© sxc.huDécidément, l'égalité des sexes est loin d'être acquise. Nouvelle illustration avec une étude américaine publiée dans la revue Psychological Science : Victoria Briscoll (Yale University) et Eric Luis Uhlmann (Northwestern University) ont cherché à savoir comment était perçue la colère au bureau. Elle est jugée positivement lorsqu'elle éclate chez un homme ; en revanche, l'irritation d'une femme n'est pas bien vue.
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont fait regarder à un public d'hommes et de femmes des vidéos de faux entretiens d'embauche. Dans chaque vidéo, un candidat ou une candidate réagissait à la perte d'un contrat important négocié avec un collègue soit en devenant triste, soit en se mettant en colère. Les participants devaient ensuite attribuer un salaire au (à la) candidat(e), évaluer ses compétences et déterminer la cause de son émotion. Exemple pour la colère : "la personne s'est fâchée du fait de sa personnalité" ou "sa colère a été provoquée par le comportement de son collègue", etc.
Résultats : "un homme en colère reçoit un statut plus élevé, un salaire plus élevé et des compétences plus élevées qu'un homme triste" ou qu'une femme en colère. En revanche, sur ces trois plans (statut, salaire, compétences), une femme en colère est moins bien considérée qu'une femme triste.
"Identifier des stratégies"
Les chercheurs ont répété l'expérience mais en comparant cette fois-ci, la colère avec, plutôt que la tristesse, l'absence d'émotions. Les résultats ont été similaires à ceux de la première expérience. Avec une nouvelle dimension : les hommes colériques se font d'autant mieux pardonner par le public qu'ils occupent un poste hiérarchique important alors que les femmes en colère se font d'autant plus sanctionner qu'elles sont haut placées. En clair, une dirigeante n'est pas considérée comme compétente si elle ne maîtrise pas ses nerfs.
Par ailleurs, les participants tendent à mettre l'ire des femmes sur le compte de leur personnalité plutôt que sur le compte d'un facteur extérieur (erreur d'un collègue, etc). D'une manière générale, pour un homme, exprimer sa colère peut contribuer élever son statut ; pour une femme, c'est tout le contraire, pointent les chercheurs. Et de noter le dilemme qui se pose aux femmes qui travaillent : d'un côté, "la colère peut servir comme un outil professionnel puissant" pour obliger les collaborateurs à remplir leurs missions ou pour sanctionner leur incompétence ; de l'autre côté, pour accéder et se maintenir à un statut social élevé, les femmes peuvent devoir se comporter sans afficher d'émotions afin d'être perçues comme rationnelles.
Selon l'étude, les femmes qui veulent progresser au sein d'une entreprise doivent donc "identifier des stratégies" qui leur permettent d'exprimer leur colère sans qu'elles en soient sanctionnées. Les scientifiques conseillent notamment aux femmes d'apporter à chaque fois une explication "externe" à leur colère. Prouver qu'elles ont été poussées à la colère par la situation et non du fait de leur nature.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




