"Urbi et Orbi" de C. Albin de Cigala (Les Belles Lettres) © DR/sxc.huQui dit péplum, dit superproduction hollywoodienne, voire série B italienne. Or, bien avant d'être associées au cinéma, dès le XIXe siècle, les grandes sagas antiques ont constitué un genre littéraire fleurissant. Urbi et Orbi, réédité aux Belles Lettres (1), s'inscrit dans ce courant.
Ce roman de 1904 est la suite de Quo Vadis ?, paru huit ans plus tôt et devenu best-seller international. L'auteur d'Urbi et Orbi, Célestin-Albin de Cigala, était justement le traducteur français du livre de Henryk Sienkienwicz. Il redonne donc vie à Marcus Vinicius et Lygie, persécutés par Néron pour avoir embrassé la foi chrétienne. Dans ce nouvel opus, les amoureux se marient mais leur bonheur ne dure qu'un temps : Vinicius est envoyé en Judée pour mater une révolte à Jérusalem tandis que Lygie est contrainte à devenir Vestale, soit la grande prêtresse d'une religion qu'elle a reniée.
"Désaltérer ses lèvres enfiévrées"
Ce péplum poids plume (226 pages seulement) a le charme, le souffle et les défauts des films de toge datant des années cinquante. Le style ampoulé et maniéré de Cigala ravira les nostalgiques d'une forme de littérature aujourd'hui disparue ; il fera ricaner ou soupirer les autres. Ainsi, Vinicius, apprenant qu'il doit abandonner sa moitié pour aller combattre en Judée, "comme pour désaltérer ses lèvres enfiévrées par l'émotion, (...) baisa sa fiancée au front, longuement ; puis, tombant lui aussi à genoux, reposa sa tête sur le giron de Pomponia, près de la tête de Lygie, en sanglotant".
Mêmes réactions contrastées à la lecture de phrases truffées de mots et expressions latines : "Les cubiculariae s'empressèrent : elles lui enlevèrent sa mitre d'or, sa chlamyde de soie, ses sandales periscelides, ses subuculas de lin (...) tout jusqu'à l'exosmide de laine (...)". Les uns y trouveront une habile manière de retranscrire aux lecteurs modernes l'exotisme d'une civilisation ancienne ; les autres n'y verront que l'étalage factice et vaniteux d'un savoir. O tempora, o mores...
Du pain béni et des jeux
Le livre évoque le martyr des premiers chrétiens et le moins qu'on puisse dire est que Cigala prend partie puisque lui-même était abbé. "Jamais [Vinicius et Lygie] n'avait mieux compris la force vivante de la religion et l'inaltérable puissance du symbole nouveau que leur avait donné Pierre : la croix", écrit-il. Les héros ne manquent jamais une occasion de manifester leur foi. Foi qui leur permet d'affronter les terribles épreuves qui se présentent à eux. Lecteur laïc, passe ton chemin !
Reste qu'Urbi et Orbi, comme tout péplum, laisse transparaître quelques accès de sensualité au détour de scènes de bain ou de chastes étreintes. Et, comme tout péplum, il relate des événements grandioses, tels une spectaculaire course de chars au Colisée, près de cinquante ans avant le film Ben-Hur, ou le terrible siège de Jérusalem par les légions romaines. Le style de l'auteur n'est plus pompeux, il est prenant. Le prêcheur devient conteur. Nous voici enfin plongés dans la poussière du cirque, le bruit et la fureur des combats. Tout ce que l'on attendait de cet ouvrage.
(1) C. Albin de Cigala : Urbi et Orbi (Les Belles Lettres), 226 pp., 19 euros.
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