Argos : fragment de cratère protargien, avec une représentation d'Ulysse et de ses compagnons qui aveuglent le cyclope à l'aide d'un pieu de bois durci au feu (VIIe siècle av. J.C.). © texte et photo : Ecole française d'Athènestf1.fr : Créée en 1846, l'Ecole française d'Athènes est le plus ancien établissement d'études archéologiques en Grèce et aussi l'un des plus prestigieux. Cela vous donne-t-il davantage de prérogatives ou de responsabilités ?
Dominique Mulliez : Les deux ! L'EfA est aussi le plus ancien centre de recherches français installé à l'étranger. Nous sommes l'établissement qui travaille sur le plus grand nombre de sites en Grèce ; nous devons donc être à la hauteur. Il est sûr que nous disposons d'un prestige, d'une histoire et de moyens plus importants que les autres écoles étrangères [de fouilles, NDLR] mais nous sommes soumis à la même réglementation.
tf1.fr : Quelles sont les missions de l'EfA ?
D. M. : Notre mission la plus fondamentale est la recherche. L'Ecole est un institut de recherches de haut niveau qui par son activité archéologique et historique se concentre sur un grand nombre de sites, de Thasos [au nord de la Grèce] à Malia, en Crète, en passant par Delphes, Délos ou Argos. Nous menons également des missions à Chypre et en Albanie car les frontières actuelles de la Grèce n'ont pas grande signification pour nous. Notre champ d'exploration est donc chronologiquement extrêmement vaste, puisqu'il s'étend du néolithique pré-céramique [IXe siècle avant notre ère, NDLR] à l'époque médiévale.
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tf1.fr : La recherche est depuis quelques années au cœur d'un débat de société en France, certains souhaitant qu'elle soit davantage orientée vers des applications concrètes. Que répondez-vous à ceux qui vous demandent à quoi sert l'archéologie ?
D. M. : A quoi sert la littérature ? L'histoire ? On en revient toujours aux mêmes réponses : à essayer de comprendre d'où nous venons et où nous allons et, en même temps, à mettre en valeur un patrimoine. Nous appartenons à une chaîne ; nous ne sommes que des successeurs. La culture grecque est celle dont nous relevons, celle qui a posé très tôt des problèmes majeurs et toujours d'actualité. Pour autant, il faut se déprendre d'une admiration béate pour la civilisation et la culture grecques : on pourrait trouver nombre d'anti-modèles chez ces petites cités qui ont passé plus de temps à sa faire la guerre qu'à faire la paix et qui se sont construites sur des systèmes inégalitaires.
tf1.fr : Quel votre plus beau souvenir à l'EfA ?
D. M. : Il y a quelques joies dans ce métier austère : faire un raccord entre deux pierres, comprendre un texte qui résistait à l'analyse... Mais il y a un plaisir que je renouvelle à chaque fois que je lis une inscription, c'est me dire que je lis le même texte que celui lu par les Grecs il y a 2.500 ans.
Rendez-vous jeudi 7 juillet pour découvrir
l'épopée des fouilles françaises à Delphes
photo : un fragment de cratère protargien (VIIe siècle av. J.C.), découvert par l'EfA à Argos. Il représente Ulysse et ses compagnons qui aveuglent le cyclope à l'aide d'un pieu de bois durci au feu (crédit : Ecole française d'Athènes).
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