© sxc.huLCI.fr : Pour la première fois depuis 25 ans, la consommation de spiritueux (1) a augmenté de 1,5% en France depuis le début de l'année (2). Comment interprétez-vous cette hausse ?
Dr Philippe Batel, responsable du service Alcoologie à l'hôpital Beaujon, à Paris : Comme médecin qui s'intéresse aux rapports de la société avec l'alcool, je constate que globalement, la consommation d'alcool diminue et qu'un transfert s'opère : le vin, qui représente quand même 60% de l'alcool consommé en France, est en train de s'affaisser au profit des spiritueux. La baisse de la consommation quotidienne d'alcool s'explique par le changement des modes de vie, l'impact des campagnes de santé publique et, depuis 2002, le renforcement de la répression en terme de sécurité routière.
Il y a par ailleurs, une tendance à l'alcoolisation durant le week-end, très centrée sur la fête et la défonce. D'où l'utilisation de produits qui font grimper plus rapidement l'alcoolémie. C'est une consommation qui tire vers le haut sur le degré d'alcool. Cela va faire plaisir aux viticulteurs qui aiment bien dire que les spiritueux sont dangereux pour la santé.
LCI.fr : Faut-il voir dans cette hausse de la consommation de spiritueux un échec des campagnes d'information sur les dangers de l'alcool ?
P. B. : Il y a un effet de saturation sur tous les messages de prévention. Depuis 20 ans, on envoie des messages de santé publique : il faut mettre un préservatif lors des relations sexuelles, il faut faire de l'exercice tous les jours, il ne faut pas manger gras, il faut boire moins d'alcool... Au bout d'un moment, le public sature ! Mais en même temps, si quelqu'un mourrait de la grippe aviaire, les gens seraient prêts à couper la tête du ministre de la Santé et à la mettre sur une pique !
Le paradoxe, c'est que l'on veut être dans la sécurité absolue, le risque zéro, et au niveau individuel, on veut jouir sans entrave : ce n'est pas complètement possible. Quant à ceux qui pensent qu'ils utilisent bien l'alcool, ils n'ont toujours pas compris que l'on peut mourir à cause de la consommation d'alcool sans être dépendant ou se lever du lit avec les mains tremblantes et le besoin de boire un whisky.
LCI.fr : Que faut-il faire pour continuer à faire baisser la consommation d'alcool en France ?
P. B. : Il faut continuer à agir, notamment auprès des jeunes. Les préfets ont récemment tiré la sonnette d'alarme auprès de Nicolas Sarkozy : il y a de plus en plus de jeunes ivres morts dans les rues. Il ne faut pas faire des campagnes d'information uniquement sur les dangers de l'alcool mais des campagnes globales sur l'alcool associé au cannabis. Il faut savoir que la baisse de la consommation d'alcool se traduit par des bénéfices en terme de mortalité qui sont proportionnels et immédiats. La mortalité due à la cirrhose a ainsi diminué de moitié en 30 ans.
(1) Les spiritueux, dont la France est le deuxième producteur européen derrière le Royaume-Uni, sont des boissons à base d'alcool de distillation, en opposition aux boissons fermentées pures, comme le vin, la bière ou le cidre.
(2) source : Fédération française des spiritueux.
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