Chantal Jouanno se risque sur les terres de l'ours

Par , le 26 juillet 2010 à 08h50 , mis à jour le 26 juillet 2010 à 09h18

La secrétaire d'Etat à l'Ecologie est ce lundi à Toulouse où elle doit évoquer notamment le programme de réintroduction d'ours dans les Pyrénées. Pro et anti-ours l'attendent de pied ferme. Avant sa visite, elle a tenté de déminer le terrain.

Manifestation d'opposants à la réintroduction d'ours dans les Pyrénées (26 juillet 2010)Manifestation d'opposants à la réintroduction d'ours dans les Pyrénées (26 juillet 2010) © TF1/LCI

Le conflit est latent dans les Pyrénées, mais loin d'être apaisé. Et il peut se réveiller à tout moment. D'un côté, des organisations écologistes qui veulent réintroduire des ours pour remplacer une population en voie d'extinction, et qui ont l'appui du gouvernement. De l'autre, des éleveurs qui défendent leur survie, en proie à d'insurmontables difficultés économiques, et qui voient d'un mauvais oeil l'arrivée de ces animaux venus de Slovénie, relâchés à grands frais en France, alors que l'aide financière à l'élevage de montagne, activité écologique s'il en est, se retrouve réduite à la portion congrue. Pour les défenseurs du programme de réintroduction des ours, il s'agit tout simplement de sauver l'ours pyrénéen. Pour ses opposants, c'est un programme dispendieux sans justification écologique, puisqu'il n'existe plus à ce jour d'ours authentiquement pyrénéen, mais seulement des croisements avec les ours venus de Slovénie. Puisqu'un nouvel équilibre écologique s'est établi depuis longtemps dans les Pyrénées sans la présence de l'ours. Et les tensions sont vives avec des éleveurs qui accusent les ours d'attaquer leurs troupeaux et se plaignent de devoir justifier de chaque bête tuée pour pouvoir, au bout d'un véritable parcours du combattant administratif, être finalement indemnisés (quand on ne retrouve parfois que des carcasses, d'où l'impossibilité de fournir la moindre preuve) et raillent les défenseurs des animaux "qui aiment les ours, mais se foutent des brebis".

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Le terrain est donc miné et Chantal Jouanno s'en est vite aperçue. En janvier dernier, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie avait poussé les anti-ours à ressortir la hache de guerre en annonçant de nouvelles "réintroductions". "Réintroductions" : le mot qui fâche... Alors qu'elle se rend ce lundi à Toulouse pour faire le point sur le programme "ours", l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées lui a promis un comité d'accueil. Pour l'Addip, "il ne fait aucun doute que la secrétaire d'Etat vient vanter (...) les bienfaits des lâchers d'ours". Or l'Addip dénonce avec virulence un plan mis en oeuvre au mépris des activités humaines, non seulement élevage, mais aussi tourisme, puisque l'ours, animal solitaire et baladeur, a besoin d'un vaste territoire loin des hommes. Au risque de condamner à terme des portions entières de montagnes à devenir un "no man's land". Et il trotte, l'animal : on a retrouvé des traces de l'un d'entre eux, prénommé Balou par les équipes de suivi de l'ours, jusqu'à trente kilomètres de Narbonne...

Des réintroductions "ponctuelles"

Mais parallèlement, les organisations écologistes qui soutiennent le programme de réintroduction s'alarment du retard pris. Une quinzaine d'associations, parmi lesquelles France Nature Environnement et Pays de  l'Ours-ADET, ont interpellé la secrétaire d'Etat à l'Ecologie par la voie d'un communiqué, et affirment qu'il "y a urgence à agir". Selon elles, tout aurait dû être décidé il y a six mois déjà, compte tenu du "temps nécessaire pour préparer des lâchers d'ours". D'où cet appel pressant : "Nous vous demandons une nouvelle fois solennellement d'annoncer lundi (...)  non seulement le principe, mais aussi la mise en oeuvre concrète du plan de  restauration de la population d'ours dans les Pyrénées, incluant des lâchers dès  le printemps 2011".

La dernière fois que des ours venus de Slovénie ont été relâchés dans les Pyrénées, c'était en 2006. Ces animaux étaient au nombre de cinq. Depuis lors, deux sont morts, et quelques oursons sont nés. Mais la population d'ours est loin d'être viable : on compterait aujourd'hui entre 17 et 22 animaux. Et les associations de défense de l'ours plaident notamment pour l'introduction de deux femelles "dans le noyau occidental du Béarn".

"Tout ours tué par l'homme (sera) remplacé"

Pas facile de trancher. Aussi Chantal Jouanno a-t-elle tenté de rassurer tout le monde à quelques heures de son arrivée à Toulouse, par le biais d'un entretien publié par Le Parisien ce lundi matin. Tout d'abord, elle a donné un gage aux anti-ours : "Je ne veux pas instaurer un dispositif de réintroductions systématiques d'ours, car j'estime que l'écologie doit se faire avec les populations locales". Pour elle, "il y a eu trop de problèmes, de heurts, de crispations locales lorsqu'on a imposé aux Pyrénéens un renforcement de la population d'ours en 2006. C'est néfaste pour l'écologie, qui ne se résume pas à ces symboles."

Mais elle s'est aussi efforcée de rassurer les défenseurs du programme "ours" : "il n'est pas question non plus de laisser la population d'ours s'éteindre". D'où l'annonce de réintroductions ponctuelles : "A l'avenir, je souhaite que tout ours tué par l'homme soit systématiquement remplacé". Elle a également jugé nécessaire de "réintroduire une femelle dans le Béarn" - une, et non pas deux : manière, là encore, de couper la poire en deux. Avant de reporter subtilement le problème à plus tard : "Nous ferons un suivi annuel et individualisé de la population et si l'on constate qu'il y a trop peu de naissances pour maintenir l'espèce, nous pourrons décider de réintroduire des ours". Au risque de mécontenter tout le monde ?

Par Franck Lefebvre-Billiez le 26 juillet 2010 à 08:50
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13 Commentaires

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  • agatsu73, le 26/07/2010 à 13h31

    Je crois que sur l'ensemble de la chaîne pyrénéenne la qualité de vie d'une population d'ours ne fait pas de doute. Pourquoi les ours disparaissent ? Parce qu'ils ont été butés par des humains, il n'y a pas d'autres raisons ! Aujourd'hui la population d'ours est réduite à peau de chagrin et n'est plus viable (impossibilité pour eux de se reproduire sans consanguinité). Il n'y a donc que deux solutions : On les regarde s'éteindre ou on fait des réintroduction pour leur offrir la vie ! Mais vous avez raison (la fin de l'article le dit bien) les politiques sont trop frileux si bien qu'ils mécontentent tout le monde ...

  • huronnie, le 26/07/2010 à 12h53

    Réponse à cars38. Je notais prédateur entre guillemet car la définition du mot prédateur est bonne pour tout être vivant qui met à mort ses proies pour s'en nourrir, donc......tout ce qui est vivant sur terre. Donc pourquoi interdire le retour des ours plutôt que d'avoir des troupeaux de plusieurs centaines de tête qui aussi font des ravages sur la faune et la flore (par conséquent). En résumé, tout les êtres vivants sur terre sont des prédateurs..........de là, à tous les mettre dans les pays de l'EST, on sera serré !! :):):):). Faire de l'écologie, c'est faire de l'agriculture. Agriculture = 'agriculture (du latin agricultura) est un processus par lequel les hommes aménagent leurs écosystèmes pour satisfaire les besoins de leurs sociétés1. Elle désigne l'ensemble des savoir-faire et activités ayant pour objet la culture des terres, et, plus généralement, l'ensemble des travaux sur le milieu naturel (pas seulement terrestre) permettant de cultiver et prélever des êtres vivants (végétaux, animaux, voire champignons ou microbes) utiles à l'être humain.

  • baal_, le 26/07/2010 à 12h33

    Ce que je ne comprend pas c'est cette volonté simpliste de rétablir un animal en voie d'extinction. Les ours disparaissent. Pourquoi ? Est ce qu'on a mis fin aux facteurs qui le font disparaître ? Est ce qu'on a pris en compte leur évolution et leurs besoin avant de les balancer là ? Ou c'est juste histoire de dire "je, soussigné UNTEL, ai réintroduit des ours" ? Soyons sérieux un seul instant ! Est ce que des études ont établi qu'il était judicieux de réintroduire des ours, sans aucun aménagement ? Est ce qu'il ne serait pas pertinent de faire comme en espagne, planter des arbres fruitiers qui ont pour vocation de nourrir les ours, plutôt que d'attendre qu'ils meurent de faim et s'attaquent aux troupeaux ou se rapprochent dangereusement des habitations ? J'ai un peu l'impression que c'est purement politique, en fait, les ours, leur qualité de vie, on s'en moque pas mal.

  • innervisions, le 26/07/2010 à 12h31

    L'homme est un prédateur pour l'homme. Les éleveurs veulent toute la montagne pour eux. Les ours ne sont pas des prédateurs sanguinaires, mais seulement de grosses bètes qui mange pour vivre. Autant des baies, que des poissons et des agneaux. Malheureusement pour eux, ils ne peuvent pas aller au supermarché ou chez le boucher.

  • rozennbretagne, le 26/07/2010 à 12h18

    Un caprice d'écologiste !!!! le plus terrible des prédateurs... c'est l'homme !

  • isatis54, le 26/07/2010 à 12h05

    Et voilà on recommence avec les ours, il y a tellement de choses qui devraient attiré plus l'attention, mai s Madame la secrétaire d'état a envie que l'on parle d'elle de nouveau. Et si elle pensait à tous ces personnes qui cherchent un logement et qui n'en trouve pas

  • cars38, le 26/07/2010 à 11h55

    L'ours n'est pas un prédateur §§§§ depuis quand? depuis que les écolos l'ont décrété??? mdr

  • bibi32000, le 26/07/2010 à 11h54

    A ce compte là, pourquoi vouloir à tout prix garder des éleveurs en montagne! Ils coûtent très cher en subventions! Et c'est la même chose pour ceux qui pratiquent la transhumance. Et le problème de l'ours sera réglé! Je suis éleveur de brebis, et je sais de quoi je parle. Une majorité d' éleveurs souvent les plus gros et les moins respectueux, veulent le beurre et l'argent du beurre... On lâche 5000 brebis dans les estives, quasiment sans surveillance, et on ramasse les primes... Normal, à l'automne, il en manque, et c'est l'ours qui les a bouffé... Beaucoup plus de brebis se tuent accidentellemnt, et c'est la faute à l'ours... Des chiens de touristes ou de chasseurs en tuent aussi, mais c'est l'ours le responsable, puisque ses dégats sont (bien) indemnisés...

  • harold.pub, le 26/07/2010 à 11h48

    Pour être logique, il faudrait aussi réintroduire les loups, et puis les mammouths et les dinosaures...

  • bibi32000, le 26/07/2010 à 11h46

    çà fait plaisir de lire un commentaire sensé! Je suis 100% d'acord!

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