Pour en finir avec le chômage, l'économie verte ?

Par , le 09 décembre 2009 à 04h00 , mis à jour le 08 janvier 2010 à 14h38

Dossier : Le sommet de Copenhague

La France table sur la création de 600.000 emplois verts d'ici à 2020 grâce à des investissements massifs dans la filière écologique. Mais plusieurs obstacles viennent contredire cette hypothèse.

[Expiré] [Expiré] éolienne énergie propre écologie vent © AFP

picto sommet copenhague

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Et si l'écologie pouvait favoriser la relance ? Jean-Louis Borloo et son ministère en charge du Développement durable y croient : les 15 grands programmes du Grenelle de l'environnement devraient générer "450 milliards d'euros d'activité économique d'ici 2020 et devraient en outre créer plus de 600.000 emplois". Ni plus, ni moins.
 
Ces chiffres ambitieux, publiés en avril et disponibles sur le site internet du ministère de l'Ecologie (www. developpement-durable.gouv.fr), ressortent d'une étude réalisée par un cabinet d'audit indépendant, le Boston Consulting Group (BCG), à la demande du ministère lui-même. Le but de cette étude : mesurer à moyen terme l'impact des mesures proposées par le gouvernement. Et apparemment, il est positif. A elle seule, la filière de l'emploi vert serait donc capable de générer quasiment 60.000 emplois par an d'ici 2020 ? De quoi attirer l'œil sur un secteur économique, encore marginal, qui pourrait contribuer à juguler durablement le chômage en France (à 9,5% en octobre). Et surtout prendre le contre-pied de l'attitude actuelle qui veut que l'on sorte de la crise avant de s'attaquer au défi environnemental. En clair, activité économique et développement durable deviendraient des alliés objectifs, et faisant d'une pierre deux coups, permettraient à la fois de résoudre un problème social lourd et de limiter les émissions polluantes françaises.
 
170 milliards investis par l'Etat
 
Le rapport du BCG établit les secteurs les plus engagés dans ce processus : le BTP, l'un des deux plus gros secteurs émetteurs de CO2, arrive sans surprise en tête puisqu'une grande partie des mesures du Grenelle est destinée à améliorer l'efficacité énergétique du bâtiment. En ce sens, un programme de rénovation du parc HLM doit être lancé. Les transports, avec notamment la mise au point de véhicules électriques urbains, arrivent en deuxième position devant les énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque). D'autres secteurs d'activité sont cités comme le développement du traitement des déchets et de l'emploi de la biomasse comme énergie.

Pour amorcer cette réorientation de l'économie, il faut évidemment de l'argent. L'Etat et les collectivités devraient prendre en charge environ le tiers de l'effort d'investissement (soit 170 milliards d'euros). Les entreprises et les ménages, par les travaux qu'ils vont faire, mettront aussi la main au porte-monnaie. L'étude du BCG estime qu'il y aura une grosse partie autofinancée : entre 40 et 45%. Si par exemple les bâtiments sont mieux isolés et plus économes en énergie, la facture énergétique sera réduite, d'où un autofinancement.

Et, là, premier écueil dans la théorie vertueuse du Grenelle de l'environnement. Remy Prud'homme, économiste et professeur à Paris XII, juge, dans un billet publié dans les Echos, que l'investissement consenti par l'Etat, les entreprises et les ménages risque de détourner automatiquement des capitaux d'autres secteurs économiques et de les priver de fonds. Au final, ces secteurs en mal d'argent frais perdraient les emplois gagnés par la filière verte. Et le bénéfice net de créations d'emploi ne serait plus tout à fait aussi évident.
 
Révolution industrielle verte ?
 
Dans ce cas, ce fameux rapport, qui conforte largement le gouvernement et son Grenelle écologique, ne pèche-t-il pas par excès d'optimisme ? Pas du tout, assure de son côté David Cousquer, analyste de l'Observatoire des investissements Trendeo, qui s'est penché récemment sur les chiffres avancés par le BCG. Sa méthode est simple : il a étudié les investissements réalisés au cours de l'année 2009. Rappelant que la période étudiée a vu plus d'emplois détruits que créés tous secteurs confondus, il souligne la performance de la filière verte : "98 investissements et 15 désinvestissements, avec un solde net de près de 6.000 emplois en dix mois". De quoi, selon lui, valider l'hypothèse de 600.000 créations d'emplois dans l'économie verte d'ici à 2020. "Si cette filière constituait un secteur Insee, elle se placerait au deuxième rang derrière le commerce de détail et devant la restauration ou les centres d'appels", précise même l'auteur.
 
A ce stade, on peut déjà se demander pourquoi, malgré les objections de certains, on n'y a pas pensé plus tôt. Une économie "propre", un chômage en berne... D'aucuns y verraient l'arrivée d'une nouvelle révolution industrielle verte à même de redonner une avance aux pays développés qui ont dû abandonner une bonne partie de leur industrie aux pays émergents.
 
La formation ne suit pas le boom
 
Nouveau bémol, toutefois, qui repose une fois de plus sur le nerf de la guerre : l'investissement. Pour sauver la planète, l'Etat, avec ses mesures incitatives, ne suffit pas. Il faut l'émergence de véritables champions industriels avec des projets ambitieux. Deuxième brèche dans la théorie gouvernementale : Yann Moulier-Boutang, économiste et professeur à l'Université de technologie de Compiègne à des doutes sur l'intérêt des grandes compagnies à financer la filière verte. Dans une interview au Monde, il rappelle ainsi un problème inhérent à l'économie de marché : la quête de "bénéfices à court terme". Or, il n'est pas dit que l'avènement d'une filière industrielle écologique soit profitable rapidement. Il suffit en effet d'imaginer l'effort financier que nécessite la recherche et qui retarde le retour sur investissement. De là à imaginer  en plus des entreprises "opportunistes" qui profiteraient de la manne des subventions publiques sans contrepartie...

David Ascher, directeur de publication et responsable d'Actu-environnement, un site partenaire de l'ANPE, qui référence les offres d'emploi dans le secteur environnemental, va plutôt dans le sens de cette théorie même s'il nuance un peu. "La majorité des entreprises sont honnêtes et emploieront les aides gouvernementales à bon escient. Hélas, certaines risquent de profiter de l'effet d'aubaine et se détourneront des emplois verts une fois l'argent empoché".

Mais, en dehors de la question du financement, David Ascher soulève un autre problème, peu évoqué dans les medias, qui risque d'hypothéquer l'avenir de la filière : la formation. "L'Etat parle d'investissement mais il est très en retard en ce qui concerne les filières d'enseignement en rapport avec l'économie verte. Pourtant, s'il y a une chose certaine, c'est que les entreprises qui fabriquent et installent des panneaux solaires sont en plein boom, assure-t-il. "Plus largement, on recense 70.000 emplois dans la branche des énergies renouvelables. Hélas, l'Education nationale n'accompagne pas le marché." Et d'avertir : "On risque de se retrouver dans les même situation que dans les années 70, pendant les chocs pétroliers. A l'époque, les gens s'étaient tous jetés sur les pompes à chaleur. Hélas, les électriciens ne savaient pas les installer. Les machines ne fonctionnant pas, le public a crié au scandale et on n'a plus entendu parler de pompes à chaleur jusqu'à aujourd'hui."

Etat schizophrène

Et si, finalement, le principal danger qui guette l'économie écologique venait du gouvernement lui-même ? Là, c'est l'analyse de Rémy Prud'homme qui semble-t-il, fait peur aux autorités. En clair, l'Etat agirait en schizophrène avec d'un côté, un discours écologiquement responsable et de l'autre des faits qui montrent que la France n'est pas prête à faire le grand saut : poursuite des investissements dans la filière nucléaire et, crise économique oblige, subvention à l'industrie automobile avec la fameuse prime à la casse, reprise des projets d'infrastructures routières et relâchement du contrôle environnemental des activités industrielles. David Ascher reconnaît  qu'en l'occurrence, le plan de relance est loin d'être écologique. "L'attitude du gouvernement est largement dénoncée par les Verts qui voient dans le Grenelle de l'environnement un projet vidé de sa substance. Et, c'est vrai, le Grenelle se fait petit à petit tailler en pièces. D'ailleurs, Valérie Létard, la secrétaire d'Etat en charge de l'Ecologie a reconnu récemment à demi-mot que l'étude qui table sur 600.000 emplois verts créés d'ici 2020 était sans doute à revoir à la baisse, " assure-t-il.

Pour le responsable d'Actu-environnement, l'enjeu s'est momentanément déplacé sur l'échelle des priorités gouvernementales : "On ne peut pas se permettre des licenciements massifs dans les filières traditionnelles  maintenant. Imaginez un instant un pan entier de l'économie qui s'écroule. Au-delà des salariés licenciés, c'est aussi l'Etat qui perd sa marge de manoeuvre financière. Et là, il n'y aura vraiment plus d'argent pour l'environnement", explique-t-il. Le calcul est donc vite fait par le gouvernement. Le plan de relance présenté en février par François Fillon n'est pas là pour amorcer une réorientation industrielle, ni créer des emplois verts. Le choix, en matière d'investissement, semble donc déjà fait.

Par Laurent Deschamps le 09 décembre 2009 à 04:00
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30 Commentaires

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  • danou34110, le 09/12/2009 à 22h53

    Pas trop rassurant quand on voit la qualité de ce qu'ils produisent...

  • danou34110, le 09/12/2009 à 22h52

    C'est d'une logique imparable.

  • danou34110, le 09/12/2009 à 22h47

    D'accord à 200 % avec vous, twist1961. Rien à ajouter, vous avez tout dit, clairement,sans trop vous étaler.

  • miloubruxelles, le 09/12/2009 à 15h57

    Le problème avec les politiciens c'est qu'ils sont convaincus qu'avec leurs élucubrations ils vont résoudre les problèmes alors que l'économie se porterait mieux si ces mêmes politiques n'étaient pas toujours en train d'inventer des nouveaux problèmes qu'il faut résoudre à leur tour en élucubrant autre chose ... Autrement dit , au nom du CO2 l'économie classique va se voir encadrer de règlementations et de taxes au nom d'une nouvelle économie écologique : Le bilan final emploi et création de richesse , ça reste à voir !

  • jgh67, le 09/12/2009 à 14h20

    Après le sommet de Coppenhague, plus personne ne parlera plus jamais de ce thème et les bonnes résolutons seront définitivement enterrées.

  • al38240, le 09/12/2009 à 13h41

    Il suffit de ne rien dire à la mairie; de toute façon il n'y a aucun contrôle!

  • nadock1, le 09/12/2009 à 12h46

    En Californie dés son premier mandat le gouverneur Schwarzenegger s'est lancé dans la filière verte ,résultat en 2008 / 2009 c'est un des états le plus endetté des USA et ou il a le plus de chômage et de SDF ,environ 70 000 pour le comté de Los Angeles . En Espagne les éoliennes et autres centrales photovoltaïque n'ont pas résolu les problèmes économiques ,et le chômage . Je crois qu'il faut se lancer dans les énergies renouvelables (c'est déjà le cas ),mais sans précipitations .

  • sambrest, le 09/12/2009 à 12h33

    Si c'est comme la restauration qui devait créer 40000 emplois, il y a lieu de s'inquiéter....

  • didierbretagne, le 09/12/2009 à 12h15

    Les pompes à chaleur dernière génération (notamment air eau qui permettent de peut changer son installation intérieure de distribution de chaleur d'où un cout moindre) semblent donner de bons résultats. Dommage le crédit d'impôt doit passer de 40 à 25% en 2010. Avis d'internautes ayant installé ce genre de chauffage ?

  • djinn66, le 09/12/2009 à 11h53

    Il faut aussi former les chômeurs! qui peut entretenir ou réparer une éolienne ou des panneaux solaires sans formation préalable? on ne claque pas des doigts et on a un électricien! c'est pas comme un ministre qui change de ministère sans rien connaître à l'agriculture,au commerce,à l'artisanat etc...

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