Mel Gibson pendant le tournage de son film "Apocalypto". © Icon Distribution, Inc./Andrew Cooper, SMPSP Mel GibsonLCI.fr : Apocalypto, le film de Mel Gibson qui évoque la civilisation maya avant la conquête espagnole, sort ce mercredi sur les écrans. Qu'en avez-vous pensé ?
La fin du monde est-elle prévue pour 2012 ?
<b>Exclusif -</b> Comme l'annonce le calendrier maya, la fin du monde aura-t-elle lieu dans quatre ans, le 21 décembre 2012 ? Découvrez la réponse de l'ethnologue Alain Breton.
Publié le 19/12/2008
Charlotte Arnauld (1) : C'est un film qui recherche essentiellement la violence et le suspense pour faire des effets. Le scénario, avec cette poursuite dans la jungle, est archi-usé. Il y a une perversité sadomasochiste chez le réalisateur... On sait qui est Mel Gibson et quelle est sa conception de la religion [Mel Gibson est un catholique fervent, proche des milieux traditionnalistes, NDLR]. Manifestement, il a voulu faire passer un message : heureusement que les Chrétiens sont là pour "sauver" les Mayas de leur religion "barbare". C'est une vision archaïque qui ne va pas au-delà de ce que croyaient les Européens au XVIe siècle mais qui peut aussi avoir des conséquences sur la situation actuelle des Mayas.
En 1981-82, au Guatemala, plus de 200 villages mayas ont été rayés de la carte par l'armée. Plus de 100.000 Mayas ont été tués. Avec ce film, cela sera très facile pour certains des généraux guatémaltèques, que Rigoberta Menchu [Prix Nobel de la Paix] a assignés en justice en Espagne, de trouver des arguments pour légitimer la violence de la guerre civile.
LCI.fr : La civilisation maya est-elle fidèlement représentée ?
C. A. : Gibson n'est pas un chercheur, et on ne peut pas le lui reprocher. Le film repose sur une certaine documentation. Je n'ai pas été excessivement choquée par la reconstitution, même si les tatouages et ornements que portent les guerriers mayas sont assez ridicules. D'ailleurs, ils ont des attitudes de cowboys dans un mauvais western. Autre erreur grossière : Gibson utilise pour son film une panthère noire alors qu'il aurait pu utiliser un jaguar, un animal mythique fabuleux pour les Mayas.
LCI.fr : Y avait-il une différence de développement aussi importante entre les cités mayas et les petites communautés vivant dans la forêt ?
C. A. : L'opposition entre les chasseurs vertueux et les citadins pourris, c'est très américain. Or, ce manichéisme n'a pas de sens pour cette période-là : au début du XVIe siècle [date de l'action du film, NDLR], il n'y avait plus de chasseurs mayas isolés. Les petites communautés que vous évoquez étaient constituées de cultivateurs qui connaissaient parfaitement les villes.
LCI.fr : A l'inverse de ce que montre Gibson, les sacrifices humains étaient très ritualisés et acceptés avec honneur par les populations locales. Quelles étaient leurs fonctions exactes ?
C. A. : D'abord, les sacrifices humains ont existé partout et dans toutes les civilisations. Le christianisme est fondé sur le refus du sacrifice humain mais aussi sur le sacrifice de Jésus. Pour les Mayas, l'homme est endetté vis-à-vis des dieux. Il faut donc s'offrir soi-même au dieu pour que le soleil se lève chaque matin. Le captif destiné à être sacrifié était transformé en alter ego : il était très bien traité, contrairement à ce que montre le film. Mourir au combat ou être sacrifié, c'était une mort très honorable pour les Mayas. Dans notre culture occidentale, on ne supporte pas que la mort soit ritualisée donc ces choses sont très difficiles à admettre.
LCI.fr : A quoi est dû l'effondrement de la civilisation maya ?
C. A. : Il a eu lieu au Xe siècle de notre ère et uniquement dans les cités du Sud. Il n'y avait donc pas de décadence avant l'arrivée des Espagnols. L'effondrement s'explique certainement par la question climatique (lire l'encadré ci-dessous) et par une crise politique. En réalité, il n'y avait pas un empire maya mais des cités-Etats, comme en Grèce. A chaque fois que le système politique évoluait vers un Etat centralisé sur un grand territoire, les structures mayas de base se rebellaient. Une résistance qui s'est également exprimée pendant plus de 40 ans contre les Espagnols, alors que le Mexique a été conquis en deux ans. Le dernier royaume maya date de 1697. Mais les Mayas sont toujours là, ils sont près de 8 millions vivant au Mexique, au Guatemala et au Belize.
(1) Directrice de recherche au CNRS, Charlotte Arnauld est archéologue mayaniste. Au sein du laboratoire Archéologie des Amériques, elle dirige depuis cinq ans un chantier de fouilles à Rio Bec, au Sud-Est du Mexique.
Une civilisation lézardée par la sécheresse |
"Entre 760 et 910 de notre ère, se sont succédées en Amérique centrale quatre périodes de sécheresse qui ont duré entre trois et douze ans, selon les cas", explique à LCI.fr Dominique Michelet, directeur de recherche au CNRS et directeur du laboratoire Archéologie des Amériques. Or, le système économique maya était fondamentalement agricole, avec des techniques qui reposaient beaucoup sur l'eau de pluie. "La culture du maïs, très consommatrice d'eau, a été le talon d'Achille de la civilisation maya", souligne Dominique Michelet.
La sécheresse a très probablement provoqué des famines, lesquelles ont débouché sur des guerres civiles, des conflits entre cités ou sur l'abandon des centres urbains du Centre et du Sud. "Forte de plus ou moins 100.000 habitants, la cité-État de Tikal s'est ainsi vidée de 90% de sa population en 30 ans", poursuit le chercheur. Le sort de ces exilés demeure un mystère. Certains d'entre eux ont dû s'installer dans les régions du Nord du Yucatan, moins vulnérables car moins peuplées, et où furent mis au point des systèmes de citernes souterraines.
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