est abandonnée sur place", accuse encore aujourd'hui Yannick Rousselet.
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