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Que serait le monde avec 4 degrés en plus ?

Par Franck Lefebvre-Billiez, le 05 décembre 2009 à 05h00, mis à jour le 05 décembre 2009 à 16:25

Dossier : Le sommet de Copenhague

A quoi ressemblera notre Terre si rien n'est fait pour lutter contre le réchauffement climatique ? Les experts nous prédisent un monde appauvri et traversé de changements brutaux.

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L'assèchement progressif du lac Tchad a contraint ce pêcheur à devenir cultivateur.L'assèchement progressif du lac Tchad a contraint ce pêcheur à devenir cultivateur.

Nous sommes en 2100 et la température moyenne du globe est de 4 degrés supérieure à celle qui prévalait dans les années 2000. Neige et glace sont devenues denrées rares : que ce soit sur les massifs alpins, dont les glaciers ont disparu, ou au Groenland, qui a perdu sa banquise. S'il ne s'agissait que de pleurer la disparition des aires de jeu pour skieurs, il n'y aurait pas grand mal. Mais avec les glaciers continentaux, ont disparu les réservoirs d'eau douce de pays entiers.

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Si les Etats occidentaux ont su s'adapter à grands frais, ceux qui en souffrent le plus sont les habitants de pays en développement : Afrique bien sûr, mais aussi Inde, dont les vastes cultures ont cédé la place à des zones désertiques faute des rivières qui dévalaient autrefois les flancs de l'Himalaya. Avec la hausse de la température, la productivité agricole a chuté et plus personne ne se souvient de ce début de XXIe siècle béni des dieux où seulement un petit milliard d'êtres humains souffraient de la faim.

Alors que l'eau douce manque, les océans n'ont jamais été aussi étendus au cours de l'histoire humaine. Si les Pays-Bas ont élevé leurs digues et que New York s'est dotée à son tour de son rempart contre la mer, Venise a disparu. Dans la Camargue submergée, on n'élève plus de chevaux, mais des poissons, qui compensent maigrement ce que la pêche en mer ne fournit plus.

Le Bangladesh entier n'est plus qu'une immense lagune ravagée à chaque tempête. Parmi les régions les plus peuplées au monde, bien peu échappent aux étés caniculaires scandés par d'immenses feux de forêts. Là encore, si l'Europe et les Etats-Unis pleurent la beauté partie en fumée de leurs massifs forestiers, les plus touchés sont ailleurs. L'Amazonie, autrefois poumon vert du globe et réserve écologique sans pareille, a disparu : ce que la surexploitation a épargné, les grands feux l'ont englouti.

Ce que l'on sait, ce que l'on devine

Catastrophisme ? Scénario exagéré ? C'est ce que plaident les sceptiques. Il est vrai que prévoir l'évolution du climat et ses conséquences est un exercice autrement plus complexe que prévoir le temps du week-end ; or la météorologie elle-même est loin d'être une science exacte. Pourtant, en l'état actuel des connaissances scientifiques, cette hypothèse de 4 degrés en plus d'ici 2100 semble plutôt en-deçà de ce à quoi on peut s'attendre.

Le climatologue Hervé Le Treut, qui participe aux travaux du GIEC (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) évoque ainsi le rôle de facteurs aggravants : "dans les régions arctiques, où l'on attend un réchauffement double du réchauffement global, soit 7 à 8 degrés, la fonte du permafrost (le sol gelé) risque de libérer de grandes quantités de méthane, ce qui peut amplifier le changement climatique". 
 
D'autres experts du climat, comme sa collègue Valérie Masson-Delmotte, sont plus sceptiques sur cet impact du méthane actuellement piégé dans les sols. Mais la chercheuse, spécialiste des climats du passé et elle aussi membre du GIEC, note néanmoins, au cours des derniers millions d'années, "une forte corrélation entre les évolutions du climat et le cycle du carbone", les variations de l'un influant sur l'autre.

"Au cours des dernières glaciations, le cycle du carbone était ralenti, ce qui accentuait le refroidissement. Au contraire, durant les périodes plus chaudes, ce cycle était accéléré et accentuait le réchauffement". En clair, si la période industrielle, avec ses rejets massifs dans l'atmosphère de CO2, gaz à effet de serre dégagé par la combustion de matières carbonées, a été responsable du début du réchauffement actuel, le réchauffement lui-même provoquera des réactions en chaîne qui aggraveront la hausse des températures. Exemple typique : les grands feux de forêts en période de sécheresse.

Les zones menacées

La hausse des températures se traduira aussi par des déséquilibres régionaux dont l'ampleur est difficile à évaluer. "Les régions tropicales se réchaufferont moins que la moyenne car il y aura plus de pluies. Elles seront soumises en revanche à des tempêtes plus violentes. Les régions semi-désertiques, elles, s'assècheront complètement, et les zones arides vont s'étendre dans les régions subtropicales", note Hervé Le Treut. "Parmi les régions menacées de désertification : le pourtour méditerranéen, l'Australie, le sud-ouest des Etats-Unis". Mais les frontières entre ces zones qui deviendront plus humides ou plus arides sont difficiles à tracer : "Il y a, en particulier, une incertitude sur l'avenir des zones de mousson".

Incertitude aussi sur les espèces, animales ou végétales, qui sauront s'adapter et celles qui disparaîtront. Mais ces dernières seront nombreuses. Incertitude encore sur le niveau des océans. Ils monteront, mais de combien ? On évoque 2 m comme hypothèse plausible. Hervé Le Treut préfère se cantonner à la moitié, voire quelques dizaines de centimètres. "Il y a une inertie des océans : la montée des eaux ne peut qu'être un peu déconnectée du réchauffement", souligne-t-il.

Ce serait déjà trop pour des zones exposées comme les Maldives, condamnées à brève échéance. Mais dans tous les cas, les modèles mathématiques créés pour simuler le climat du futur s'accordent sur une chose : "Ce sera un climat mouvant, en évolution rapide, souligne Hervé Le Treut. Il  sera donc plein d'inconnues, d'événements qu'on ne saura pas prévoir".

Par Franck Lefebvre-Billiez le 05 décembre 2009 à 05:00
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