Pour Greenpeace, l'audit des centrales nucléaires françaises lancé après la catastrophe de Fukushima manquait singulièrement de tonus. Voilà pourquoi plusieurs de ses militants avaient mené début décembre plusieurs tentatives d'intrusion pour faire passer le message que "le nucléaire sûr n'existe pas". La démonstration avait échoué dans la plupart des cas... mais à la centrale de Nogent-sur-Seine, dans le département de l'Aube, neuf militants étaient parvenus à se hisser sur le dôme d'un réacteur. Et dans la centrale de Cruas, en Ardèche, deux autres étaient restés cachés 14 heures. L'opération commando avait eu lieu le 5 de ce mois ; deux semaines plus tard, jour pour jour, François Fillon vient de confirmer que la France va lancer un audit de la sécurité de ses sites nucléaires prenant spécifiquement en compte le risque d'intrusion - ce qui n'avait pas été le cas jusqu'à présent.
Dans une lettre aux ministres concernés, le Premier ministre a demandé que les premières conclusions lui soient communiquées le 31 janvier prochain et le rapport définitif le 30 juin 2012. L'audit portera sur les installations nucléaires qui ont fait l'objet en 2011 d'une évaluation complémentaire de sûreté, précise-t-il. Les services d'inspection devront examiner "l'adéquation des dispositions de protection physique aux scénarios de menaces" prévus dans la directive nationale de sécurité.
740 gendarmes mobilisés
Lors d'une visite à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire à Fontenay-aux-Roses, où il se trouvait en compagnie des ministres de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet et de l'Industrie Eric Besson, François Fillon a en outre assuré lundi que le gouvernement respecterait l'ensemble des recommandations post-Fukushima que doit formuler en janvier l'Autorité de sûreté nucléaire, y compris une éventuelle fermeture de centrale. "Si nous nous sommes dotés d'une autorité indépendante, ce n'est pas pour ensuite interpréter ses décisions, choisir parmi les propositions qui sont faites", a-t-il justifié lors d'une conférence de presse. "Quelles que soient les conséquences, y compris si c'est une fermeture de centrale, nous nous y conformerons", a-t-il affirmé. Il a également confirmé que "toutes les conséquences" seraient tirées des récentes intrusions de militants de Greenpeace. Dans la foulée du nouvel audit des sites nucléaires, "nous devrons certainement envisager de durcir les mesures de protection passive : systèmes d'alarme, clôtures, vidéoprotection", a-t-il poursuivi.
Pas moins de 740 gendarmes sont déjà, à l'heure actuelle, chargés de veiller sur le parc des centrales nucléaires françaises. Sitôt après l'opération spectaculaire de Greenpeace, les autorités, comme EDF, avaient dans un premier temps essayé de minimiser la portée de l'opération, soulignant que l'intégrité des centrales n'avait jamais été menacée et que personne n'avait pu pénétrer dans les lieux de production de l'énergie. Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant avait cependant précisé que le resserrement du dispositif de sécurité autour des centrales nucléaires avait été décidé le jour même lors d'une réunion organisée par le Premier ministre. Avec le nouvel audit annoncé, ce dispositif devrait être encore renforcé... au moins sur le plan matériel.









