Exporter le Louvre, "un grand atout" pour la France

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 06 mars 2007 à 07h00 , mis à jour le 06 mars 2007 à 21h36

Interview - Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France, défend l'ouverture décidée mardi d'une antenne du Louvre à Abou Dhabi. Une décision dénoncée par certains professionnels des Beaux-Arts, qui craignent pour "l'intégrité" des collections françaises.

TF1 / LCI Musée du Louvre

La France et l'émirat d'Abou Dhabi ont signé mardi 6 mars un accord d'une durée de 30 ans portant sur la création en 2012 d'un musée portant le label du Louvre à Abou Dhabi, pour lequel la France apportera son expertise et ses oeuvres d'art contre une somme d'un milliard d'euros. Il s'agira d'un musée universel à dominante d'art occidental classique évoquant "toutes les civilisations, toutes les époques, y compris contemporaines", dans le respect "des valeurs culturelles" des deux parties. La France et ses musées prêteront pendant dix ans à partir de la date de l'ouverture du musée, sur la base du volontariat, des oeuvres dont la durée de prêt n'excèdera pas deux ans. Ce projet a suscité ces derniers mois une levée de boucliers en France de la part de nombreux responsables du monde de l'art, qui s'inquiètent des risques de dérive commerciale, des menaces sur l'intégrité des oeuvres ou des risques de censure des autorités d'Abou Dhabi, un émirat très conservateur.

Le 12 janvier dernier, Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France au ministère de la Culture, défendait ce projet dans le cadre d'une interview accordée à LCI.fr :

LCI.fr : Le musée du Louvre prévoit d'ouvrir des antennes à Atlanta et Abu Dhabi. Quelle sera la vocation exacte de ces établissements ?

Francine Mariani-Ducray : Une des richesses de la France, c'est sa culture. Nous avons des collections insignes, riches quantitativement également, et nous devons tout faire pour les montrer le plus et le mieux possible. Le terme d'antenne recouvre des réalités extrêmement différentes. Le musée qui ouvrira à Lens en 2009 [Louvre-Lens, NDLR] est bien un second établissement. La ville d'Atlanta [aux Etats-Unis] accueillera pour sa part un cycle d'expositions sur trois ans sous l'égide du Louvre. Pour les Emirats Arabes Unis, il s'agit d'un projet d'aide à la constitution d'un musée national à Abu Dhabi, avec une coopération dans tous les aspects. Pendant cette durée, il y aura prêt du nom du Louvre ainsi que capacité de produire des expositions temporaires et de prêter des œuvres, également issues de Versailles, Guimet, Beaubourg... Sachant que les Emirats vont constituer leurs propres collections au fil des ans.

LCI.fr : Une pétition, ayant récolté plus de 2000 signatures, a été lancée par des professionnels des Beaux-Arts pour dénoncer ces projets. Il s'agit, selon eux, d'opérations commerciales qui mettent en péril "l'intégrité des collections des musées français". Que leur répondez-vous ?

F. M.-D. : Les biens culturels ne sont pas des marchandises banales. Cela a toujours été la position de la France. Une partie des inquiétudes exprimées dans cette pétition vient de l'absence d'informations sur des projets qui ne sont pas complètement conclus. Mais je suis convaincue que l'opération d'Abu Dhabi est faisable dans le respect absolu de la conservation des œuvres et du caractère inaliénable de nos collections publiques. Ce n'est pas une opération de location commerciale d'œuvres. En France, les musées nationaux sont essentiellement financés par les contribuables mais il est de bonne gestion de rechercher des ressources qui permettent de compléter ces apports.

LCI.fr : Toutes les œuvres pourront être prêtées, y compris des œuvres majeures comme La Joconde ?

F. M.-D. : Des œuvres majeures françaises ont déjà voyagé dans le passé et continueront de le faire. Pas La Joconde, dont la manipulation et la conservation sont trop sensibles, mais je rappelle, à titre d'exemple, que le tableau La Liberté guidant le peuple [d'Eugène Delacroix] a déjà été envoyé au Japon.

LCI.fr : Combien de temps les œuvres des musées français resteront-elles à Atlanta et Abu Dhabi ?

F. M.-D. : Entre deux mois et deux ans. Je précise qu'il arrive déjà que des musées se déposent des œuvres pour une très longue durée. Pour Atlanta comme pour Abu Dhabi, les musées français ont été sollicités par l'extérieur : je le répète, il ne s'agit pas d'une démarche de prospection commerciale. Cette curiosité des étrangers à l'égard de la culture française, c'est un grand atout pour notre pays.


Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 06 mars 2007 à 07:00
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16 Commentaires

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  • Pierre, le 07/03/2007 à 09h28

    Tres bonne initiative, tres intelligente. Les oeuvres vont pouvoir tourner entre les musées et donc être vu par plus de monde et c'est tres bien. En plus d'améliorer la notoriété du Louvre ce système va lui apporter de l'argent pour enrichir sa collection et améliorer ses services. Je ne vois vraiment rien à redire à cette opération. Comme dit plus bas, tous les musées s'éechangent des oeuvres, là les autres paient pour avoir le label louvre, c'est tout benef pour la france.

  • Sige, le 07/03/2007 à 07h30

    Et tout ces gens qui s'indignent du pret de nos oeuvres ils n ont qu'a financer la restauration des tableaux et des musées !!! ils veulent bien faire tout rentré sur le territoire français ils signes toutes les petitions ;;;;;;;;;;;;;

  • Annick, le 06/03/2007 à 18h23

    Bonne initiative je pense que l'art et la culture doivent depassé les frontieres surtout que les francais vu de l'etranger sont souvent critiqués montrons leur ce que nous valons reellement

  • Troll, le 06/03/2007 à 18h16

    C'est fascinant de voir à quel point les gens se permettent de dire n'importe quoi lorsqu'il s'agit d'art : on remet en cause les propos des historiens de l'art ; on traite les conservateurs de poussièreux aux titres ronflants (à qui l'ont reconnaît pourtant des compétences puisque ce sont eux qui vont aider Abou Dhabi à se constituer ses propres collections). Un peu de respect, que diable ! ne serait-ce que pour cette culture française que vous êtes tous prêts à vendre pour quelques sesterces. La France est tombée bien bas puisqu'il lui faut vendre le nom de son musée né au siècle des lumières pour restaurer le bâtiment ... elle ne peut plus l'entretenir elle-même !

  • Taz, le 06/03/2007 à 17h37

    Et demain la Grande Muraille de Chine à Paris ? Ou les Pyramides de Gyzeh ?? Ce monde devient absurde et on s'émeut après de voir le nationalisme grimper !!!!

  • DUPONT, le 06/03/2007 à 17h18

    On commence par exporter et ensuite on vend !Quelle pitié !

  • Vimal, le 06/03/2007 à 17h10

    Quelle bande de vieux c... réacs. ces soit-disant "pétitionnaires"-intelectuels

  • Tof, le 06/03/2007 à 16h46

    Pour rappel : ces oeuvres appartiennent aux français, ils sont une partie du patrimoine de notre nation, de NOTRE patrimoine dont nous pouvons être particulièrement fiers et que le monde nous envie..et non la propriété de "l'état".

  • Ben, le 06/03/2007 à 10h50

    Pas de quoi vouloir Paul et Mickey ! Tous les musées du monde s'échange des éléments de leurs collections en permanence (et sans casse). Si le fait d'apposer le mot "Louvre" permet de briller un peu plus tout en rapportant de l'argent, alors pourquoi pas !

  • Louis, le 13/01/2007 à 14h27

    Je suis alle sur la page petition et j'y vois tous les titres ronflants et poussiereux des signataires , quant a moi je ne suis qu'un simple citoyen avec les yeux et l'esprit ouverts , bravo a cette initiative, la france en a bien besoin et laissons les ronchons sur leurs chaises dorees

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