© sxc.hu/Les Belles LettresLes éditions Les Belles Lettres lancent une collection de poche qui présente la vie de personnalités célèbres de l'Antiquité à travers une compilation de textes d'époque, latins et grecs. Des ouvrages vivants et accessibles à tous. Jean Malye, directeur de la collection, présente le premier opus, consacré à Caligula (1).
LCI.fr : Pourquoi avoir choisi Caligula pour lancer votre collection ?
Jean Malye : Je voulais trouver un personnage fort qui ressemble à l'ambiance très violente de notre époque, où certains dirigeants pensent pouvoir faire ce qu'ils veulent sans contrepouvoir.
LCI.fr : Vous pensez à quelqu'un en particulier ?
J. M. : Disons qu'il n'y a pas mal de dictateurs dans le monde, en ce moment.
LCI.fr : Première surprise, au début de son règne, Caligula était très populaire...
J. M. : Caligula était aimé du peuple. Tous les pays autour de la Méditerranée ont salué son avènement. Caligula (2) a passé une partie de son enfance dans les camps militaires que commandait son père, Germanicus, et il est devenu la mascotte des légionnaires [Caligula signifie "petites bottes", en référence aux bottes de soldats qu'il portait alors, NDLR]. La popularité de Caligula tient d'ailleurs en partie à celle de son père. Et puis, il faut dire que Caligula a succédé à Tibère, qui avait un profond mépris du peuple et dont le règne a été très violent.
LCI.fr : Pourquoi Caligula se transforme-t-il alors en monstre ?
J. M. : Certains auteurs latins disent que c'est dû à sa femme Caesonia, qui lui a donné un poison ou un remède qui a eu un effet contraire à celui recherché. La mort de sa sœur Julia Drusilla, dont il était très proche - il y avait un soupçon d'inceste -, l'a peut-être aussi bouleversé au point de le faire basculer dans la folie.
LCI.fr : La description qu'en font les auteurs latins est terrible : c'est un pervers, un débauché, un sadique...
J. M. : On a l'impression qu'ils ont créé un archétype de tout ce qui peut exister dans un catalogue de violence : violence sexuelle, gore, snuff movie... Un vrai film d'horreur ! Parmi ses exactions, je retiens notamment la fois où il oblige un père à assister à l'exécution de son fils ou encore les banquets pendant lesquels il "essaie" des futures épouses puis revient pour donner son avis à leurs futurs maris. Il maniait aussi l'humour noir. Il a eu cette formule restée célèbre, à l'attention du peuple : "Si seulement vous n'aviez qu'une seule tête !" (3).
Il n'y avait personne en face de lui pour servir de butoir contre sa folie et son pouvoir immense. Il a mis au pas l'ordre équestre [les nobles, NDLR] et le Sénat ; quant au peuple, il le tenait par la peur et l'avidité. En même temps, il a des circonstances atténuantes : il est né dans la violence ; il a passé une partie de son enfance dans des camps de légionnaires pendant la guerre contre les Germains ; il a vu tous ses parents et frères mourir, sur ordre de Tibère.
LCI.fr : Pourquoi la dynastie julio-claudienne a-t-elle donné autant d'empereurs violents et débauchés, tels Tibère, Caligula et Néron ?
J. M. : Parce qu'il n'y a pas eu de véritable contre-pouvoir. Et la consanguinité n'a pas arrangé les choses.
(1) La véritable histoire de Caligula, textes réunis et présentés par Jean Malye (Les Belles Lettres), 222 pages, 9 euros. Egalement disponible : La véritable histoire de Périclès. A venir, les biographies d'Alexandre Le Grand, Marc Aurèle, Hannibal, Néron, Alcibiade...
(2) Né en 12 apr. J.C., Caligula devient empereur à 25 ans et meurt assassiné en 41 après J.-C.
(3) Autres phrases passées à la postérité par l'intermédiaire de Suétone : "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent" et, alors que des consuls lui demandent pourquoi il éclate de rire au cours d'un festin, "C'est tout simplement à la pensée que d'un signe de tête je puis vous faire égorger tous deux à l'instant".
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