© sxc.huLes trois Nobel scientifiques (médecine, physique et chimie) ont tous été attribués au cours de la semaine à des chercheurs américains mais les physiciens français n'ont pas été oubliés par le jury des IgNobel (prononcer "ignoble"), les Nobels alternatifs décernés chaque année dans la prestigieuse Université américaine d'Harvard.
Basile Audoly, chargé de recherches au CNRS, et Sébastien Neukirch, chercheur à l'Université Pierre et Marie Curie, ont été honorés jeudi pour avoir résolu une énigme sur lesquels de nombreux scientifiques (1) se sont cassés les dents avant eux : la cassure du spaghetti (cliquez ici pour découvrir leur site internet). Lorsqu'on plie un spaghetto — sec, bien sûr, parce que la question ne se pose pas avec les pâtes fraîches ou cuites —, il arrive un moment où l'aliment se rompt. Or, il ne se brise jamais en deux morceaux mais en trois fragments ou plus. Et cela est vrai pour tout type de tige en plastique fragile.
Equations et catapulte
Les deux chercheurs ont donc planché sur le problème, élaboré de compliqués modèles mathématiques à partir des équations de Kirchhoff (on rit moins, là) et mis au point une catapulte à tiges en plastique. Ils ont également utilisé des spaghettis de marque italienne (on espère qu'ils ont cuisiné les restes ; c'est vrai, faut pas gâcher). Au terme de leur étude, publiée en août 2006 dans la revue Physical Review Letters, les Français ont ainsi déterminé que la cassure principale se produit en haut de la courbe, où la torsion est la plus forte. Avant cette cassure, se forment des petites torsions secondaires. "Dès que le spaghetti rompt en son milieu, cela provoque des ondes qui se propagent et déclenchent des cassures secondaires, au niveau des petites torsions", explique Sébastien Neukirch.
Il serait facile d'accuser les chercheurs de s'être coupés les cheveux en quatre pour un problème apparemment futile car après tout, même en cuisine, on ne casse jamais les spaghettis, même si la casserole est trop petite. "Le processus de fragmentation est une question pertinente dans beaucoup de domaines scientifiques et technologiques", rappellent cependant Basile Audoly et Sébastien Neukirch. Et d'évoquer la torsion de la fibre de verre, des barres de Teflon, des os...
La migraine du pic-vert
C'est d'ailleurs l'objectif de ces IgNobel que de mettre en avant des travaux qui font d'abord sourire avant de faire réfléchir. Certains chercheurs n'apprécient ce type d'hommage ; d'autres n'hésitent pas à venir chercher leurs prix dans des costumes aussi loufoques que leurs travaux.
Cette année, le jury des IgNobel a honoré des travaux qui ont expliqué pourquoi les pics-verts n'avaient jamais de migraine, pourquoi le crissement d'ongles sur un tableau était insupportable, combien de photos d'un groupe il faut prendre pour être sûr que personne n'aura les yeux fermés ou encore comment mettre fin à un hoquet par un massage rectal. Le Prix IgNobel de la paix est, quant à lui, revenu à un chercheur gallois qui a mis au point une sonnerie de téléphone audible seulement des ados et pas des adultes. Sonnerie suffisamment désagréable pour les tenir à l'écart. La tranquillité est à ce prix.
IgNobel, le livre |
Quelques-uns des plus célèbres travaux distingués par le jury IgNobel sont présentés dans Les prix IgNobel, un ouvrage aussi drôle qu'instructif signé Marc Abrahams (éditions Danger Public). On y découvre les avantages du costume auto-parfumant ou de l'antivol de voiture à base de lance-flammes ; on comprend mieux pourquoi les tartines retombent du côté du beurre et on se réjouit de savoir que la musique d'ascenseur protège contre le rhume. Dans le même genre, Au fond du labo à gauche (Edouard Launet, Seuil) décrit des études scientifiques tout aussi hilarantes mais pas forcément primées. Le monde de la recherche est impitoyable.

(1) dont deux Prix Nobel de physique : Richard Feynman et Pierre-Gilles de Gennes
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