Image d'archives © TF1-LCILCI.fr : Aujourd'hui, quelles sont les conditions de travail d'un enseignant-chercheur ?
Jean Fabbri, secrétaire général du Snesup, maître de conférences en mathématiques à l'Université de Tours : C'est un métier extrêmement difficile que l'on fait par passion. L'enseignant-chercheur est recruté sur concours - un concours très sélectif - après de nombreuses années d'études. Statutairement, il doit remplir une triple mission : être un chercheur actif pendant 50% de son temps ; être un enseignant attentif pendant 192 heures par an et enfin, participer à l'ensemble des tâches collectives de l'Université, c'est-à-dire accompagner les étudiants qui font des stages, se charger de l'encadrement des mastères, etc. Autant de tâches qui sont extrêmement chronophages.
LCI.fr : Que reprochez-vous à l'évolution du statut d'enseignant-chercheur que pousse le gouvernement ?
J. F. : De porter atteinte à un aspect essentiel de notre activité, à savoir de définir la priorité de nos tâches scientifiques et pédagogiques. C'est de notre liberté scientifique dont il est question. Avec cette réforme, l'arbitrage sur les recrutements, la charge de travail, les thématiques de recherche reviendra aux présidents d'université alors qu'auparavant, cet arbitrage était décidé dans le cadre des 54 sections du Conseil national des universités. Ces sections organisées par discipline sont composées d'enseignants-chercheurs élus aux deux-tiers et nommés par le ministère pour le reste.
Là, on bascule dans une logique managériale où le président de l'université aura tout pouvoir. Il sera le seul à décider ce qu'est une bonne thématique de recherche. Et cela s'inscrit dans une logique de non remplacement des départs à la retraite. D'où une plus grosse charge de travail pour les enseignants-chercheurs en place.
LCI.fr : Quelles sont les revendications des enseignants-chercheurs ?
J. F. : Nous demandons au gouvernement de revenir sur la suppression des 1030 emplois inscrits au budget 2009 et nous demandons également que soient créés dès 2009 4000 emplois : 1000 postes d'enseignants, 1000 de personnels administratifs, 1000 de chercheurs et 1000 d'ingénieurs et techniciens.
LCI.fr : Où en le dialogue avec Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche ?
J. F. : La ministre n'a jamais voulu construire [la réforme, NDLR] avec les syndicats. Ce qui compte pour elle, ce sont les médias et qu'elle soit la meilleure élève du gouvernement. C'est pour cela que beaucoup d'universitaires sont actuellement en grève administrative, en grève des cours aussi. Deux journées de manifestations sont également prévues : le jeudi 5 février en régions et le mardi 10 à Paris.
LCI.fr : Par rapport à la mobilisation des chercheurs en 2004, comment situez-vous ce mouvement ?
J. F. : Il est beaucoup plus puissant qu'en 2004 et la principale différence est que le mouvement de 2004 est parti des labos tandis que celui de 2009 est parti des universités. Sinon, les revendications sont les mêmes.
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