Le Français Jacques Tits (droite) et l'Américain John Griggs Thompson, lauréats du Prix Abel 2008, le "Nobel" des mathématiques. © Jean-Francois Dars/CNRS Images (Tits)-University of FloridaProfesseur au Collège de France, le mathématicien Jean-Christophe Yoccoz rend hommage à son ancien collègue, aujourd'hui à la retraite, le professeur Jacques Tits. L'Académie norvégienne des Sciences lui a attribué, ainsi qu'à l'Américain John Griggs Thompson, le Prix Abel 2008, considéré comme le Prix Nobel de mathématiques. Le jury norvégien récompense "leurs découvertes fondamentales en algèbre et en particulier dans la formation de la théorie moderne des groupes".
LCI.fr : Qu'est-ce que la théorie des groupes ?
Jean-Christophe Yoccoz : Les groupes, c'est capturer la symétrie d'une figure. Par exemple, on peut faire une symétrie par rapport à une diagonale qui traverse un carré. Le groupe en question, c'est l'objet qui rassemble toutes les symétries en question. Bien sûr, il y a des symétries beaucoup plus sophistiquées que celles du carré.
LCI.fr : Quel est l'apport de Jacques Tits à cette théorie ?
J.-Y. Y. : La théorie des groupes, c'est d'une certaine façon l'algèbre, c'est-à-dire tout ce qui sort des quatre opérations : addition, multiplication, soustraction et division. A priori, c'est différent de la géométrie. Et bien, Jacques Tits a construit des objets géométriques, appelés immeubles - les mathématiciens recyclent le langage courant plutôt que d'inventer des mots. Et ces immeubles sont directement reliés aux groupes.
LCI.fr : Le Prix Abel est présenté comme le Nobel des mathématiques mais n'est-ce pas ce qu'on disait de la médaille Fields ?
J.-Y. Y. : La médaille Fields est un prix prestigieux mais qui est réservé aux moins de 40 ans. Le Prix Abel, qui a été créé en 2002, ne comporte pas de telle restriction. En ce sens, il est plus proche du Prix Nobel. A noter que c'est le deuxième Prix Abel pour la France puisque Jean-Pierre Serre, également du Collège de France, en avait été le tout premier récipiendiaire en 2002. Et il y a eu 9 ou 10 médailles Fields "françaises" sur la cinquantaine attribuée.
LCI.fr : Comment expliquer l'excellence française en mathématiques ?
J.-Y. Y. : Il y a une tradition très ancienne des mathématiques en France. Il y a une école française... Par ailleurs, le système scolaire assure une formation de bon niveau et une bonne détection des talents.
LCI.fr : Qu'est-ce qui fait un bon mathématicien ?
J.-Y. Y. : De même qu'on ne peut pas être musicien sans aimer la musique, pour faire des maths, il faut aimer ça. Personnellement, j'éprouve un plaisir esthétique à faire des maths.
LCI.fr : Les qualités et les défauts du mathématicien ?
J.-Y. Y. : (rires) Je vois où vous voulez en venir. Le mathématicien a tendance à se retrancher un peu de la réalité. Mais, vous savez, pour le mathématicien, les maths, c'est un univers qui a une réalité toute aussi forte que la réalité physique. Quant aux qualités, je dirais : l'imagination, le pouvoir de concentration.
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