Les esclaves abandonnés de Tromelin sortent de l'oubli

Par Matthieu DURAND avec agence, le 06 février 2009 à 17h45 , mis à jour le 09 février 2009 à 16h46

Une deuxième campagne de fouilles a permis d'en savoir plus sur la vie des 60 esclaves abandonnés au XVIIIe siècle sur cet îlot français de l'Océan Indien. Pendant quinze ans, les survivants se sont adaptés à des conditions de vie extrêmes.

tromelin vestigesVestiges des habitations construites par les esclaves abandonnés sur l'île de Tromelin (Océan Indien) au XVIIIe siècle. © Inrap

Au XVIIIe siècle, 60 esclaves abandonnés sur un îlot désert, au nord de La Réunion, ont survécu pendant quinze ans dans des conditions extrêmes. Grâce à la persévérance des scientifiques du Groupe de recherche en archéologie navale (Gran) et de l'Institut national des fouilles préventives (Inrap), leurs conditions de vie sont désormais un peu mieux connues : ces esclaves vivaient dans des bâtisses de pierre, semblables aux tombeaux de Madagascar, d'où ils étaient originaires. C'est ce qui ressort des résultats d'une deuxième campagne de fouilles, après celle de 2006, qui ont été présentés ce vendredi à Paris.

Quinze ans d'oubli

Cette histoire incroyable débute le 31 juillet 1761 lorsque L'Utile, un navire de la Compagnie française des Indes Orientales en provenance de Madagascar, s'échoue sur l'île de Tromelin, alors appelée île de Sable et mal répertoriée sur les cartes de l'époque. Cet îlot de 1 km2 est situé à plus de 500 km au nord de Madagascar. Lors du naufrage, 18 membres d'équipage se noient ainsi que 71 esclaves, prisonniers des flancs du navire. Ce sont donc 125 marins et 89 esclaves qui parviennent à atteindre le rivage de ce bout de terre à la végétation rare. Il faut trois jours aux hommes pour trouver de l'eau saumâtre mais potable après avoir creusé un puits. Trois jours pendant lesquels l'eau est rationnée pour les Européens : les Malgaches n'y ont pas droit - 29 d'entre eux décèdent.

Avec l'épave de L'Utile, les marins construisent un bateau : deux mois plus tard, ils y embarquent, abandonnant les Malgaches à leur sort avec trois mois de vivres et la promesse de revenir les chercher. Une promesse que refuse d'honorer le gouverneur de l'Ile de France où ont débarqué les 125 rescapés européens. Indignation jusqu'à Paris. Puis la Guerre de sept ans et la faillite de la Compagnie française des Indes Orientales plongent les esclaves de Tromelin dans l'oubli.

Ils sont à nouveau repérés par un navire en 1773. Plusieurs tentatives de sauvetage échouent. Lors de l'une d'entre elles, un marin se retrouve même prisonnier à son tour de l'île. Il construit un radeau de fortune dont les voiles sont faites de plumes d'oiseau et quitte cette prison de sable avec les trois derniers hommes et trois femmes. Ils se perdront en mer. Ce n'est que le 29 novembre 1776 que l'enseigne de vaisseau de Tromelin, qui commande La Dauphine, parvient à récupérer les survivants : sept femmes et un bébé de huit mois (1).

Deux squelettes

Une première campagne de fouilles, en 2006, permet d'identifier l'épave dont il ne reste que le matériel lourd (canons, ancres, lest...). Sur terre, les archéologues exhument les vestiges d'un four mais aucune trace d'habitations ni de sépultures. Il faut dire que dans les années cinquante, Météo-France a installé des bâtiments sur le site où ont probablement vécu les esclaves. En 2008, l'expédition s'attache donc à dresser une carte précise de l'île et mène des fouilles près des structures en béton de l'agence météo.

Surprise : les scientifiques mettent au jour des "structures bâties" aux murs de pierre épais de 1,5 à 3 m et hauts de 1,5 à 2 m. Ce type de construction est réservé aux tombeaux à Madagascar mais les Malgaches de Tromelin n'ont pas à leur disposition de bois et de torchis, qui sont traditionnellement utilisés dans leur île natale pour construire des maisons.

"Les bâtiments étaient d'une ampleur exceptionnelle", conçus très solidement, avec des volumes intérieurs très faibles, a souligné le responsable de la mission, Max Guérout, du Gran. Dans les pièces, dont une cuisine où un foyer a été dégagé, les archéologues ont découvert 13 récipients en cuivre, trois bassines en plomb, deux casseroles, ainsi que des lames de haches, ou un trépied de cuisson. Les naufragés se sont nourris surtout d'oiseaux et aussi de tortues - peu de poissons, difficiles à pécher du fait de la mer, agitée sur la zone.

Parmi les objets surprenants, ils ont également trouvé deux bracelets en cuivre, ce qui laisse penser que les naufragés "avaient dépassé le stade de survie immédiate", a souligné Max Guérout. Deux squelettes ont également été découverts, dont un crâne en bon état de conservation et des os qui auraient appartenu à "un adolescent de 15 à 20 ans assez robuste". Une troisième campagne de fouilles reste à mettre en place pour lever les derniers mystères de l'île.

Découvrez ici une vidéo sur les esclaves_de Tromelin_réalisée par l'Inrap

Décès du conservateur de la Maison des esclaves de Gorée

Boubacar Joseph Ndiaye, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée, île au large de Dakar (au Sénégal) est décédé vendredi dans la capitale sénégalaise à l'âge de 86 ans. Une fonction qu'il a assumée pendant plus de 40 ans, narrant pour les visiteurs les grandes lignes de la traite négrière dont il avait décidé de "parler toute sa vie". Hamady Bocoum, directeur du  patrimoine culturel au ministère sénégalais de la Culture a salué en Joseph Ndiaye "l'artisan principal de la défense de la mémoire de la traite atlantique, l'homme le plus fervent et le plus constant contre tout révisionnisme" sur la traite des esclaves.
Une traite qui a duré plusieurs siècles entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques avec la déportation de  plusieurs millions d'Africains, à partir de Gorée notamment. Ancien tirailleur, Boubacar Joseph Ndiaye a participé à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre d'Indochine. A la fin de sa carrière militaire, il s'était lancé dans le commerce avant d'abandonner cette activité pour se consacrer à la Maison des esclaves.

(1) S'appuyant sur les travaux des archéologues, Irène Frain a écrit un livre sur cette histoire peu connue. Les naufragés de l'île de Tromelin paraîtra le 26 février aux éditions Michel Lafon. Un documentaire est également à l'étude.

Par Matthieu DURAND avec agence le 06 février 2009 à 17:45
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8 Commentaires

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  • Kisnif12, le 29/04/2009 à 19h53

    J'aime ces histoires qui font "L'HISTOIRE", comme les pirates, les boucaniers, les corsaires sur des bateaux difficiles à barrer. C'était une drôle d'époque, une drôle de vie et des drôles de politiques politiciennes. L'allusion aux "harkis" de 1962 c'est malheureux, mais hors contexte...pourquoi alors ne pas parler de ces africains pirates dans l'océan indien en 2009? Je suis pour parler des îles françaises de l'océan indien comme la Réunion bien sur, il y a aussi Les Glorieuses, Europa et Juan de Nova et pour finir Mayotte, merci aussi aux météorologues sur ces îles , qui prévoient les cyclones.

  • Moi, le 09/02/2009 à 10h13

    Ce n'est pas la France, mais un crétin. Ne pas confondre !

  • Fabien, le 08/02/2009 à 18h05

    Y a vraiment des commentaires de gros lourding, je vous plaint, vous qui décidez de ce qui paraît ou pas... vous devez vraiment voir un bonne partie de la connerie humaine... SInon concernant l'article c'est évidement très intéressant. Esperons qu'il y ai un joli docu-fiction à la clé.

  • Yaya, le 08/02/2009 à 17h31

    Interessant

  • Medhi1975, le 08/02/2009 à 11h52

    Melodie est une scientifique elle pense aux capacités de l'être humain, moi je pense a ces pauvres gens de race "inférieur" a qui on avait promis de revenir les chercher... décidément dans l'histoire de France c'est une triste habitude d 'abandonné les indigènes a leur triste sort... je pense u peu aux Harkis d'Algérie etc...

  • Gustave, le 08/02/2009 à 10h36

    Un sujet passionnant ! Merci de me l'avoir fait découvrir ainsi que les vidéos sur le site de l'Inrap. Bravo

  • Patrice, le 08/02/2009 à 09h54

    Sans interet...y a t il une repentance a la clef ???

  • Melodie, le 07/02/2009 à 09h00

    Je n'avais jamais entendu parler de cette histoire ! ça donne froid dans le dos , j'aimerais beaucoup en savoir plus c'est une exellente idée de reportage ou documentaire ! en tout cas on se rend compte que l'être humain a une capacité de survie et même de VIE (reference aux bracelets) dans des conditions extremes !

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