Gorille mâle, Gorilla gorilla, Afrique-Équatoriale (coll. MNHN) © Patrick Gries/Editions Xavier Barral-MNHN
Découvrez quelques photos tirées de l'ouvrage
Que d'os, que d'os ! "Qu'est-ce que tous ces vertébrés qui portent en eux une structure osseuse commune et qui fonctionnent de la même façon ?", s'est longtemps demandé Xavier Barral. Au point que cet éditeur spécialisé dans l'art a décidé de consacrer un livre à la question.
Evolution, c'est le titre de ce magnifique ouvrage (1), s'intéresse donc aux liens de parenté au sein de la grande famille des vertébrés. A savoir tous les animaux ayant un squelette interne : requin, aigle, orque, gorille, panthère ou homme, parmi tant d'autres. Au-delà, le livre revient sur le long processus de l'évolution des espèces. Un sujet passionnant abordé de manière originale puisque les auteurs, le scientifique Jean-Baptiste de Panafieu et le photographe Patrick Gries, sont partis des squelettes conservés dans différents muséums, notamment au Muséum national d'Histoire naturelle, à Paris, qui abrite "la plus grosse collection au monde", précise Xavier Barral à LCI.fr.
Les auteurs ont ainsi "juxtaposé des squelettes qui n'ont a priori pas de raison d'être juxtaposés", explique à LCI.fr Jean-Baptiste de Panafieu, professeur agrégé de Sciences naturelles. "On est surpris par les différences bien sûr mais surtout, par les ressemblances", poursuit-il. Exemple : les mains, pieds et pattes à cinq doigts, que l'on retrouve chez l'homme comme chez le lézard, existent depuis 350 millions d'années. "Le pouce ‘opposable', commun à l'homme et au singe, existe quant à lui depuis 30-50 millions d'années", poursuit le spécialiste. "Ce qui nous distingue vraiment des singes, ajoute-t-il, c'est notre pouce ‘non opposable', c'est-à-dire notre gros orteil."
Vestiges d'évolution
Par ailleurs, chaque vertébré conserve dans son squelette la trace de son évolution. Serpents et cétacés possèdent ainsi des os que l'on ne voit pas de l'extérieur mais qui sont "les vestiges de ce qu'ont été leurs pattes postérieures", décrit Jean-Baptiste de Panafieu. "Chez l'homme, le coccyx est le reste d'une queue que nos ancêtres possédaient il y a 30-40 millions d'années", pointe-t-il encore.
Le scientifique se défend d'avoir voulu écrire "un traité sur l'évolution", préférant "raconter des histoires". Chaque squelette en a une, d'ailleurs. "L'éléphant du Muséum national d'Histoire naturelle date de Louis XIV, l'hippopotame de Louis XV. La présence de chaque squelette est digne d'un polar", souligne Xavier Barral.
"Comme des sculptures"
Cette histoire de l'évolution se raconte aussi en images. "J'ai photographié ces squelettes comme des sculptures", affirme Patrick Gries, réputé pour ses travaux à la Fondation Cartier. Les principes de l'anatomie ont été respectés. Il a même fallu parfois redonner forme à des animaux avachis sous leur propre poids. Malgré des conditions de travail pas toujours évidentes, notamment dues à l'exiguïté des lieux (regardez la vidéo sur quelques séances photos : "Des squelettes sous les projecteurs"), le photographe a su éviter l'écueil du morbide en "retrouvant une élégance par la lumière et le point de vue".
De ces cinq années de travail, dont six mois consacrés aux prises de vue, Xavier Barral espère susciter la curiosité des lecteurs et les amener à "prendre davantage soin de la nature". "Quand vous vous intéressez à d'autres animaux, déclare-t-il, dans le fond, c'est à votre histoire que vous vous intéressez."
(1) Evolution, textes de Jean-Baptiste de Panafieu et photographies de Patrick Gries, préface de Jean-Pierre Gasc, Editions Xavier Barral-MNHN, 288 pp., 49,90 euros.
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