Derniers coups de ciseau pour Alexandre Cruzel. Avec son associé, ce coiffeur a mis au point une technique de coupe "longue conservation". © DDFLa mèche de cheveux entre deux doigts, son regard est concentré et son coup de ciseaux précis. Coiffeur depuis une vingtaine d'années, Alexandre Cruzel exerce depuis un mois et demi dans son propre salon. Mais l'atmosphère est inhabituellement calme pour un salon de coiffure. Le seul bruit que l'on entend est celui d'une musique d'ambiance qui donne au salon un côté "lounge". Les sèche-cheveux travaillent eux-aussi dans le calme. "Ils ont une puissance de 2100 W mais ils en consomment seulement 135, explique Damien Roux, coiffeur au "Didact Hair Building". "Ils sont en matière recyclée et recyclable. La semaine prochaine, on va recevoir des silencieux, un peu à la manière d'un pistolet. Les sèche-cheveux ne feront plus aucun bruit", assure-t-il.
Respect de l'environnement et souci du bien-être du client, c'est la philosophie du "Didact Hair Building". Un projet initié il y a deux ans par Alexandre Cruzel et Stéphane Amaru, deux Toulousains d'une quarantaine d'années issus de l'écurie anglo-saxonne "Tony & Guy" où ils étaient "art directeurs". Objectif ? Appliquer les principes du développement durable au métier de la coiffure qui "est devenu trop business" selon Alexandre Cruzel. " On a mis un an et demi à trouver un local adapté, explique-t-il, c'est complexe de faire un bâtiment estampillé développement durable à Paris, en particulier quand il est adossé à un autre immeuble". Les deux associés se sont finalement décidés pour un immeuble de trois étages du 17e siècle, situé entre les quartiers Montorgueil et Saint-Eustache, dans le 1er arrondissement de Paris. Car l'orientation du salon est importante sur le plan des économies d'énergie. "Un salon de coiffure produit beaucoup de chaleur, il n'était pas question de vitrine en plein soleil. Là on est dans une rue ombragée, où il y a des courants d'air", précise Damien Roux. Exit donc l'utilisation intensive de la climatisation.
Des techniques de coiffure plus écologiques
Quatre mois et demi de travaux - réalisés par des entreprises étiquetées développement durable - ont été nécessaires pour transformer cette ancienne école de fleuret en salon moderne et design de 300 m², où une verrière industrielle côtoie le mur de pierre de l'église Saint-Eustache. La peinture couleur taupe et le parquet boisé se reflètent dans les grandes glaces qui tapissent les murs. Le tout est éclairé par des tubes fluocompactes basse consommation qui se règlent selon l'intensité de la lumière extérieure. Lumière rosée et fauteuils massants, les bacs à shampoing sont installés dans un coin de la pièce au 3e étage, séparé par un mur. Une pièce clé en terme de développement durable car le salon cherche aussi à limiter sa consommation d'eau. "Chaque jour, un million de personnes va chez le coiffeur. Et il faut savoir qu'un shampoing nécessite 20 litres d'eau", avance Alexandre Cruzel. Le salon a donc mis au point une technique pour éviter l'effet "machine à laver": "le shampoing est appliqué au pinceau sur le cuir chevelu, ce qui permet de faire un seul shampoing et d'utiliser beaucoup moins d'eau", explique Damien Roux. Le salon a ainsi réduit sa consommation d'eau de 50%, passant de 20 à 10 litres.
Le salon fait valoir que les techniques de coiffure se sont aussi adaptées au développement durable. "On donne des effets à l'intérieur du cheveu pour qu'il se place là où on veut qu'il se place, uniquement en le coiffant avec les doigts". Objectif ? Mettre au point une coiffure simple à reproduire par la cliente qui n'aura pas à passer des heures en "brushing"... Et donc, moins de sèche-cheveux à la maison.
"On cherche aussi à préserver le cheveu, en utilisant des produits naturels, sans ammoniaque, pour nos colorations", explique Alexandre Cruzel. Une idée qui a séduit Florence. Cette jeune maman d'une trentaine d'années est venue pour la première fois: "C'est ma belle-sœur qui m'a conseillée ce salon. Elle connaissait déjà Alexandre." Arrivée en début d'après-midi avec les cheveux à la hauteur des épaules, elle en ressort avec un carré un peu plus blond. Une coupe qui lui a été suggérée par Alexandre, lors des dix minutes de "consultation" qu'il accorde à chaque cliente. "Je lui ai dit : "Je veux une coupe simple. J‘ai un bébé, je n'ai pas le temps de me coiffer le matin, j'ai besoin de mettre mes cheveux derrière les oreilles, etc..." ". Comme tous les clients, elle est restée une heure entre les mains du coiffeur et est repartie avec sa bouteille de shampoing, offerte par la maison. Un "service 5 étoiles" - dixit Alexandre Cruzel- qui a un prix. Comptez 60 à 160 euros pour un forfait shampoing-coupe-brushing ou coiffage naturel. Les tarifs de la coloration s'échelonnent, eux, de 45 à 140 euros. "C'est assez cher, avoue Florence, mais je suis venue chercher une expertise. Et je me fais un cadeau ! ", sourit-elle.
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