En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies à des fins statistiques et de personnalisation. En savoir plus
×
ARCHIVES

Au coeur du labo de Curiosity : "J'ai passé la nuit avec des Martiens"

Grand reporter au service économie/social de TF1, en charge de la rubrique scientifique par
le 06 août 2013 à 20h00
Temps de lecture
5min
À lire aussi
TechniquesREPORTAGE. Il est 19h à Toulouse. La journée de travail commence pour la cinquantaine de personnes qui travaillent au FIMOC (French instrument Mars opération center). Nous sommes dans les locaux du CNES (l'agence spatiale française). Mais en fait, ici, on est sur Mars.

Depuis un an, les techniciens, ingénieurs, programmeurs et scientifiques vivent à l'heure martienne et aussi à l'heure de Pasadena en Californie. C'est là que se trouve le JPL (jet propulsion laboratory), l'unité de la Nasa qui pilote le robot Curiosity. Chaque journée de travail commence par un briefing téléphonique entre les Toulousains et les Californiens. "Chaque jour, nous analysons les données prises la veille par le rover sur mars, et nous le programmons pour le lendemain". Eric Origny, le patron du Fimoc est toujours aussi enthousiaste qu'il y a un an lorsqu'il parle de curiosity.  "La routine ne s'installe pas dans ce boulot !"


Une journée martienne dure 24,38h. Chaque matin, à son "réveil", le robot reçoit son programme de la journée. Il commence alors à prendre quelques clichés de son environnement aux alentours, puis se met en route. Sa destination ? le mont Sharp , une grosse colline située à 9 kilomètres de sa position. Un endroit où les scientifiques espèrent trouver des argiles qui pourraient raconter l'histoire de la planète rouge.


1,5 km en un an. Jusqu'ici, Curiosity a progressé lentement. Il n'a parcouru qu'1,5 km depuis son atterrissage, le 6 aout 2012. Il faut dire qu'il a un peu flâné en route, faisant un petit détour de neuf mois, sur une zone jugée géologiquement intéressante. Là, c'est  l'instrument français SAM qui a beaucoup travaillé. Onze analyses de forages martiens sont passées dans cette sorte de four à pyrolyse couplé à un analyseur de gaz (pour faire simple). "Si on découvre un jour quelque chose d'intéressant sur Mars, c'est à Sam qu'on le devra" nous dit Eric.

Maintenant plus question de trainer. Curiosity avance. Environ 100 mètres par jour. Un marathon pour le robot ! Du coup, les équipes de Sam sont un peu moins présentes car il n'y aura pas de forage tout de suite, donc pas d'échantillon de sol à analyser. Juste une analyse atmosphérique tous les quinze jours. David Coscia, un des ingénieurs de l'équipe Sam fait un point sur l'état des instruments : "Le robot, lui, va très bien !  Nous,  nos biorythmes ont un peu de mal à se caler ... "

75 000 tirs au laser. Il faut dire que depuis un an, la journée commence vers 19h et se finit vers 4 h du matin. Heureusement, les familles sont aussi enthousiastes qu'eux, donc pas de scènes de ménage pour cause de surbooking martien. Chaque soir, avant de "s'endormir", Curiosity tire au laser sur les rochers aux alentours. C'est la mission de  l'autre instrument français ChemCam, situé dans la tête du robot. En analysant les vapeurs qui se dégagent après le tir, ChemCam peut déterminer quels sont les éléments présents dans ce secteur. Plus de 75 000 tirs ont été effectués depuis un an. Un bon moyen pour faire le tri et déterminer quels sont les cailloux qui vont nous en apprendre d'avantage sur le sous-sol martien.


21h30 : l'heure de la pause et du magret. Fin du briefing avec Pasadena et petite pause plateau repas pour les équipes. Au menu, lentilles et magret de canard. On est à Toulouse tout de même ! Autour de la table, des français mais aussi une allemande et un américain. Les équipes de Californie et de Haute Garonne échangent leurs techniciens, une sorte de Foreign Exchange pour scientifiques. L'occasion pour les hommes de mieux se connaitre et de mieux travailler ensemble.


La programmation durera jusqu'à quatre heure du matin. Pendant ce temps, les scientifiques analysent les données de la veille pour déterminer dans quelle direction, vers quel caillou le robot va se diriger.  Les chercheurs sont répartis en quatre groupes : les géologues, les minéralogistes, les biologistes et les spécialistes de l'atmosphère martienne. Chaque groupe va présenter ses arguments, mais à la fin une seule destination sera retenue, celle qui apporte le plus d'intérêt pour la suite de la mission. "Il n'y a pas de concurrence entre les groupes. Pas de petite guéguerres sur le thème "pourquoi lui et pas moi" ! On travaille tous ensemble et à la fin c'est la science qui gagne ! " nous dit Eric Origny.


Le souvenir de l'atterrissage est dans toutes les mémoires. Tous ont gardé un souvenir très fort de l'atterrissage il y a un an. Ils avaient fait le déplacement à Pasadena pour la circonstance. Ils ont vécu ce moment unique, lorsque tous les hommes de la Nasa se sont levés en hurlant de joie après avoir reçu le signal que Curiosity était bien arrivé sur la planète rouge. "We're safe on Mars !".

A voir : revivez l'atterrissage de Curiosity, trois minutes de vidéo 

Une fois l'explosion d'allégresse passée, dans la minute qui suivait, les ingénieurs vérifiaient qu'aucun instrument n'avait été endommagé durant le voyage. Ce n'est que lorsque l'instrument a répondu et signalé qu'il allait bien que les équipes françaises ont poussé un ouf de soulagement. "Le plus grand moment de bonheur de ma vie professionnelle !" C'est une phrase qu'ils disent tous.


La présence de l'eau sur Mars, une certitude. Depuis un an Curiosity a transmis des données que les scientifiques de toute la planète vont tenter de décrypter. "Ils ont du travail pour dix ans ! On finit seulement d'analyser les prélèvements de viking (le vaisseau s'est posé en 1976 ...)" mais les analyses de Sam ont permis de prouver que Mars avait bien eu dans le passé une atmosphère beaucoup plus dense, beaucoup plus proche de la nôtre, mais qu'elle s'était échappée dans l'espace. De plus, la présence d'eau sur le sol de mars, il y a quelques centaines de millions d'années, est désormais acquise. Le robot n'a pas chômé !


La nuit se termine. Nous laissons les équipes envoyer la feuille de route à Curiosity et nous éclipsons sur la pointe des pieds. Nous avons des étoiles plein les yeux et l'impression d'avoir vraiment passé la nuit sur Mars. Vivement que l'homme puisse y aller lui-même ! 


 

Commenter cet article

      Nous suivre :
      San Diego : Un panda géant reçoit un gâteau pour son anniversaire

      San Diego : Un panda géant reçoit un gâteau pour son anniversaire

      logAudience