Les farines animales pourraient-elles faire leur retour dans l'alimentation des animaux d'élevage ? Pointées du doigt pour leur rôle dans la propagation de certaines maladies, elles avaient été interdites pour tous les animaux en 1996 au Royaume-Uni afin d'enrayer l'épizootie d'encéphalopatie spongiforme bovine - une interdiction ensuite élargie à l'ensemble de l'UE. L'épizootie avait éclaté lorsque des cadavres de moutons, une espèce sujette à la "tremblante" depuis des siècles, avaient été utilisés comme farines pour les ruminants. Mais aujourd'hui Bruxelles, arguant de l'existence d'un nouveau type de farines, souhaite lever l'interdiction pour l'alimentation des porcs, des poissons et des volailles - les farines restant interdites pour les ruminants.
Le débat s'intensifie aussi en France : si l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses) a rendu, le 16 novembre dernier, un avis défavorable à la proposition de la Commission européenne, le Conseil national de l'alimentation (CNA) a donné au contraire son aval ce vendredi. Un avis avant tout destiné à "éclairer les pouvoirs publics" dans le cadre des négociations européennes, souligne toutefois le CNA dans un communiqué, en admettant que la fixation d'une date précise du retour des farines animales n'est pas à l'ordre du jour, d'autant que l'opinion publique n'est pas prête. Lors de la publication d'un rapport d'étape du CNA en juin, le ministre de l'agriculture Bruno Le Maire s'était d'ailleurs déclaré opposé à leur réintroduction. "Tant que je serai ministre de l'Agriculture, les farines animales ne seront pas réintroduites en France", avait-il dit au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.
A quoi ressembleraient les farines "nouvelle formule" ?
Mais s'il n'a pas vocation à trancher le débat, l'avis du CNA rappelle que la proposition de la Commission européenne ne concerne que les poissons, les porcs et les volailles. Il souligne en outre qu'il s'agirait d'utiliser une nouvelle formule appelée "PAT", pour Protéines Animales Transformées, très différente des farines animales (de viandes et d'os) qui incorporent des cadavres d'animaux. Il serait par exemple interdit d'utiliser un animal malade pour constituer une farine destinée à en nourrir d'autres - une pratique qui avait justement été à l'origine de l'épizootie de la "vache folle". En outre, un animal ne pourrait pas être nourri avec des farines de son espèce.
Le CNA, qui appuie ces interdictions, "exprime des réserves à toute autorisation nouvelle" tant que des méthodes d'analyses adaptées ne sont pas disponibles et que les filières de fabrication "ne garantissent pas des circuits liés aux PAT dédiés par espèce". En revanche, si ces questions préalables sont résolues, le Conseil national de l'alimentation se veut ouvert. Il souligne que les Européens consomment déjà des aliments importés, notamment d'Amérique du sud, contenant des farines animales. Il met également en avant l'argument économique, l'alimentation des animaux revenant moins cher si elle pouvait l'être avec des farines animales, qui ont également l'avantage d'avoir une teneur élevée en protéines. En effet, le bétail est actuellement nourri avec des protéines végétales essentiellement importées qui coûtent cher. Le CNA reste toutefois prudent sur l'évaluation de l'impact économique.
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