Un Nobel alternatif pour les spaghettis français

Par Matthieu DURAND, le 06 octobre 2006 à 07h00 , mis à jour le 09 octobre 2006 à 14h54

Deux chercheurs français ont expliqué pourquoi les spaghettis secs se cassent toujours en plus de deux morceaux. Ils ont reçu jeudi le prix IgNobel, décerné chaque année à Harvard.

[Expiré] spaghetti pâtes © sxc.hu

Les trois Nobel scientifiques (médecine, physique et chimie) ont tous été attribués au cours de la semaine à des chercheurs américains mais les physiciens français n'ont pas été oubliés par le jury des IgNobel (prononcer "ignoble"), les Nobels alternatifs décernés chaque année dans la prestigieuse Université américaine d'Harvard.

Basile Audoly, chargé de recherches au CNRS, et Sébastien Neukirch, chercheur à l'Université Pierre et Marie Curie, ont été honorés jeudi pour avoir résolu une énigme sur lesquels de nombreux scientifiques (1) se sont cassés les dents avant eux : la cassure du spaghetti (cliquez ici pour découvrir leur site internet). Lorsqu'on plie un spaghetto — sec, bien sûr, parce que la question ne se pose pas avec les pâtes fraîches ou cuites —, il arrive un moment où l'aliment se rompt. Or, il ne se brise jamais en deux morceaux mais en trois fragments ou plus. Et cela est vrai pour tout type de tige en plastique fragile.

Equations et catapulte

Les deux chercheurs ont donc planché sur le problème, élaboré de compliqués modèles mathématiques à partir des équations de Kirchhoff (on rit moins, là) et mis au point une catapulte à tiges en plastique. Ils ont également utilisé des spaghettis de marque italienne (on espère qu'ils ont cuisiné les restes ; c'est vrai, faut pas gâcher). Au terme de leur étude, publiée en août 2006 dans la revue Physical Review Letters, les Français ont ainsi déterminé que la cassure principale se produit en haut de la courbe, où la torsion est la plus forte. Avant cette cassure, se forment des petites torsions secondaires. "Dès que le spaghetti rompt en son milieu, cela provoque des ondes qui se propagent et déclenchent des cassures secondaires, au niveau des petites torsions", explique Sébastien Neukirch.

Il serait facile d'accuser les chercheurs de s'être coupés les cheveux en quatre pour un problème apparemment futile car après tout, même en cuisine, on ne casse jamais les spaghettis, même si la casserole est trop petite. "Le processus de fragmentation est une question pertinente dans beaucoup de domaines scientifiques et technologiques", rappellent cependant Basile Audoly et Sébastien Neukirch. Et d'évoquer la torsion de la fibre de verre, des barres de Teflon, des os...

La migraine du pic-vert

C'est d'ailleurs l'objectif de ces IgNobel que de mettre en avant des travaux qui font d'abord sourire avant de faire réfléchir. Certains chercheurs n'apprécient ce type d'hommage ; d'autres n'hésitent pas à venir chercher leurs prix dans des costumes aussi loufoques que leurs travaux.

Cette année, le jury des IgNobel a honoré des travaux qui ont expliqué pourquoi les pics-verts n'avaient jamais de migraine, pourquoi le crissement d'ongles sur un tableau était insupportable, combien de photos d'un groupe il faut prendre pour être sûr que personne n'aura les yeux fermés ou encore comment mettre fin à un hoquet par un massage rectal. Le Prix IgNobel de la paix est, quant à lui, revenu à un chercheur gallois qui a mis au point une sonnerie de téléphone audible seulement des ados et pas des adultes. Sonnerie suffisamment désagréable pour les tenir à l'écart. La tranquillité est à ce prix.

IgNobel, le livre

Quelques-uns des plus célèbres travaux distingués par le jury IgNobel sont présentés dans Les prix IgNobel, un ouvrage aussi drôle qu'instructif signé Marc Abrahams (éditions Danger Public). On y découvre les avantages du costume auto-parfumant ou de l'antivol de voiture à base de lance-flammes ; on comprend mieux pourquoi les tartines retombent du côté du beurre et on se réjouit de savoir que la musique d'ascenseur protège contre le rhume. Dans le même genre, Au fond du labo à gauche (Edouard Launet, Seuil) décrit des études scientifiques tout aussi hilarantes mais pas forcément primées. Le monde de la recherche est impitoyable.

(1) dont deux Prix Nobel de physique : Richard Feynman et Pierre-Gilles de Gennes

Par Matthieu DURAND le 06 octobre 2006 à 07:00
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12 Commentaires

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  • Damdam, le 17/10/2006 à 20h22

    Oui Mr le journaliste il faut signer ces petits écrits qui sont si bien tournés... Mr Ed et Mr Marcel ne critiquez pas les fonctionnaires et le CNRS. Une france sans fonctionnaire serait une France à l'arret et un pays sans recherche est un pays sans avenir...

  • NGUYEN, le 09/10/2006 à 23h59

    Eh ben je me suis précipité sur ma boîte de spaghettis, et devinez quoi ? J'ai cassé pas moins de 10 spaghettis de suite en 2 !!!!! même pas un seul en 3 ou 4 ... alors, comment expliquez vous cela ? :)) T Nguyen ps : je vous assure, les spaghettis étaient bien secs et non cuits !!!!

  • Marcel, le 07/10/2006 à 12h53

    Et avec la sauce bolognaise ils font quoi? ?

  • Nico, le 07/10/2006 à 11h59

    Excellent article écrit avec une plume humouristique de bon goût. Ca nous a fait bien rire ;)

  • Pierre, le 06/10/2006 à 22h40

    Manifestement, certain en doute. Pourtant ce genre de recherche est tout à fait interessant et peut aboutir a des résultats pratiques et théoriques tres interessants. Certain oublient les process qui ont abouti a la création/decouvrte de la péniciline, des cristaux liquides,...

  • Lili01, le 06/10/2006 à 21h48

    Enfin! je vais pouvoir dormir avec le sourire après une si bonne nouvelle. effectivement il y a très longtemps que je planchais sur le sujet et voilà . Très heureuse pour eux. Vraiment je suis toute émue par une telle info. Merci merci....sniff,excusez moi je suis tout émotionnée. Je vais de se pas me faire quelques pâtes, oui mais des!!!!

  • Leo, le 06/10/2006 à 20h19

    Oui ça fait sourire, mais derrière tout ça la science avance... il faut voir un peu plus loin que l'histoire du spaguetti et comprendre que le travail de ces chercheurs concerne la résistance des matériaux, domaine qui intervient partout dans notre quotidien (batiments, véhicules...)

  • Marcel, le 06/10/2006 à 20h15

    Parlez nous plutot de l'amaurose congénitale de Leber qui pourrait étre guéri grace a une thérapie génique testé sur des chiens!! des chiens? je sais sur ce site on préfére ameuter la populace pour un chien mordeur je précise que ses expériences ont été mener grace a l'argent du téleton

  • Jean, le 06/10/2006 à 19h24

    Les miens se cassent bien en 2 morceaux. Eh oui je casse les spaghettis et alors ?

  • Ed, le 06/10/2006 à 18h28

    Donnez des sous à la recherche scientifique publique.... PROUT ! Au passage si il y a quelqu'un du CNRS qui me lit, j'entreprend une thêse sur la psychologie des mouvements de foule dans le sahara, ça mériterait bien un salaire de fonctionnaire un si joli sujet...

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