cigarette à la bouche © LCILCI.fr : Depuis ce 1er février, il est interdit de fumer dans les lieux publics. Que dites-vous à un fumeur qui a pris la résolution d'arrêter la cigarette ?
Bertrand Dautzenberg (1) : D'abord, il faut le féliciter et l'encourager. Il faut ensuite savoir s'il a déjà essayé d'arrêter de fumer dans le passé et s'il a connu un échec. Il est aussi important de savoir s'il est très dépendant ou non à la nicotine. Plus quelqu'un fume tôt après le réveil, plus il est dépendant. Une personne très dépendante doit se faire aider : [l'arrêt du tabagisme] marche deux fois mieux et cela diminue beaucoup le syndrome du sevrage — palpitations, mal-être, grignotement...
LCI.fr : Conseillez-vous de consulter un tabacologue ?
B. D. : Si la personne ne fume pas dans l'heure suivant le lever, c'est qu'elle n'est pas dépendante et donc ce n'est pas nécessaire. Elle peut arrêter toute seule, en se renseignant sur tabac-info.net, en appelant Tabac info service (0825 309 310) ou en en parlant avec son pharmacien. Si la personne fume sa première cigarette dans l'heure suivant le lever et si elle en fume plus de dix par jour, alors elle est très dépendante et elle doit s'appuyer sur une aide médicamenteuse via une consultation chez un tabacologue ou son médecin traitant.
LCI.fr : Le temps d'attente pour obtenir un rendez-vous chez le tabacologue serait de 20 jours. Vous confirmez ?
B. D. : Nous constatons une augmentation des demandes d'arrêt mais cela reste contrôlable. Il n'y a pas deux mois d'attente comme il y a quelques années. Nous avons l'impression qu'il y aura un boom des consultations à partir de ce 1er février, ne serait-ce que parce qu'à partir de cette date, les fumeurs pourront se faire rembourser l'achat de substituts nicotiniques jusqu'à 50 euros. En revanche, il y a une véritable explosion [des demandes d'arrêt] dans les entreprises et les administrations.
LCI.fr : Est-il vrai que les substituts nicotiniques peuvent entraîner une addiction ?
B. D. : C'est un mensonge absolu. Jamais personne n'est devenu dépendant au patch. Les personnes qui sont devenues dépendantes à la nicotine l'ont été par la cigarette et le sont restées alors qu'ils tentaient d'arrêter. On constate ce phénomène chez les gros fumeurs qui utilisent des gommes à mâcher. Ce sont 3 à 5% des fumeurs qui sont ainsi concernés.
LCI.fr : La Varénicline, un médicament anti-tabac prometteur (lire l'article), doit être commercialisé en France en février 2007. Que peut-on en attendre ?
B. D. : C'est un inhibiteur d'une partie des récepteurs de la nicotine, c'est-à-dire qu'il va bloquer l'action de la nicotine. C'est un médicament qui marche plutôt mieux que d'autres mais dans le cadre d'un arrêt définitif. Les substituts nicotiniques sont en revanche mieux adaptés aux arrêts temporaires.
(1) Bertrand Dautzenberg est professeur de pneumologie au CHU Pitié-Salpêtrière à Paris et préside l'Office français de prévention du tabagisme (OFT)
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