© sxc.huLe virus de l'immunodéficience humaine (VIH) a un point faible. Une équipe de chercheurs américains l'a confirmé. Ses travaux sont publiés mercredi dans la revue Nature.
La diffusion du VIH, qui a infecté près 1% de la population adulte mondiale, et l'absence jusque là d'un vaccin efficace s'expliquent largement par la "capacité du VIH-1 à échapper à une neutralisation via des anticorps", expliquent Peter Kwong et ses collègues de l'Institut national américain contre les allergies et les maladies infectieuses (Niaid).
En mutation constante, le VIH change souvent de configuration mais il doit conserver des parties stables pour continuer à se fixer aux récepteurs CD4 des cellules du système immunitaire qu'il infecte pour s'y reproduire. Les chercheurs ont examiné à l'échelle atomique comment évolue pas à pas la configuration du site de liaison entre la glycoprotéine virale 120 (gp120) et le récepteur CD4 de la cellule-hôte. Ils ont ainsi pu visualiser comment l'anticorps b12, découvert dans le sang de personnes dont le système immunitaire semble résister longtemps au VIH, crée une liaison chimique stable avec la molécule virale gp120.
Cet anticorps se lie à la molécule virale gp120 à l'endroit même où cette dernière peut s'attacher au récepteur CD4, porte d'entrée dans les cellules immunitaires, explique le Niaid. En se fixant à la molécule virale, l'anticorps l'empêche d'entrer dans la cellule immunitaire, un peu comme un chewing-gum collé au bout d'une clé pourrait empêcher celle-ci d'entrer dans une serrure.
Une preuve
"Créer un vaccin contre le VIH est un des grands défis scientifiques de notre temps", a déclaré Elias Zerhouni, le directeur des Instituts nationaux de santé américains (NIH), estimant que les chercheurs ont "révélé un trou dans l'armure du VIH, ouvrant ainsi une nouvelle voie pour affronter ce défi".
Professeur de virologie à l'Institut Pasteur, Simon Wain-Hobson reconnaît l'intérêt de ces travaux et les qualités de Peter Kwong. Pour autant, sa découverte n'en est pas complètement une : "C'est la preuve qui va convaincre Saint-Thomas", déclare-t-il à LCI.fr. Concrètement, les scientifiques savaient déjà où se ‘collait' l'anticorps b12 ; les travaux du professeur Kwong ne font que le confirmer de manière scientifique.
Il ne faut "pas balayer ces travaux d'un revers de la main", poursuit-il. "Est-ce qu'ils vont nous aider à mieux faire un vaccin ? Peut-être que oui, peut-être que non", tempère l'expert de l'Institut Pasteur. Et de rappeler que les vaccins anti-sida avec la molécule gp120 qui ont été testés en phase 3, c'est-à-dire lors de la dernière phase avant une éventuelle autorisation de mise sur le marché, ont tous été négatifs. Les travaux du professeur Kwong, pour intéressants qu'ils sont, ne bouleversent donc pas fondamentalement la recherche sur le sida.
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