Et la Vénus de Milo ensorcela le monde

Par Matthieu DURAND, le 02 juillet 2008 à 06h00 , mis à jour le 02 juillet 2008 à 00h03

Chronique - L'écrivain Takis Théodoropoulos raconte avec malice comment la célèbre statue du Louvre a été découverte au printemps 1820. Un récit savoureux qui flirte avec le conte.

[Expiré] Vénus de Milo Louvre Aphrodite statue antiquité Grèce musée art © sxc.hu

Vénus de Milo livreEnsorcelés. Elle les a tous ensorcelés. Yorgos Kendrôtas le paysan grec qui l'a déterrée de son champ ; son apprenti Andréas Kolokairinos qui empêcha son patron de s'en débarrasser ; l'aspirant Olivier Voutier qui l'a baptisée et en a fait le premier portrait ; l'explorateur Dumont d'Urville et le comte de Marcellus qui se sont imposés comme ses découvreurs ; Démosthène Sophocleous poète et patriote qui a vue en elle l'incarnation du génie grec ; Nikolaki Morusi, grand dogman de la flotte ottomane et passionné d'antiquités, qui a tout fait pour l'acquérir ; Louis-François Fauvel, consul français à Athènes, qui s'est enflammé à sa vue... Sans oublier les millions de visiteurs du Louvre qui continuent d'en faire le tour en s'extasiant sur sa beauté.

L'ensorceleuse, c'est une statue exhumée le 15 avril 1820, à Milo, une petite île des Cyclades. Son visage, ses proportions, son maintien ont amené Olivier Voutier, jeune marin français de passage sur l'île, à l'appeler Vénus. Un comble en pays hellène où la déesse de l'Amour a toujours été connue sous le nom d'Aphrodite.

Investigation, aventures et romance

Et pourtant s'agit-il bien de la divinité olympienne ? La statue a été mise au jour en deux morceaux : un buste nu et des jambes drapées. Yorgos Kendrôtas aurait également extirpé du sol une main tenant une pomme. Preuve irréfutable de l'identité de la représentation de marbre (1). A moins que l'on ait recherché cette main pour justifier son appellation. Car la fameuse main a disparu - si elle a jamais été trouvée.

Que de mystères, que de passions entourent la découverte de la célèbre statue. L'écrivain grec Takis Théodoropoulos se régale à nous les raconter dans L'Invention de la Vénus de Milo, paru aux éditions Sabine Wespieser (2). Un livre présenté comme un récit mais qui navigue entre le manuel d'histoire, l'ouvrage d'investigation, avec révélations fracassantes et questions en suspens, et l'analyse érudite d'art. Un livre qui lorgne vers le roman d'aventure, avec manigances, réunions secrètes et menaces de canonnades. Un livre qui flirte enfin avec la romance, où les amours sont impossibles et les destins, brisés par la marche de l'Histoire. Le tout écrit dans un ton faussement détaché, malicieux, mordant même, avec le talent d'un conteur comme on n'en trouve que sur les bords de la Méditerranée.

Et à ceux qui se demanderaient d'emblée pourquoi faire toute un foin de la découverte d'une statue, ou pourquoi diable s'intéresser aux vieilleries du passé, Théodoropoulos répond : "Sans le sentiment de l'antiquité, de n'importe quelle antiquité, l'histoire se métamorphoserait en addition de présents insignifiants, aussi insignifiants qu'un enseignement réduit à des cours préparatoires".

Devenez un Zeus de la drague

Séduire comme un dieu livre
Pour mieux comprendre les passions que suscite Aphrodite, la lecture de Séduire comme un dieu s'impose. Agrégées de Lettres classiques, Karine Descoings et Laure de Chantal ont compilé plus de 100 extraits de textes grecs et latins sur l'art et la manière de conquérir les cœurs et d'emboîter les corps.
Poétiques, pratiques ou salaces, ces Leçons de flirt antique inspireront avec intelligence les séducteurs des campings et les charmeuses de plage. Autre intérêt de ce recueil au format poche : prouver que les écrits de Virgile, d'Homère ou d'Ovide restent accessibles au plus grand nombre.
Karine Descoings et Laure de Chantal : Séduire comme un dieu, Leçons de flirt antique (Les Belles Lettres), 332 pp., 13 euros.

(1) Selon la légende, Héra, Athéna et Aphrodite demandent à Pâris, le prince troyen, de désigner la plus belle d'entre elles en lui remettant une pomme d'or. Pâris donne le fruit à la déesse de l'Amour, à la fureur des deux autres divinités. Un geste qui aura pour conséquence la guerre de Troie mais ceci est une autre (belle) histoire...
(2) Takis Théodoropoulos : L'Invention de la Vénus de Milo (Sabine Wespieser Editeur), 216 pp., 21 euros.

Par Matthieu DURAND le 02 juillet 2008 à 06:00
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5 Commentaires

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  • LIONEL, le 04/07/2008 à 07h45

    Elle a de beaux seins en forme de poire, la belle Héllène, mais avec Yorgos, Andrées, Olivier, ...c'est plutôt Héllène et les garçons, non ?

  • Henri, le 03/07/2008 à 14h33

    Elle a un peu de "graisse antique" aux hanches...Dommage...

  • Euzenot-furiga, le 02/07/2008 à 14h55

    C'est vrai qu'en monde hellène la déesse de l'amour se nomme Aphrodite cependant dans notre monde latin c'est toujours à Vénus que l'on pense, Vénus sortant de l'eau, la Vénus callipyge, mais c'est quand même Aphrodite qui triomphe avec le mot aphrodisiaque !

  • Cocopok, le 02/07/2008 à 12h00

    Les bras m'en tombent!

  • JGH, le 02/07/2008 à 11h09

    Quant on lit l'article les bras nous en tombent...

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