Le Théâtre d'ombres, roman historique d'Archange Morelli (éditions Albiana) © Editions Albiana/sxc.huIl fut un temps où la France et la Turquie étaient les meilleures amies du monde. Au premier tiers du XVIe siècle, François Ier voulait s'allier à Soliman le Magnifique pour contrecarrer la toute-puissance de Charles Quint. Une hérésie pour l'Europe chrétienne. Dans Le théâtre d'ombres, publié aux éditions Albiana (1), Archange Morelli raconte comment la République de Gènes envoya un espion au cœur de l'empire ottoman avec pour mission de faire échouer le pacte franco-turc.
Cet espion, c'est Matteo Malafuoco, vicaire de la Superbe (surnom de Gènes) en sa colonie de Corse. Habile politique et grand humaniste, le seigneur Malafuoco, comme le remarque l'un de ses interlocuteurs, "ressemble à un renard, avec ses longs cheveux châtains clair, ses yeux fauves aux cils fins et ses dents un peu pointues". Et il lui faudra user de toute sa ruse pour se faire accepter des maîtres de la Sublime Porte. Accompagné de Leandro, son fidèle serviteur, le voici parti pour Istanbul sous l'identité d'un simple marchand en velours, l'un des produits génois les plus recherchés à cette époque.
Mystères stambouliotes
Dès la traversée, Malafuoco fait étalage de son savoir-faire dans l'art du négoce, tout en recueillant des informations précieuses auprès des autres passagers, commerçants aguerris aux us et coutumes turques. Débarqué sur les rives du Bosphore, le vicaire ne perd pas son temps. Sa capacité à sonder les âmes et à résoudre les énigmes lui vaut d'être sollicité par le kadi, un juge ottoman, pour résoudre une série de crimes qui s'abat sur la ville. Car un tueur sévit : il choisit ses victimes avec soin mais pour quel motif ?
A la fois roman historique et thriller, Le théâtre d'ombres se dévore comme une délicieuse pâtisserie orientale. Archange Morelli lève un voile sur un empire puissant qui reste bien mystérieux pour nombre d'Européens, de l'époque comme d'aujourd'hui. Dans les pas de Malafuoco, l'auteur nous fait pénétrer dans les somptueux palais de dignitaires raffinés et cruels ou de riches marchands ; il nous emmène au cœur d'une école coranique, nous plonge dans les quartiers populaires d'Istanbul où mille peuples se côtoient, où mille métiers s'exercent. Autant d'occasions de nous faire découvrir par petites touches la culture ottomane et le quotidien des Stambouliotes. Sans jamais en faire pâtir le récit qui avance au rythme d'une double enquête, criminelle et diplomatique. Jusqu'au grand final où Matteo Malafuoco devra utiliser toutes ses ressources intellectuelles pour échapper à une mort horrible.
(1) Archange Morelli : Le théâtre d'ombres, éditions Albiana, 368 pp., 16 euros.
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