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Ensorcelés. Elle les a tous ensorcelés. Yorgos Kendrôtas le paysan grec qui l'a déterrée de son champ ; son apprenti Andréas Kolokairinos qui empêcha son patron de s'en débarrasser ; l'aspirant Olivier Voutier qui l'a baptisée et en a fait le premier portrait ; l'explorateur Dumont d'Urville et le comte de Marcellus qui se sont imposés comme ses découvreurs ; Démosthène Sophocleous poète et patriote qui a vue en elle l'incarnation du génie grec ; Nikolaki Morusi, grand dogman de la flotte ottomane et passionné d'antiquités, qui a tout fait pour l'acquérir ; Louis-François Fauvel, consul français à Athènes, qui s'est enflammé à sa vue... Sans oublier les millions de visiteurs du Louvre qui continuent d'en faire le tour en s'extasiant sur sa beauté.
L'ensorceleuse, c'est une statue exhumée le 15 avril 1820, à Milo, une petite île des Cyclades. Son visage, ses proportions, son maintien ont amené Olivier Voutier, jeune marin français de passage sur l'île, à l'appeler Vénus. Un comble en pays hellène où la déesse de l'Amour a toujours été connue sous le nom d'Aphrodite.
Investigation, aventures et romance
Et pourtant s'agit-il bien de la divinité olympienne ? La statue a été mise au jour en deux morceaux : un buste nu et des jambes drapées. Yorgos Kendrôtas aurait également extirpé du sol une main tenant une pomme. Preuve irréfutable de l'identité de la représentation de marbre (1). A moins que l'on ait recherché cette main pour justifier son appellation. Car la fameuse main a disparu - si elle a jamais été trouvée.
Que de mystères, que de passions entourent la découverte de la célèbre statue. L'écrivain grec Takis Théodoropoulos se régale à nous les raconter dans L'Invention de la Vénus de Milo, paru aux éditions Sabine Wespieser (2). Un livre présenté comme un récit mais qui navigue entre le manuel d'histoire, l'ouvrage d'investigation, avec révélations fracassantes et questions en suspens, et l'analyse érudite d'art. Un livre qui lorgne vers le roman d'aventure, avec manigances, réunions secrètes et menaces de canonnades. Un livre qui flirte enfin avec la romance, où les amours sont impossibles et les destins, brisés par la marche de l'Histoire. Le tout écrit dans un ton faussement détaché, malicieux, mordant même, avec le talent d'un conteur comme on n'en trouve que sur les bords de la Méditerranée.
Et à ceux qui se demanderaient d'emblée pourquoi faire toute un foin de la découverte d'une statue, ou pourquoi diable s'intéresser aux vieilleries du passé, Théodoropoulos répond : "Sans le sentiment de l'antiquité, de n'importe quelle antiquité, l'histoire se métamorphoserait en addition de présents insignifiants, aussi insignifiants qu'un enseignement réduit à des cours préparatoires".
Devenez un Zeus de la drague |
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(1) Selon la légende, Héra, Athéna et Aphrodite demandent à Pâris, le prince troyen, de désigner la plus belle d'entre elles en lui remettant une pomme d'or. Pâris donne le fruit à la déesse de l'Amour, à la fureur des deux autres divinités. Un geste qui aura pour conséquence la guerre de Troie mais ceci est une autre (belle) histoire...
(2) Takis Théodoropoulos : L'Invention de la Vénus de Milo (Sabine Wespieser Editeur), 216 pp., 21 euros.
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