Un campement de chasseurs-cueilleurs du Mésolithique (de 9000 à 5000 ans avant J-C) a été découvert en juin 2008 par l'Inrap à Paris. © Denis Gliksman/InrapLa terre ne va pas livrer ses secrets ce jeudi. L'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) est en grève. Les agents du siège, situés à Paris, dénoncent leur probable déménagement prochain à Metz. Une conséquence de la refonte de la carte militaire : pour combler le "vide" laissé par le départ de régiments dans plusieurs villes de province, le gouvernement a décidé de délocaliser certains sièges d'organismes publics en régions.
Une pétition, signée par 124 des 130 agents du siège, devait être remise jeudi matin aux ministres de la Culture et de la Recherche, dont dépend l'organisme. Contacté en milieu de matinée, le ministère de la Culture n'avait pas répondu à nos questions à la mi-journée. "Nous déplorons de ne pas avoir été consultés, explique à LCI.fr Anne Augereau, directrice scientifique et technique adjointe de l'Institut. Ce déménagement, prévu d'ici deux à trois ans, pose des problèmes sociaux : 90% des agents ont décidé de ne pas aller en Lorraine pour des raisons personnelles ou familiales".
Projet "dangeureux"
Ce n'est pas tant la ville de Metz qui rebute le personnel. Les agents réunis dans le collectif Sauvons l'Inrap ! estiment le projet de délocalisation "dangereux pour la survie de l'établissement". "L'Institut est très jeune - six ans d'existence ; il est encore en construction", pointe Anne Augereau, spécialiste du Néolithique. Le rôle du siège est central dans l'organisation des chantiers de fouilles sur l'ensemble du territoire, souligne-t-elle.
En délocalisant 130 personnes et en bouleversant l'organisation des services (certains agents refusant de partir, il faudra les remplacer), c'est le travail de 2.000 archéologues en régions qui en pâtira, assure la directrice adjointe. L'impact sera scientifique mais aussi économique puisque seront affectés de nombreux chantiers de construction, sur lesquels interviennent les équipes d'archéologie préventive.
Mise au pas ?
Les relations entre les archéologues, les pouvoirs publics et les aménageurs n'ont jamais été simples, les premiers étant parfois associés à des "empêcheurs de construire en rond. De là à penser que cette délocalisation est également l'occasion de mettre au pas l'organisme, il n'y a qu'un pas que seraient prêts à franchir les membres de Sauvons l'Inrap ! "On se pose la question", admet Anne Augereau. "Le choc est d'autant plus rude que notre cause semblait entendue, ajoute un membre du collectif. Les aménageurs commençaient à intégrer le risque archéologique dans leur plan de financement."
Dans l'attente d'éclaircissement des ministres de tutelle, les agents de l'Inrap, au siège comme en région, se mobilisent. Une pétition a été mise en ligne. Le colloque international organisé par l'Inrap à la Cité des sciences, sur le thème de "la révolution néolithique dans le monde" (2-4 octobre), pourrait aussi servir de caisse de résonnance à la colère des archéologues.
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