Foule dans une rue d'une ville américaine © TF1/LCISelon un décret publié samedi au Journal Officiel, "toute personne, même non médecin, est habilitée à utiliser un défibrillateur automatisé externe (...)". Ces appareils délivrant des chocs électriques pour faire redémarrer un cœur défaillant devraient ainsi se multiplier dans les lieux publics. Réaction du Dr. Pascal Cassan, médecin urgentiste et médecin conseil national à la Croix-Rouge.
LCI.fr : Où faut-il installer ces défibrillateurs en priorité ?
Pascal Cassan : Dans tous les lieux où il y a risque d'arrêts cardiaques : hôtels, casinos, chaînes de magasins... Il existe un registre des arrêts cardiaques tenu par le Samu et les pompiers. Donc s'il y a plus de deux arrêts cardiaques dans un site sur une durée d'un an, il est recommandé d'installer un défibrillateur car, statistiquement, il y a de fortes chances que ce la se reproduise.
LCI.fr : Ces appareils peuvent-ils être utilisés par n'importe qui ?
P. C. : Le décret doit inciter le grand public à se former aux gestes de premiers secours — massage cardiaque et bouche-à-bouche — ainsi qu'à l'utilisation de ce type de défibrillateurs. La Croix-Rouge propose depuis 1995 des sessions de formation gratuites très courtes, d'une heure-une heure et quart, auxquelles nous allons ajouter une partie sur l'emploi de ces appareils.
Il faut savoir que ces défibrillateurs ne se trompent jamais : ils envoient des chocs électriques si besoin. Leur taux d'erreur n'est que de 0,2%. Ils peuvent se tromper par défaut mais pas par excès. Par ailleurs, ce sont des appareils qui parlent et donc, qui informent leur utilisateur. L'arrêt cardiaque est un état de mort apparente ; le défibrillateur n'entraîne donc aucune complication à la mort.
LCI.fr : Et y a-t-il un risque pour l'utilisateur si par exemple, il entre en contact avec la victime lorsqu'il lui administre un choc électrique ?
P. C. : Non, s'il y a contact, l'opérateur recevra l'équivalent d'une "châtaigne", un coup de jus et rien de plus.
LCI.fr : Les personnels de santé sont donc unanimes sur le recours du public à ces appareils ?
P. C. : Oui, on peut parler quasiment d'une belle harmonie au niveau médical. Les expériences menées aux Etats-Unis, notamment dans les casinos de Las Vegas, mais aussi dans le métro de Londres et à Vienne, ont prouvé l'efficacité de ces équipements.
LCI.fr : Et qu'en est-il en France ?
P. C. : Seules quelques municipalités, profitant d'un flou juridique, ont installé des défibrillateurs dans des endroits publics depuis 1999. C'est le cas de Montbard, en Côte-d'Or, où 30% de la population a été formée à leur usage, et d'Issy-les-Moulineaux, en région parisienne. En ajoutant les appareils qui équipent les secouristes (pompiers, Croix-Rouge...), on arrive à plusieurs milliers de défibrillateurs utilisés. Ce chiffre devrait rapidement augmenter grâce au décret et cela devrait permettre de sauver 4000 vies par an.
200 morts par jour |
En France, 40.000 à 60.000 personnes décèdent chaque année à la suite d'un arrêt cardiaque, soit près de 200 morts par jour. Le taux de survie après un arrêt cardiaque est estimé à seulement 2 ou 4% en France contre 20 à 50% aux Etats-Unis ou dans les pays anglo-saxons où le défibrillateur automatisé externe est à disposition du grand public. Le délai d'intervention des équipes d'urgence est en moyenne de 7 à 8 minutes. Or, dans l'idéal, la défibrillation devrait être réalisée dans les 5 premières minutes suivant l'accident. Une minute perdue représente 10% de chance de survie en moins (source : Croix-Rouge).
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