Vue d'artiste montrant un objet céleste entrant en collision avec la Terre. © Don Davis/NasaEn 2036, l'astéroïde Apophis pourrait entrer en collision avec la Terre. Selon les derniers calculs des astronomes, le risque est de l'ordre d'un sur 45.000. La menace est suffisamment importante pour mobiliser depuis plusieurs années la communauté scientifique. Nouvelle initiative d'envergure : sous l'égide de l'Agence spatiale européenne (Esa), l'Académie internationale d'Astronautiques (IAA) organise sa première "conférence de défense planétaire" de lundi à jeudi à Grenade, en Espagne.
L'astéroïde Apophis va-t-il s'écraser sur Terre en 2036 ?
<b>Exclusif -</b> Cet objet céleste de 300 m de diamètre pourrait-il entrer en collision avec notre planète en 2036 ? Réponse de l'astrophysicien Patrick Michel.
Publié le 30/04/2009
Des experts du monde entier se réuniront pendant quatre jours pour faire le point sur les géocroiseurs, ces objets célestes dont la trajectoire croise celle de la Terre. Au programme des ateliers de travail : faire le point sur la détection et le suivi des astéroïdes et comètes potentiellement dangereux ; mieux connaître leurs propriétés physiques ; proposer des méthodes de déflection permettant de modifier la trajectoire de ces objets ; étudier les conséquences d'un impact sur la Terre ; aborder les aspects politiques et légaux d'une stratégie de défense face à un tel risque.
Chaîne d'actions
"L'objectif est d'obtenir un consensus afin de définir une chaîne d'actions à mettre en place en cas de menace, explique à LCI.fr Patrick Michel, astrophysicien CNRS à l'Observatoire de la Côte d'Azur (Oca), qui participe à la conférence. Si un astéroïde risque d'entrer en collision avec la Terre, qu'est-ce qu'on fait ? Qui prévient-on ? Qui prend la décision d'intervenir ? Comment évacue-t-on la population ? Et que fait-on après la collision ?"
Les réponses existent mais elles prêtent encore à débats entre les spécialistes. L'un des enjeux de la conférence de Grenade, c'est que la communauté scientifique se mette d'accord sur les missions spatiales de déflection à "tester" avant 2036. S'il faut dévier la trajectoire d'Apophis, plusieurs solutions ont été étudiées "sur le papier", comme lancer un projectile sur l'astéroïde pour que le choc dévie sa course - un déplacement de quelques centimètres peut faire à terme, dévier l'objet d'une dizaine de milliers de kilomètres.
La déviation est également possible en utilisant un "tracteur gravitationnel", c'est-à-dire en plaçant un satellite à côté de l'astéroïde pour que la masse du premier attire le second et le fasse dévier de sa trajectoire. Autre possibilité : installer une voile solaire sur l'astéroïde afin de le faire changer de direction. Problème : aucune de ces méthodes n'ont été employées et les connaissances sur la structure interne des géocroiseurs restent parcellaires. Or une orange ne réagira pas comme une boule de pétanque à un même choc. D'où l'intérêt d'effectuer des missions tests, y compris sur Apophis, qui approchera la Terre en 2013 puis 2029 avant de la "frôler" - ou de la heurter - en 2036.
Convaincre et agir
En cette période de crise économique, les agences spatiales sont-elles prêtes à lancer plusieurs missions spatiales sur ce même thème ? "Le budget de telles missions représente des centaines de millions d'euros, répond Patrick Michel. c'est une affaire de volonté politique et de motivations des pays contributeurs pour donner aux agences spatiales les budgets nécessaires dans cet objectif. Mais en pratique pour l'instant, il n'y a aucune ligne budgétaire dans les agences spatiales allouée à ce type de mission."
"Etudier les risques, pour beaucoup de scientifiques, ce n'est pas faire de la science", déplore par ailleurs l'astrophysicien. "Peut-être que le risque [d'une collision entre Apophis et la Terre, NDLR] est négligeable mais il se peut qu'un jour nous ayons à faire face à cette situation", poursuit-il.
Autre difficulté, selon Patrick Michel : "Comment convaincre les politiciens qui ne fonctionnent que sur le court terme et sur du 100% de certitude ?" Et de répondre : "Nous, scientifiques, ne pourrons que leur dire : ‘Nous n'avons pas éliminé le risque de collision' alors qu'ils ont besoin qu'on leur dise : ‘Il y aura collision'". A l'issue de la conférence de Grenade, un livre blanc contenant un certain nombre de recommandations sera rédigé puis envoyé aux agences spatiales ainsi qu'aux principaux représentants et organismes politiques. Il faudra alors agir si l'on veut pouvoir éviter le pire.
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