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| Pouvait-éviter le séisme, il répond "oui" |
Imaginez un scientifique français annoncer qu'un tremblement de terre va se produire sur la Côte d'Azur, zone sismique française, dans les semaines à venir. Quelle serait la réponse des autorités, notamment des maires concernés et de la Protection civile ? Et que se passerait-il ensuite si, après la mise en examen du scientifique pour "diffusion d'informations alarmistes", un séisme se produisait quelques jours plus tard dans la région ? Toute proportion gardée, c'est la situation que vit aujourd'hui l'Italie.
Gioacchino Giuliani, un technicien collaborant avec la délégation régionale de l'Institut national de physique nucléaire des Abruzzes, a en effet alerté il y a quelques semaines les autorités civiles des risques de séisme qui menaçaient, selon lui, le secteur. Après avoir mené des recherches à titre personnel, il avait notamment noté la présence de fortes concentrations de radon (gaz rare radioactif d'origine naturelle, lire l'encadré ci-dessous) près des zones sismiques connues. Pour lui, c'était le signe qu'un violent tremblement de terre était en préparation autour de L'Aquila.
"Imbécile"
Dans la foulée, des camionnettes équipées de haut-parleurs avaient sillonné L'Aquila, en demandant aux résidents d'évacuer leur logement. Cette initiative avait provoqué la colère du maire de la ville et une plainte avait été déposée auprès de la police pour "diffusion d'informations alarmistes". Gioacchino Giuliani avait ensuite été contraint de retirer de son site internet les résultats de ses recherches.
La semaine dernière, Gioacchino Giuliani avait été plus loin en affirmant qu'un puissant séisme aurait lieu quelques heures plus tard à Sulmona, une ville de la région des Abruzzes, touchée lundi. Cette annonce, qui avait provoqué un mouvement de panique, lui avait valu d'être qualifié d'"imbécile" par le chef de la Protection civile italienne, Guido Bertolaso.
"Excuses"
Afin de rassurer la population alors que des secousses sismiques mineures étaient ressenties de temps à autre depuis janvier, la Protection civile avait organisé le 31 mars à L'Aquila une réunion de la commission des risques majeurs, groupe de scientifiques spécialisés dans les catastrophes naturelles. "Les secousses ressenties par la population font partie d'une séquence type (...) (ce qui est) absolument normal dans une zone sismique comme celle autour de L'Aquila", expliquait-elle dans un communiqué à la veille de la réunion. "Il est utile de rappeler qu'il n'est en aucune manière possible de prévoir un tremblement de terre", poursuivait le texte, ajoutant qu'il n'y avait aucune raison de s'alarmer et que le secteur était l'objet d'un "contrôle et d'une attention constants".
Aujourd'hui, Gioacchino Giuliani critique vivement ses détracteurs. "Il y a maintenant des gens qui devraient me faire des excuses et auront sur la conscience ce qui s'est passé", a-t-il lancé lundi soir. Réplique cinglante de Enzo Boschi, patron de l'Institut national de géophysique : "Chaque fois qu'il se produit un séisme, il y a des gens qui affirment l'avoir prévu. Pour autant que je sache, personne ne peut prédire un tremblement de terre avec précision. Il n'est pas possible de prévoir des tremblements de terre", lance-t-il.
Berlusconi élude la question
Selon Enzo Boschi, le véritable problème de l'Italie est de ne pas avoir su prendre les mesures appropriées bien que le pays ait une longue histoire de catastrophes majeures. "Des séismes se produisent et puis on oublie et on ne fait rien. Ce n'est pas dans notre culture de prendre des précautionset d'imposer les constructions appropriées dans les régions où peuvent se produire de forts tremblements de terre", indique-t-il.
Interrogé sur la question, le Premier ministre, Silvio Berlusconi, est apparu sur la défensive lors d'une conférence de presse. Le chef du gouvernement a dit qu'il convenait de se concentrer sur les opérations de secours et qu'il serait ensuite "temps de discuter de la manière de prévoir les séismes."
Prédire les séismes via les radons |
Les radons sont des gaz contenus dans les roches en profondeur et qui sont expulsés en surface, notamment à la suite de phénomènes tels que des séismes, par exemple. Mesurer le niveau de radons pour détecter les séismes n'est pas une nouveauté : cette méthode fait l'objet de recherche depuis 30 à 40 ans, a indiqué une source scientifique à LCI.fr. Selon elle, "la méthode est fiable et valable" mais elle ne permet pas de prédire l'imminence d'une secousse, comme l'affirme le chercheur italien. |
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