Enseignants-chercheurs : les raisons de la colère

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 03 février 2009 à 16h39 , mis à jour le 03 février 2009 à 16h43

Interview - Jean Fabbri, secrétaire général du Snesup, explique pourquoi la réforme du statut d'enseignant-chercheur suscite une levée de boucliers dans les facs. Les syndicats dénoncent notamment la mise en oeuvre d'une "logique managériale".

amphi amphithéâtre étudiants fac universitéImage d'archives © TF1-LCI

LCI.fr : Aujourd'hui, quelles sont les conditions de travail d'un enseignant-chercheur ?

Jean Fabbri, secrétaire général du Snesup, maître de conférences en mathématiques à l'Université de Tours : C'est un métier extrêmement difficile que l'on fait par passion. L'enseignant-chercheur est recruté sur concours - un concours très sélectif - après de nombreuses années d'études. Statutairement, il doit remplir une triple mission : être un chercheur actif pendant 50% de son temps ; être un enseignant attentif pendant 192 heures par an et enfin, participer à l'ensemble des tâches collectives de l'Université, c'est-à-dire accompagner les étudiants qui font des stages, se charger de l'encadrement des mastères, etc. Autant de tâches qui sont extrêmement chronophages.

LCI.fr : Que reprochez-vous à l'évolution du statut d'enseignant-chercheur que pousse le gouvernement ?

J. F. : De porter atteinte à un aspect essentiel de notre activité, à savoir de définir la priorité de nos tâches scientifiques et pédagogiques. C'est de notre liberté scientifique dont il est question. Avec cette réforme, l'arbitrage sur les recrutements, la charge de travail, les thématiques de recherche reviendra aux présidents d'université alors qu'auparavant, cet arbitrage était décidé dans le cadre des 54 sections du Conseil national des universités. Ces sections organisées par discipline sont composées d'enseignants-chercheurs élus aux deux-tiers et nommés par le ministère pour le reste.
Là, on bascule dans une logique managériale où le président de l'université aura tout pouvoir. Il sera le seul à décider ce qu'est une bonne thématique de recherche. Et cela s'inscrit dans une logique de non remplacement des départs à la retraite. D'où une plus grosse charge de travail pour les enseignants-chercheurs en place.

LCI.fr : Quelles sont les revendications des enseignants-chercheurs ?

J. F. : Nous demandons au gouvernement de revenir sur la suppression des 1030 emplois inscrits au budget 2009 et nous demandons également que soient créés dès 2009 4000 emplois : 1000 postes d'enseignants, 1000 de personnels administratifs, 1000 de chercheurs et 1000 d'ingénieurs et techniciens.

LCI.fr : Où en le dialogue avec Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche ?

J. F. : La ministre n'a jamais voulu construire [la réforme, NDLR] avec les syndicats. Ce qui compte pour elle, ce sont les médias et qu'elle soit la meilleure élève du gouvernement. C'est pour cela que beaucoup d'universitaires sont actuellement en grève administrative, en grève des cours aussi. Deux journées de manifestations sont également prévues : le jeudi 5 février en régions et le mardi 10 à Paris.

LCI.fr : Par rapport à la mobilisation des chercheurs en 2004, comment situez-vous ce mouvement ?

J. F. : Il est beaucoup plus puissant qu'en 2004 et la principale différence est que le mouvement de 2004 est parti des labos tandis que celui de 2009 est parti des universités. Sinon, les revendications sont les mêmes. 

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 03 février 2009 à 16:39
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36 Commentaires

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  • Verklarte, le 10/02/2009 à 09h06

    Aujourd'hui 10 février un étudiant s'exprime au journal de France Culture : nous sommes solidaires des enseignants, parce que nous, en sciences humaines, » nous serons à 80 % enseignants chercheurs ». Tout est dit : tant que l'on confondra les sciences humaines et les autres sciences, tant que l'on confondra la recherche en sciences humaines et la recherche en sciences dures, il ne sera pas possible de progresser. C'est sans doute la grande erreur de la loi LRU : avoir mis dans le même bateau des universités scientifiques et des universités des sciences humaines. Les universités de sciences humaines ne sont pas réformables, car leur débouché principal est l'enseignement ou le chômage, tant qu'elles n'instaureront pas une sélection à l'entrée. Il y avait en 2007 environ 450 000 étudiants en sciences humaines. Si 80 % d'entre eux deviennent enseignants chercheurs, cela représente, pour les effectifs de 2007, environ 340 000 enseignants chercheurs de plus- soit environ le tiers des effectifs de l'éducation nationale. Assez surréaliste évidemment, mais ce qui est grave, c'est qu'un étudiant interrogé par un journaliste ose faire cette réponse, et que le journaliste ne réagisse pas. Un exemple parmi mille de thèse d'histoire : » Réguliers et vie régionale dans les diocèses d?Auxerre, Langres et Dijon, fin XIVe-fin XVIIIe siècle ». On voit bien l'urgence de ce type de recherche, lorsque le monde est en crise, que nous sommes 6 ,5 milliards de bouches à nourrir, loger, éduquer? Et en plus, c'est la collectivité qui doit payer ces recherches. Je comprends bien que ce soit passionnant, mais ce n'est pas urgent, et je ne vois pas pourquoi mes impôts, dans la situation actuelle, serviraient à payer ce genre de recherche. Si je dois faire du mécénat, je veux choisir moi-même le sujet, et financer des recherches sur la culture du riz, des énergies nouvelles, les thérapeutiques du cancer.

  • NOAM, le 07/02/2009 à 13h32

    Si les enseignants chercheurs étaient performants, ca se saurait. Ma conjointe est enseignante et chercheuse. Elle est contente de son poste, et ne se tue pas trop à la tache. La corvée, c'est d'aller faire des cours dans les amphi pour avoir le nombre d'heures. Ca lui laisse pas mal de temps libre, et elle peut travailler à la maison en s'organisant comme elle veut. Tranquille quoi. Elle ne fait pas grève, parce qu'elle s'estime vernie par rapport à d'autres (collègues enseignants en banlieues difficiles notamment). Nous partirons peut-etre à l'étranger après. Voila la vérité.

  • Clairevoyance, le 05/02/2009 à 15h15

    Ce qui est attristant c'est que les detracteurs du mouvement universitaire... sont majoritairement composes sur ce forum d'ignorants, d'aigris refoules du systeme universitaire, et (helas) d'imbeciles.... La reforme du statut d'enseignant-chercheur doit etre posee et discutee... mais ca n'est pas sur ce forum que le debat va avancer.. Un chercheur expatrie.

  • ESTAC, le 05/02/2009 à 13h27

    Chercheurs ? De quoi? Un enseignant en droit, en AES cherche quoi ? Une réponse s'impose. Les enseignants en droits sont pour la plupart des avocats qui dispensent leurs cours en dehors de leur vacations au palais de justice ou dans leur cabinet. Bien des fois les cours sont annulés ou reportés faute de présence de "l'enseignant-chercheur". Ce que j'en déduis à l'heure d'aujourd'hui c'est que bon nombre d'entre eux ne souhaitent pas voir remis en cause les privilèges que leur confère leur statut. De plus, ils "cherchent" avant tout à recréer un mai 68 en appelant à la rescousse de leur mouvement les étudiants et les lycéens qui , petits cerveaux vont se faire manipuler gentiment par des adultes qui en ont rien à faire de ce que sera leur avenir. Vive la France et son cortège de manipulateurs. J'espère, comme trop souvent ne pas subir la censure et être lu.

  • Fonctionnaire, le 05/02/2009 à 13h12

    Je travaille quotidiennement avec les enseignants-chercheurs, croyez-moi ce sont, dans dans la majorité des cas des personnes dévouées à leurs tâches de Recherche et d'Enseignemens. Il n'y a pas de mauvais chercheurs, il y a simplement un réel manque de moyen dans les universités, nos enseignants-chercheurs sont trop souvent submergés par le travail administratif. On leur demande de réformer, en l'occurrence les concours d'enseignement" en un minimum de temps avec en plus les évaluations de leurs recherches en même temps. Ils sont loin des 35 heures, la plupart sont en heures supplémentaires pour les enseignements, qui ne leur sont pas payée: et OUI. Dans le privé accepteriez-vous des heures supplémentaires non payées! Il faut arrêter de se diviser, c'est l'avenir de nos enfants qui est fortement compromis. Je suis très inquiète pour l'avenir, et socialement déprimée. une fonctionnaire (fière de servir la République), une citoyenne inquiète pour l'avenir de cette République et aussi une maman très pessimistes pour l'avenir des mes enfants.

  • Polanski, le 05/02/2009 à 10h47

    Chez ces chercheurs (ont-ils trouvés ce qu'ils cherchent ?) -c'est toukours plus - pour une fois qu'on met les pieds dans le plat de leur travail ! il faut que les universités soient indépendantes, comme aux U.S.A - que ces enseignants fassent un minimum de travail avec les étudiants et le reste en recherche (pas d'emploi, ils ne risquent rien !) et assez que l'on culpabilise pour ces personnes dont les études longues ont été rémunérées par les contribuables ! on est en droit d'attendre un retour sur investissement et il est logique que cela fonctionne comme une entreprise, l'université ayant a trouver des "SPONSORS" et on verra les meilleurs universités, comme cela se fait à l'étranger - les éffectifs sont pléthoriques, messieurs, il faut bosser pour votre "GRAS SALAIRE " !

  • Un chercheur, le 04/02/2009 à 16h51

    Sur le fait de faire grêve : "De toutes manières, si ils sont dans la rue, c'est bien qu'on touchen à leur privilèges et qu'on veut les surveiller" dit Rallyewomen. J'aime les jugements des gens et leur paranoïa. une logique implacable ! En gros : tais-toi et continue de travailler... "euh, mais Arcelor Mittal avait dit que..." "Tais-toi on te dit ! si tu te plains, c'est que t'es en feignant!" "Et au fait J'ai plus de pouvoi d'achat, pourtant Sarkozy a dit que..." Mais tu vas te taire, oui !.. Bon aller, on fait plus grève, on s'écrase et à chaque parole ou loi du gouvernement on se tait, on courbe l'échine et on prend un coup de bâton. Car souvenez-vous : si vous faîtes grève, c'est forcément que vous avez tord"...

  • Mireille, le 04/02/2009 à 16h37

    Question : dans quelle entreprise privé donne-t-on aux salariés la liberté de choisir sur quel projet et de quelle manière ils vont bosser;;;; Alors encore une fois revoici l'éternelle rengaine de la scission lamentable de la société française entre public privé, ceci encore et toujours accompagné par les partis et syndicats de gauche qui refusent l'évolution de notre société; les "chercheurs" doivent accompagner et servir l'université, les étudiants, la Société en général et non pas rester bloqués sur leurs acquis; En outre, la quantité est rarement synonyme de quantité et ce n'est pas parce qu'on créera 1000 postes supplémentaires que les recherches aboutiront 1000 fois plus, alors MM. les chercheurs : au boulot et faites en sorte que nos universités ne soient plus à la traîne des universités des autres pays

  • Rallyewomen, le 04/02/2009 à 15h59

    C'est normal qu'ils mettent le nez dans le système. De toutes manières, si ils sont dans la rue, c'est bien qu'on touchen à leur privilèges et qu'on veut les surveiller. Les prépa de cours me font rire, je suis entourés de prof d'université qui me confirment que les programmes et les cours ne changent pas toutes les années. Pareil pour les corrections. A la fac, y a pas une interro pour 200 par semaine. Et combien de cours en 200 étudiants.

  • Un étudiant, le 04/02/2009 à 14h42

    Les enseigants-chercheurs se cachent derrière le mot chercheur pour ne pas faire cours ! Combien de cours annulés à cause d'une recherche (soi disant) ? 20% des enseignants-chercheurs seulement ont une activité de recherche (80% en sciences). Que font les autres ? Ils n'aident pas les élèves en tout cas :allez demander un rdv avec un enseignant-chercheur, vous pouvez toujours attendre, il y a un enseigant référent par année, peu de profs se sont dévoués et ceux qui y sont ne font même pas le servivce minimum ! (et pourtant ils touchent les primes d'aide aux élèves et de recherche). Des chercheurs qui cherchent et des enseignants qui enseignent et aident les étudiants: voilà ce qu'il faut faire ! Pour la réforme du concours d'enseigants, je la trouve très bonne. Je n'aime pas trop Madame Pécresse, mais pour une fois, je suis d'accord avec elle !

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