Des policiers anglais patrouillent avant un match. © TF1/LCIInterview publiée lors du Mondial 2002 : Patrick Laclémence réconcilie à lui seul l’université avec les forces de l’ordre puisqu’il est professeur des universités à Paris V et à l’université technologique de Troyes et commandant de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) n°35 de Troyes. Il explique à LCI.fr le métier de physionomiste et présente le milieu des hooligans en France.
tf1.fr : Comment travaille un physionomiste ?
Patrick Laclémence : Sans être trop réducteur, un physionomiste va pouvoir retenir d’une compétition à l’autre un individu qui a été violent. Dans le football, la violence a une mémoire. C’est pourquoi il y aura toujours des problèmes lors des matchs PSG-OM. Le physionomiste est en quelque sorte la mémoire de cette violence. Il travaille aux abords et dans les stades, incognito, comme un caméléon. Son objectif : repérer les hooligans et les désigner aux forces de l’ordre, si possible avant qu’ils pénètrent dans l’enceinte.
tf1.fr : Existe-t-il une formation spécifique ?
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P. L. : En Angleterre ou en Allemagne, il existe des physionomistes professionnels ; en France, comme dans les pays latins, ces missions sont remplies occasionnellement par des policiers. Il s’agit en général de bons flics qui ont l’habitude d’être au contact de la foule, dans les manifestations, et qui arrivent à bien cibler les gens. Comme ceux qui travaillent aux R.G. (NDLR : renseignements généraux), par exemple.
tf1.fr : Disposent-ils d’outils pour les aider ?
P. L. : En France, les fichiers de hooligans ne répertorient que les individus ayant fait l’objet d'une condamnation. Il y a ainsi une quinzaine de hooligans fichés en France contre 7.000 environ en Angleterre.
tf1.fr : Y a-t-il beaucoup de hooligans en France ?
P. L. : Il y a plutôt des clubs dont certains supporteurs peuvent poser problème. Au PSG, il y a un noyau dur de 50 personnes, qui peut monter jusqu’à 200 selon les matchs. A Marseille, il n’y a pas vraiment de supporteurs violents mais plutôt une trentaine de personnes qui peuvent tomber dans l’excès. Enfin, St-Etienne est l’une des équipes dont les supporteurs sont les plus difficiles à maîtriser, particulièrement une soixantaine d’individus.
tf1.fr : Comment ce phénomène s’est-il développé en France ?
P. L. : En 1984, lors de France-Angleterre au Parc des Princes, un groupe d’extrémistes parisiens qui n’avaient plus de local a obtenu des places dans les tribunes. Ils ont "gagné leurs galons" en se battant avec les hooligans anglais après le match. Puis, quelques jours après le drame du Heysel, en 1985, certains types situés au-dessus du tableau d’affichage du Parc ont fait le salut nazi. Un journaliste sportif est tombé dans le piège en allant les interviewer, ce qui leur a donné une reconnaissance médiatique. Après le Heysel et l’exclusion des clubs anglais des compétitions européennes, les supporteurs "fanatiques" se sont alors inspirés des Ultras italiens. Chez les Ultras, formés de grandes cliques de 500 à 600 personnes, la violence est rituelle : on la mime. Tandis que les hooligans pratiquent un rituel de la violence : on agit. Le PSG est le seul club français où cohabitent ces deux "traditions" : le Kop de Boulogne incarne le modèle anglais et les Ultras d’Auteuil, le modèle italien.
tf1.fr : Les hooligans européens se rendront-ils en Corée et au Japon ?
P. L. : Non, pas en masse. Comme les Etats-Unis en 1994, où l’on n’avait déploré aucun incident, ces deux pays sont trop loin. En revanche, les polices européennes ont intérêt à se préparer pour le Mondial 2006 en Allemagne.
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