© INTERNEArticle publié lors du Mondial 2002 : Sport populaire par excellence, le football est devenu une référence universelle, que les peuples utilisent pour affirmer leur identité. "Aujourd’hui, un Etat ou un projet d’Etat, c’est un territoire, une population, un gouvernement, une armée et une équipe de football", explique Christian Bromberger, professeur d’ethnologie à l’université d’Aix-en-Provence (1), dans la revue CNRS Info de mars 2002. On connaît désormais une nation à travers son équipe, son style de jeu (réalisme allemand, football-samba brésilien…), sa composition (l’équipe tricolore et muticolore), pointe-t-il.
Nationalisme et affrontements
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Les peuples aspirant à l’autonomie ou à l’indépendance expriment ainsi leurs revendications dans leur équipe de football, à l’instar des Catalans avec le Barcelona FC. "Une des premières mesures des nations nouvellement indépendantes est d’ailleurs de demander leur rattachement à la Fédération internationale de football (Fifa) ; parfois cette affiliation précède l’indépendance (c’est le cas de la Palestine), si bien que la Fifa compte plus de membres que l’ONU", précise l’universitaire. Il arrive que ces aspirations nationalistes se traduisent par des antagonismes plus ou moins marqués. Il suffit de se rappeler les sulfureux France-Allemagne ou Angleterre-République d’Irlande.
"En Europe de l’Est, les oppositions entre équipes de football préfigurèrent l’éclatement des républiques fédérées", rappelle Christian Bromberger. Et de citer les "affrontements brutaux" de supporteurs qui accompagnèrent les matchs entre le Slovan de Bratislava (slovaque) et le Sparta de Prague (tchèque), et ceux entre le Spartak de Moscou (russe) et le Dynamo de Kiev (ukrainien). "La Yougoslavie s’est désagrégée en 1990 au rythme des matchs de football entre Croates (Hadjuk Split, Etoile rouge de Belgrade) et Serbes (Dynamo de Zagreb, Partizan de Belgrade). Des rencontres émaillées de violences auxquelles ont participé public et joueurs", a indiqué le professeur d’ethnologie à LCI.fr. L’exemple le plus extrême reste le match Salvador-Honduras en 1969, qui provoqua une brève guerre entre les deux pays.
Diplomatie du ballon rond
Les liens complexes entre football et diplomatie sont mis en lumière à l’occasion des grandes rencontres internationales. Le Mondial 98 a été marqué par un spectaculaire rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran, à l’occasion d’un match qui a consacré le retour du régime islamique dans le concert des nations. En 1992, l’équipe de Yougoslavie a été exclue du championnat d’Europe des nations "pour punir le régime de Milosevic coupable de la guerre". Mais l’équipe de Russie a été épargnée, malgré le conflit en Tchétchénie… La Fifa supplée même l’ONU lorsqu’elle décide de réconcilier deux pays aux relations tendues, la Corée du Sud et le Japon, en leur attribuant l’organisation du Mondial 2002. Une décision "techniquement complexe, sportivement discutable" et "avant tout politique", avance Christian Bromberger.
Comment expliquer cette force, cette puissance du football ? "C'est un sport qui symbolise les qualités nécessaires pour réussir dans le monde contemporain", a déclaré l’ethnologue à tf1.fr. A savoir : "le mérite individuel, la solidarité collective, la chance, la filouterie et une justice très discutable (celle de l’arbitre)". Le monde est vraiment foot.
(1) Christian Bromberger est également directeur de laboratoire au CNRS, à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (Idemec). Il est par ailleurs l’auteur de Football, la bagatelle la plus sérieuse (Bayard) et Le match de football (éditions de la Maison des sciences de l’homme).
photo d'ouverture : Les Bleus, champions du monde, remontent les Champs-Elysées en 1998.
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