Pourquoi acceptons-nous d'être pris pour des veaux ?

Par Matthieu DURAND, le 28 janvier 2009 à 05h30 , mis à jour le 29 janvier 2009 à 07h48

Pourquoi tolérons-nous d'être pressés dans les wagons et scotchés dans les bouchons ? Chercheurs et psychologues nous aident à mieux comprendre. Comparaisons animalières et rapports de force sont analysés.

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

"On est serrés comme du bétail", "on nous prend pour des moutons", "quelle vie de chien"... Lors des grèves de transport en commun, comme celle de cette fin de semaine, les usagers obligés de se serrer sur les quais et dans les wagons en viennent à comparer leur sort avec celui des animaux d'élevage. On n'est pas des boeufs, quand même ! Et bien si... Un peu.

Ces analogies animalières sont plus proches de la réalité qu'il n'y paraît, comme l'explique à LCI.fr Alain Boissy, spécialiste des comportements sociaux des herbivores. "Toutes les espèces partagent le même bagage en termes de comportements sociaux", rappelle ce directeur de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra). Dans tout groupe, humain ou bovin, il y a des dominants et des soumis, ce qui se traduit par des comportements plus ou moins agressifs ou, au contraire, inhibés. Certains passagers n'hésiteront pas à pousser pour se trouver une place dans le compartiment bondé, voire à râler ; d'autres subiront en silence.

"Absence totale de contrôle"

Mais se comporter en animal n'est pas toujours si bête... Nous partageons avec les troupeaux à cornes le goût des relations selon les affinités. Exemple de circonstance : à force de prendre le même train, chaque jour, à la même heure, le voyageur côtoie des visages familiers. Il peut même être incité à nouer des contacts avec les habitués de "sa ligne". De là à devenir copains comme cochons, il n'y a qu'un saut ... d'espèces. 

Mais "les moments de grève cassent nos repères, souligne le chercheur, ce qui est un facteur de stress et d'inconfort, et donc de mécontentement." Surtout, "l'absence totale de contrôle" sur les événements (le train n'est pas à l'heure, il reste à quai sans que les voyageurs comprennent ce qui se passe...) nous rapproche de la situation de veaux poussés dans un camion : "Nous nous sentons pris au piège, nous ne savons pas tout ce qui va nous arriver. C'est une situation anxiogène", pointe Alain Boissy.

Le choix de dire "non" ?

"Bien sûr, nous avons une capacité d'analyse plus importante que celle des animaux, relativise le chercheur. Cette faculté d'adaptation nous permet d'anticiper les événements. La grève ayant été très médiatisée, les gens ont pris leur décision [d'aller travailler] en connaissance de cause. Ils étaient davantage préparés à ce qui les attendait, il devrait donc y avoir moins de gens mécontents de la situation."

En groupes, les hommes se conduisent donc comme des bêtes. Mais, de même que les moutons n'ont pas demandé à être entassés dans un fourgon à bestiaux, qu'est-ce qui nous poussent à accepter de telles conditions de voyage ? "Les gens supportent ce type de situation parce qu'ils n'ont pas le choix", insiste Jacques Py, psychologue social qui confie être content d'avoir quitté la région parisienne et laissé derrière lui les longues heures passées dans les transports en commun.

Révélateur d'abus de pouvoir

Et cette absence de choix a une raison économique : "Ce qui me frappe, c'est comment des employeurs peuvent demander des choses pareilles [prendre le train lors de grèves, NDLR] à leurs employés", lâche-t-il à LCI.fr. Selon lui, les relations de pouvoir au sein de l'entreprise se révèlent à l'occasion des grèves de transport : "Quand vous avez un pouvoir très fort sur les gens, il est très facile de s'en servir même si ce n'est pas rationnel d'un point de vue économique puisque les gens vont passer plus de temps dans le train ou dans les gares qu'à leur lieu de travail", note-t-il.

"Ne pas aller
travailler pourrait
être pris pour
une allégeance
aux grévistes"

Pr; Jean-Léon Beauvois

"La présence des employés lors des grèves de transport est d'ailleurs plus forte dans les petites entreprises car le regard du patron est plus saillant", abonde le professeur Jean-Léon Beauvois, psychologue social (1). Mais il nuance :  "Ce qui fonde le travail et le rapport à l'entreprise, ce n'est pas le commandement mais le contrat de travail".  Ce n'est pas la peur du patron, mais la volonté de respecter ses obligations de salarié.

"Même s'ils ne le diront pas comme cela, beaucoup de gens peuvent avoir le sentiment que ne pas venir bosser un jour de grève constitue une entorse au contrat de travail", poursuit-il. "Ne pas aller travailler pourrait être implicitement pris pour une allégeance aux grévistes, voire une sympathie", affirme le professeur à LCI.fr. D'où la colère que les employés peuvent ressentir à l'égard des cheminots en grève et des pouvoirs publics, surtout lorsque le service minimum n'est pas assuré.

(1) Dernier ouvrage paru : Les Illusions libérales, individualisme et pouvoir social, aux Presses universitaires de Grenoble. 

article mis en ligne pour la première fois en octobre 2007

Par Matthieu DURAND le 28 janvier 2009 à 05:30
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68 Commentaires

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  • Blablabla, le 30/01/2009 à 00h01

    En France on veut du social,des bonnes payes,des loisirs...mais personne doit payer ...

  • Poe, le 29/01/2009 à 20h11

    Johan, les trente cinq heures sont un gouffre financier. Mais que dites vous de 10% de la population qui ne travaillent pas. je vous entends pas beaucoup sur le train de vie que s'offrent nos élues. Je ne vous entends pas beaucoup sur le fait que nous allons sortir de la tolérance de l'euro parce que des PDG de banque ont retiré des millions d'euro en actions avant d'annoncer que leurs banques étaient en faillite. Je ne vous entend pas vociférer quand on voit certains Patrons dans le MEDEF s'octroyer toujours des bonus et licencier à coup de milliers de personnel. Je vous entends dire pour nous allons devoir payer pour que ces monsieurs continuent à gaver alors que nous sommes nous travailleurs de plus en plus pauvre. Des patrons il en faut mais n'oubliez pas qu'il faut aussi des travailleurs car sans travailleurs, Plus de budget pour la sécu, plus de budget pour envoyer vos enfants à école, plus de budget pour équiper notre armée, alors un grand conseil fermer votre grande gueule et ne venez un bon nombre de Français qui contribuent à faire notre pays; Car sans eux peut on ne vous aurez jamais accordé une chance de démarrer un société.

  • Poutifar, le 29/01/2009 à 16h25

    Le général De Gaule disait bien que les Français étaient des veaux déja il y a fort longtemps et rien n'a changé depuis. Il faut faire attention, le jour ou la coupe va déborder et si les veaux que nous sommes reagissent alors le gouvernement pourra faire ses valises.............

  • Julien, le 29/01/2009 à 15h26

    Quel pays difficile à gérer. Bravo aux présidents qui ont osé l'aventure, peu importe leur penchant politique, bravo aux chefs d'entreprises, petites ou grandes, qui font abstraction de ce comportement si Francais et qui chaque fin du mois doivent payer des salaires et bravo aux employés qui continuent de s'arracher et de créer du Business. C'est vraiment un pays a deux vitesses dans lequel certains refusent de tourner la page des 30 glorieuses, des acquis sociaux et ou d'autres ont compris qu'en 2009, nous sommes entrés dans la mondialisation depuis des années, qu'il faut plus se bouger qu'avant, qu'il faut être à l'affût de chaque opportunités, qu'il faut continuer à avancer... Les autres seront à nouveau les premiers à débouler dans les rues quand on leur dira que les entreprises ou l'Etat doivent faire des économies, faute de dynamisme économique! Il est temps que les vieilles mentalités s'effacent, rangez vos longues écharpes et vos pencartes et comme disait Kennedy, arrêter de vous demander ce que votre pays peut faire pour vous, demandez vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays... je rejouterai votre famille et vous même! Pour info, mon père est gérant d'une petite PME, ma mère fonctionnaire. Je pense parler en connaissance de causes.

  • RORO, le 29/01/2009 à 14h37

    Je soutiens ce mouvement populaire malgré le désagrément qu'il cause.Tous les salariés du privé devraient s'y joindre pour exprimer leur ras-le-bol d'être les seuls sacrifés et seuls la variable d'ajustement économiques à supprimer et la France d'en haut intouchable et les grands patrons spéculateurs du CAC 40. Maintenant nous vivons 3 crises : économique,sociale et politique. C'est une grande régression depuis les années 70 et maintenant il faut que celà cesse immédiatement. Le président devrait déssoudre le parlement et changer de gouvernement car les enjeux sont bien plus grands que seul l'UMP ....

  • Fred, le 29/01/2009 à 14h36

    Parce qu'on est des veaux...

  • Benoit, le 29/01/2009 à 14h15

    Les veaux sont le betail. Il faut etre un loup pour suvivre parmi les loups.

  • Steph, le 29/01/2009 à 14h06

    A-t-on vraiment besoin d'un chercheur ou d'un psychologue pour nous expliquer ça ? Vraiment ? C'est du grand n'importe quoi . Rien d'autre à faire à LCI ???

  • Jules, le 29/01/2009 à 13h20

    Pourquoi ? Parce que vous êtes des veaux. 50 millions sous de Gaulle, un peu plus de 60 millions aujourd'hui. Essayez de devenir adultes. Vous deviendrez peut-être des taureaux ou pour le moins des b?ufs

  • Soizou, le 29/01/2009 à 12h54

    Très fin cet article et sans trouver aucun intérêt au terme "tête de veau" aux sens propre ou figuré, je ne peux qu'apprécier l'évolution sur 40 ans. Gros mangeurs, la campagne jalousait et détestait Paris. Aujourd'hui, deux générations de leurs descendants s'entassent et bientôt ramperont dans les tunnels du métro, c'est le progrès. Franchement, cela fait sourire, chacun son "petit paquet" ... Oui, on partage en cela le même bagage. En relativisant, c'est toujours bien le même pays de profiteurs et d'incapables, avec toujours le même poil dans la main puisqu'en 30 ans, on n'a toujours pas réussi à juguler nos petites rivières qui ne risquent pas de produire un jour des pépites.

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